Le serpent (Hasta siempre, eh, pédé !)

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Version 1 :

(…) Je demande alors aux forces qui m’entourent si j’ai gâché tout ce temps, s’il en reste assez pour accomplir ce que je viens écrire ici. Peu de temps après, je m’endors.

Je reprends conscience de l’autre côté, sortant d’un immeuble, une serviette à la main, pour me retrouver, l’air affairé sur l’imposante avenue d’une cité. Je dépasse un groupe assemblé au milieu du trottoir quand une voix lance en espagnol :

  Dis-donc, il n’y a que des pédés dans ta famille d’accueil

Incertain sur la dernière sanction, je suis, sans ambivalence, sûr de moi comme du maricón en question. En me demandant si je suis de retour à Valence, je toise ce grand monde d’un œil intense. La voix me répond dans un français parfait :

  Pédé ! 

Je fronce un peu pour les voir mieux. Ce sont des gitans.

J’ai peur.

Je commence à chercher une manière de fuir quand une toute petite vieille au teint gris, le cheveu bien tiré, se détache de la bande pour se presser contre mon flanc. Elle lève la tête au ciel et mime une si sombre affliction, les mains jointes sous son menton dans des incantations. Je n’entends rien de sa litanie mais, dans l’espoir de mes sous tirer, elle prétend sûrement que je l’ai bousculée. Je me tiens prêt pour la joute des mots mais elle repart dans le nombre en me laissant stupide puis, un homme, son ombre, s’avance sur moi. Je suis charmé par le regard de braise, les cicatrices, la bouche édentée. Tout y est. Jusqu’à la main calleuse qui découvre, une lame après l’autre, un jeu entier. La peur devient terreur.

  C’est bien ici, le terminus, n’est-ce pas ?!

Fou de panique, je cherche autour de moi une autre sortie. Si je cours très vite sur la route en longeant le trottoir pour éviter les voitures, je pourrai peut-être en échapper. Je n’ai pas le temps de le découvrir, je suis emporté loin de la scène et, tout doux, dans les ténèbres, un compteur d’essence vole jusqu’à moi. Il est à l’envers, le rouge sur la gauche. Sur la jauge de ma sombre vie, le réservoir ne contient plus qu’un cinquième. Puisque j’approche des quarante ans, il m’en reste encore dix, peut-être quinze jusqu’à ce que la main du destin ne se charge de moi.

  Hasta siempre, eh, pédé!

J’ouvre les yeux, bouleversés. Par terre, à côté de mon lit, je trouve une feuille qui était tomber là gentiment. J’attrape un crayon sur ma table de nuit. Je note la prophétie puis je sors le tarot pour m’en tirer l’âme au clair : la papesse, l’arcane sans nom, le chariot. Le message est limpide :

Pour le poète, la faucheuse sur la voie express ! (…)

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Version 2 :

(…) Suivant les souffrances de son existence, je supplie d’insistance les forces en instance. Qu’elles me laissent savoir si j’ai gâchées ses saisons, si j’en dispose d’assez pour signer ma mission.

Ensuite, je succombe au sommeil.

Je me ressaisis, sortant en songe d’une succursale, l’air assagi dans l’immensité d’une cité sale. Je dépasse une assemblée sur le pavé lorsqu’en espagnol, une sanction est lancée :

   Dis-donc, il n’y a que des pédés dans ta famille d’accueil ? »

Restant ambivalent sur le sens avancé par l’ultime sentence, je suis à l’évidence, sûr de moi comme du maricón en présence. Je les toise, intense. De nouveau, Valence ? La voix semblant lire mes pensées, réplique dans un français parfait :

   Pédé ! 

Je fronce un peu, pour les voir mieux. Des bohémiens. Par dix au moins.

J’ai peur.

Une minuscule ancêtre, au teint plus gris que blanc, sort de l’ensemble pour se presser contre mon flanc. Là, face au ciel, grimace une si sombre affliction, mains jointes à son menton susurre incantations.

Je ne saisis syllabe de sa supplique.

Elle doit scander que je l’ai bousculée, dans l’espérance de mes sous tirée. Sur le point de siffler mots, je suis laissé pour sot lorsqu’elle rejoint le nombre et c’est un homme, son ombre qui s’avance sur moi. Je sombre en désarroi, charmé par le serpent. Ses yeux de flamme, ses cicatrices, son rire sans dent. Jusqu’à la main d’écailles qui découvre en son creux, une lame après l’autre, tout entier, son jeu. La peur se mue terreur.

   C’est bien ici, le terminus, n’est-ce pas ?!

Désespéré, je cherche une autre issue. « Cours vite sur la route, à longer le trottoir, échapper des voitures, t’en sortira peut-être ». Pas le temps d’en trouver, je suis loin désormais. Un compteur d’essence volant au pas, traverse les ténèbres jusqu’à moi. Le rouge est à l’envers sur la jauge de ma vie, et dans le réservoir : un cinquième d’énergie ! Puisque j’approche du quarantième automne, une dizaine avant que la mort ne sonne.

   Hasta siempre, eh, pédé!

Je me réveille, bouleversé et cherche de quoi noter. Sur le sol, une feuille bienveillante tombée près de mon lit. Je trouve un aimable crayon sur la table de nuit. Pour m’en tirer l’âme au clair, sors des tarots : la papesse, l’arcane sans nom et le chariot. Le message des sages à la prophétesse : La faucheuse vient sur la voie express. (…)

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Allo Simone, je ne vous entends pas

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Rita s’en va

 J’ai traversé seul les vestiges de la ville glace maudite. Le printemps ne s’y était pas montré depuis trois mille hivers. Les rats devenus rois n’avaient de préoccupation que pour le clinquant, leurs dieux étaient des pies voleuses* aux instincts malfaisants. Il était déjà tard quand j’ai croisé Rita en longeant la rivière. Dans ses yeux, la lumière s’éteignait. Elle ne pouvait plus porter ses dix ans de vie de chien, elle se mourait d’effroi. Bientôt elle se prosternerait devant les abattoirs avec les autres ombres. Elle oublierait la Vie, les couleurs et les vraies friandises. Les tambours de l’Appétit Féroce Que Rien n’Éteint Jamais seraient devenus les seuls à battre dans son cœur. A la fin de son errance servile, dans le murmure d’un soupir fatigué, elle disparaîtrait sans rien ajouter. J’aurais voulu l’aider mais comme j’approchais, elle s’est enfuit dans la nuit. Elle avait pris ma main tendue pour la promesse de nouveaux coups.

Pardon.

 

*des pies voleuses mâles

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Chloe Charles (avec The Sweetness) – God is a toad



Dr Sigvard d’Urdelaffoeil, Plantologue agréé

Diplômé de la Faculté de Plantologie Appliquée à Mequouille (Bordeaux V).

Reconnu d’utilité publique par un colloque de 17 pairs.

Ensemenceur officiel de la République. Autorisation 153.123.0.1

VU A LA TV

Accepte bitcoins, coupons sex-shop, et prières.

 

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La vie secrète des plantes, un documentaire des années 80 passionnant sur les plantes : sont-elles douées de sentiments, peuvent-elles apprendre le japonnais,  savent-elles danser ? Malheureusement, je ne trouve plus de version française :

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Brûle

Extrait de mon manuscrit en cours.

(…) Je t’attends depuis quarante ans, je t’ai cherché partout où je me trouvais, j’ai examiné le moindre recoin de la fange, scruté jusqu’aux regards vides de chaque ombre que je croisais dans l’espoir de t’apercevoir enfin. Un seul moment d’inattention et, soudain, tu es là, à quelques centimètres, dans cette voiture. Ma triste vie entière, tu m’as manqué comme la première des nécessités, si bien que je ne sais par quel miracle j’ai rampé jusqu’à toi, et maintenant que je n’aurais plus qu’à tendre la main pour sentir ton corps, je ne le peux pas. Depuis le premier jour, je suis maudit.

 Je me répète que ce désir qui monte n’est que la progéniture de ma solitude et de mon désespoir, un nouveau mirage dans mon désert. Je suis un simple passager qui aura disparu de ton rétroviseur dans quelques heures. Sans réagir, je t’écoute piétiner la flamme, invoquer ta femme et tes enfants, je te regarde jeter cette couverture sur les braises qui refusent de s’éteindre. Je la ramasse quand elle prend feu et je m’en drape en souriant, qu’elle ose me réduire en cendre !

 Je te lance des vérités philosophiques fondamentales : que je suis un être humain avec un corps et ses contingences. Je pète, je rote, je transpire, je pisse, parfois le tout à la fois et je refuse de me sentir encore coupable de ces figures imposées. C’est sûr qu’on n’entend personne en parler dans les salons littéraires bien que malgré toute cette retenue, la puanteur persiste. Aucune pécore de la télé ne s’extasiera sur le sujet parce que, à l’évidence, ses maîtres vendraient bien moins d’anxiolytiques, de graisses, de sucres et de couvertures de survie à des gens sains qu’à des névrosés dévorés par la peur, la honte et leurs cortèges de maladies, des fous qui se tirent les uns sur les autres ou s’empoisonnent eux-mêmes.

 Je te parle de ma vie. A moi. La mienne. La seule que je veux diriger. Je me dévêtis, je veux être nu, âme et corps au vent, parce que ce doit être beau d’être libre, avec toi. Avec quelqu’un qui voudrait jouer le jeu d’être humain, vraiment, quelqu’un qui voudrait briser toutes les chaînes que ses prédécesseurs imposent pour que l’élite de rapaces perdure. Un autre qui pourrait dire, à la fin de son crépuscule, avant de repartir, qu’il a fait tout ce qu’il pouvait pour s’élever.

 Pourtant, parfois, tu essaies de faire briller ton plumage avec des babioles argentées qui traînaient par là. Ce plastique ne fait que t’enlaidir. Je me tais parce que tu me donnes chaud, parce que je veux que tu continues à parler mais c’est pur que tu m’enivres, que je pleurerais pour en avoir encore. Quand je fais mine de détourner la tête, je te sens me regarder du coin de l’œil. Je lance un trait d’humour à mon reflet dans la vitre. Un rire t’échappe et, vite, je trouve n’importe quoi pour qu’il résonne encore. Je découvre peu à peu que je n’ai jamais eu d’autre destination que tes côtés et que quel que soit l’endroit où ta voiture me jettera, sans toi ce sera l’enfer ! S’il te plaît, tue-moi tout de suite, délivre-moi si tu ne fais que passer. Je suis si fatigué, je ne tiendrai plus longtemps. Ma chandelle me brûlera de bout en bout si je dois continuer sans toi. (…)



La peur

Quand je lui raconte toutes ces tristes mines que je croise en me promenant au bord de la rivière, Daniel me dit que les gens ont peur de moi.

Le lendemain, en rentrant de ma balade, je trouve sur le trottoir un groupe, dont le dos d’un homme qui me barre le passage. Soudain, la mégère qui nous fait face me jette un regard terrifiant de haine et lui lance :

- Attention à toi !!

Elle s’est fardée mais ne me trompe pas. Voilà de nouveau cette peur. Les mots en sont révélateurs autant que mon sentiment. Perturbé par l’œil que cette femme me porte, les pas m’emmènent au loin et je ne trouve qu’un « Pardon » à lancer, aussi neutre que possible, en articulant bien.

Ma peau métissée est de plus en plus difficile à porter ici. Ma nouvelle barbe n’y arrange rien. Quant à mes yeux ouverts, ils sont dérangeant. Tant pis, je ne suis pas responsable de l’ignorance ni de ce qui agite les si petits papiers des marchands de peur et leur boîte de contrôle, votre cage maintenant plate. En continuant ma route, j’ai préparé la répartie que j’aurais voulu servir, celle qui attendra la prochaine occasion :

- Rassurez-vous, braves gens, je ne mors que si j’y suis invité. Faut-il encore que la proie soit à mon goût.

Regardez-vous, tout tremblotant.

 

 

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Assassin, Esclave 2000 (enfin mort en 2015 ?)

 



This is not a chicken

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Version française plus bas

 

Meanwhile, the eggs you’re going to eat tonight or tomorrow remain the offspring of a slave with only the surface of an A4 sheet as a living space. Or maybe the ones from another, imprisoned outdoors in conditions almost as inhumane. Her life will only be a negation of itself, an endless suffering. By doing the gesture of eating what they stole from her in your name, not only are you saying that torturing her is acceptable but you are creating this condition.

Some people think that one is what one eats, I say that you will ingest this slave’s suffering and you will carry it with you, wherever you will go, whatever you will do. Deep inside yourself, you perfectly know that I am right. Dare you assert that you are not pain. Dare you pretend that you didn’t bury your humanity under layers and layers of superfluity that leads you to feel more and more cold, more and more lonely, more and more lost.

Trying to improve the conditions of this slavery and make it more tolerable to your conscience doesn’t really matter. As long as you didn’t put an end to this servitude and give back to this chicken (and anything else) her whole and unconditional freedom, her fundamental dignity, you will not get your own back, you will keep on suffering with this chicken, through her and for her.

This is not a chicken.

This is you.

As well as anything else.

You can decide to stop this pain now or you can survive this way for many more years, centuries or other millenniums. Change is the only way to end this suffering, change is inevitable.

 

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Nina Hagen & Lene Lovitch, Don’t kill the animals

 

 



Ceci n’est pas une poule

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Pendant ce temps là, les œufs que vous allez manger ce soir ou demain demeurent la progéniture d’une esclave disposant de la surface d’une feuille A4 pour seul espace de vie. Ou peut-être ceux d’une autre, emprisonnée dehors dans des conditions presque aussi inhumaines. Son existence n’aura été qu’une négation d’elle-même, un puits de souffrance sans fond. En faisant le geste de manger ce qu’on lui vole en votre nom, vous ne vous contentez pas de dire que sa torture est acceptable, c’est vous qui la créez.

  Certains pensent qu’on est ce qu’on mange, moi je dis que vous ingurgitez la souffrance de cette poule et la portez avec vous, partout où vous allez et quoi que vous fassiez. Au plus profond de votre être, vous savez très bien que j’ai raison. Osez affirmer que vous n’êtes pas souffrance. Osez prétendre que vous n’avez pas enfoui votre humanité sous des couches et des couches de superflu qui vous amène à vous sentir de plus en plus froid, de plus en plus seul, de plus en plus perdu. 

Essayer d’améliorer les conditions de cet esclavage, de le rendre plus tolérable à votre conscience n’importe pas vraiment. Tant que vous n’aurez pas mis un terme à l’asservissement et redonné à cette poule (et à tout le reste) sa liberté totale et inconditionnelle, sa dignité fondamentale, vous ne retrouverez pas la vôtre et vous souffrirez avec cette poule, par elle et pour elle. 

Ceci n’est pas une poule. 

Ceci est vous. 

Ainsi que tout le reste. 

Vous pouvez décider de mettre fin à cette douleur maintenant ou vous pouvez survivre de la sorte encore pendant des années, des siècles ou d’autres millénaires. Changer est la seule solution pour venir à bout de cette souffrance, changer est inéluctable.

 

 

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Lene Lovitch & Nina Hagen, Don’t kill the animals



Emotions

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Boy George, Generations of love



Killer Nina

 

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Adamski & Nina Hagen, Killer



 

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