Antony and the Johnsons – One dove

 

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  »One dove
You’re the one I’ve been waiting for
Through the dark fall
The nightmares the lonely nights

I was born
A curling fox in a hole
Hiding from danger
Scared to be alone

One dove
To bring me some peace
In starlight you came from the other side
To offer me mercy

One dove
I’m the one you’ve been waiting for
From your skin I am born again
I wasn’t born yesterday

You were old and hurt
I was longing to be free
I see things you were too tired
That you were too scared to see

One dove
To bring me some peace
In starlight you came from the other side
To offer me mercy
« 



Master Monster et l’aspirateur

Il a fallu que je me lève à dix heures pour faire le ménage avant leur visite. Ma mère est une obsessionnelle de la propreté, j’essaie d’éviter au mieux les critiques. Dix heures, ça n’a l’air de rien mais c’est tôt pour moi, j’ai du faire sonner un réveil, ça m’arrive trois fois par an. Je suis fatigué, je ne parviens pas vraiment à sortir de ma torpeur et je me sens très irritable.

Dès qu’ils sonnent à la porte, ça ressemble à une invasion. Je ne m’attendais pas à ce que ma sœur amène sa fille de deux ans. Ça devrait me faire plaisir, on attend clairement que je m’extasie mais ça m’indiffère. Je ne l’ai vue qu’une fois ou deux, je ne sais plus mais ça aurait pu suffire, je me sens si étranger à sa mère comme à elle.

Je vis seul, je suis seul la plupart du temps dans un certain silence et la voilà qui court partout. Ses petits pas sur le parquet du couloir arrivent à produire un bruit incroyable, son charivari m’exaspère, ma tête va exploser et je ne peux m’empêcher de lancer une remarque acide :

     -- Elle est très mignonne mais quand je la vois, je suis content de ne pas avoir d’enfant.

Je réalise ce que je viens de dire en découvrant la moue de ma mère.

     -- Pfff… Elle est adorable. Il faut bien qu’elle bouge, elle est pleine de vie.

     -- Oui, elle est adorable et c’est normal qu’elle bouge mais …

Qu’elle bouge ailleurs… Je ne crois pas l’avoir ajouté mais je ne peux jurer de rien.

     -- Disons que … toute la journée, ça me fatiguerait.

La petite se moque de mes commentaires, elle continue de parcourir l’appartement, ma sœur la poursuit en laissant des trainées noires sur le sol et le nez de mon beau-père se met à saigner, inexplicablement.

     -- Tu n’aurais pas du coton ?

     -- Non … 

Je lui donne des mouchoirs et je fais mine de m’inquiéter. Il s’en sortira sûrement et une fois qu’il a souillé mon lavabo, il revient s’asseoir sur une des chaises de jardin inconfortables qui trônent dans mon salon/cuisine. Je pose des questions de circonstance. Je n’écoute pas vraiment les réponses, j’essaie seulement de faire taire le silence qui veut s’installer. Cependant, je ne suis pas d’humeur à y mettre beaucoup de conviction. Qu’est-ce qui les intéresse ? Qu’est-ce que je pourrais dire ? Trente quatre ans n’ont pas suffi à trouver une réponse. Chez moi, il n’y a aucune télé allumée, aucun jeu, aucune échappatoire, seule la radio de mon vieil ordinateur joue des morceaux inconnus, eux aussi ennuyeux.

Comme un écho à mes réflexions, ma sœur demande subitement :

     -- Tu ne t’ennuies pas à vivre seul ?

Pour lui répondre, j’emprunte les mots d’un autre qui vantait ainsi son célibat :

     -- Je ne vivrais avec quelqu’un pour rien au monde. Je ne pourrais plus cuisiner un cassoulet à quatre heure du matin, si bon me chante.

Ça ne la fait pas rire, elle me regarde sans la moindre expression, j’ajoute donc :

     -- Je n’ai de compte à rendre à personne, je suis libre. Ça a un prix…

Est-ce que j’ai employé une langue étrangère ? Est-ce que j’ai cru m’exprimer à haute voix mais ça n’aurait été que dans ma tête ? Il faut que je trouve très vite des mots qui ont un sens.

     -- Et puis, je ne passe pas non plus ma vie entière seul, il m’arrive de voir du monde… Des amis.

Personne ne réagit mais c’est pourtant vrai. Ces derniers temps, c’est de plus en plus rare et pour la première fois de ma vie, je ne suis pas très loin de partager pleinement l’avis du garçon au cassoulet mais j’ai encore quelques copains, je le jure.

Ma mère me fait remarquer que la petite a faim. Je n’ai même pas un gâteau à lui offrir. Si on excepte le contenu de mon réfrigérateur, il me reste très exactement sept euros et cinquante centimes pour manger jusqu’à la fin du mois. Si je le disais à ma mère, je pense qu’elle ne me croirait pas ou qu’elle me servirait sa sentence favorite :

     -- Trouve un travail.

A vrai dire, je n’éprouve qu’un embarras très léger à ne pouvoir les inviter à déjeuner mais elle vit dans cet univers parallèle, celui des chips, des Chocapic et des plats cuisinés, où se nourrir n’est jamais un casse-tête et il n’est pas concevable qu’un paquet de gâteau puisse être inaccessible. Elle n’a jamais été riche mais je l’ai toujours connue surconsommatrice, je n’ai aucune critique à formuler à ce sujet mais je ne l’envie pas non plus. J’ai fait le choix de ne pas travailler, j’essaie de l’assumer sans jalouser les autres mais je n’avais pas conscience que ça isolait à ce point là. Vivre ainsi de son propre chef c’est entrer dans une nouvelle dynamique, ça va plus loin que le porte-monnaie, c’est un changement profond de perspectives, une autre manière de vivre. C’est un isolement parce que souvent, les travailleurs ne vous comprennent pas : leurs envies, leurs rêves, leurs valeurs sont trop différents. C’est une barrière de plus entre ma famille et moi. Je pense qu’à leurs yeux je suis un fainéant et aujourd’hui je me demande s’ils ne me voient pas aussi comme un radin. A les côtoyer, je ne me sens pas différent, je me sens inacceptable.

Le silence revient sans cesse, la gène est perceptible. Je voudrais leur montrer que je ne suis pas un monstre, j’essaie de prêter attention à la gamine et alors je me déteste de me trahir de la sorte. Au fond, elle ne m’intéresse pas et lorsque ma mère bêtifie en m’appelant son « tonton », je me sens extrêmement mal à l’aise. Pour moi, elle est et elle restera un enfant parmi d’autres.

Après une petite demi-heure en ma compagnie, ils décident de repartir. Je ne les retiens pas, je suis reconnaissant de cette libération anticipée. Devant la porte, ma sœur s’excuse du bout des lèvres d’avoir recouvert le sol de traces noires. Telle un fauve affamé, ma mère bondit sur l’occasion :

    -- Ton frère a tout le temps de le nettoyer.

Vindicatif, je grogne que je préfèrerais l’occuper à autre chose puis je retrouve mon semblant de calme pour les inviter à être prudents sur la route.

     -- Tu nous accompagnes jusqu’à la voiture ?

     -- Non…

Dès qu’ils sont enfin de l’autre côté de la porte, je ressors ma serpillère en les maudissant. Je suis dans un piteux état, je me vois encore à travers leurs yeux et c’est un monstre qui se dessine : seul, ennuyeux, triste, fainéant, antipathique et radin.

Après avoir remis en question tout ce que je suis, je me promets de ne plus faire aucun effort pour ma mère, de ne pas lui répondre quand elle me téléphonera et de prendre encore plus de distances avec elle. Je fais chauffer le morceau de lapin en sauce qu’elle a gentiment apporté dans un bocal. Je ne sais pas si c’est mon manque d’appétit après cette visite mais il se révèle très fade et je ne prends aucun plaisir à le manger.

A peine ai-je fini que l’horrible sonnerie de mon interphone retentit. Ce n’est pas une surprise, j’ai rendez vous avec un ouvrier qui vient fixer au mur un de mes radiateurs. Je découvre en ouvrant la porte un petit brun plutôt costaud d’une trentaine années -- peut-être moins -- qui sourit chaleureusement. Je le trouve d’emblée sympathique et attirant. Nous échangeons quelques mots pendant que je le conduis dans le couloir. Comme tout à l’heure, il s’agit seulement de phrases convenues pour être diplomate mais je ne ressens pas avec lui cette gène si pesante, ce sentiment que nos différences sont inconciliables.

Il se met au travail. Je me demande un moment s’il est d’usage de lui tenir compagnie mais je finis par retourner à mon ordinateur pour le laisser tranquille. Quand je viens le retrouver après une dizaine de minutes et que je le vois affairé, assis par terre en tailleur, ce spectacle me trouble légèrement, la position me semble familière, presque amicale. Debout derrière lui, je regarde un instant sa nuque puis ses bras dénudés, poilus qui révèlent le début d’un tatouage au motif indéfinissable et qui m’évoque la Prison. Je ressens une pulsion de tendresse et j’ai très envie de passer ma main dans ses cheveux. Ils ont l’air doux, c’est intrigant. Comment réagirait-il ? Il aimerait peut-être ça, est-ce si inconcevable ?

Je m’agenouille à côté de lui et je parviens à le faire rire avec quelques formules. Quand le silence revient, il n’est accompagnée d’aucune gène et je n’essaie pas de le faire fuir. Je réalise qu’en présence de cet inconnu, je me sens simplement bien. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une rencontre, il va repartir dans quelques minutes et je ne le reverrai jamais mais il est là, comme une réponse. Je ne suis pas monstrueux, nos différences ne sont pas forcément des murs insurmontables. Ma famille et moi, nous ne nous comprendrons pas mais le monde entier n’est peut-être pas mon ennemi.

Avant de s’en aller, le gentil brun me demande si j’ai un balai pour nettoyer les quelques saletés qui sont tombées sur le sol.

     -- Vous prenez pas la tête, je vais passer un coup d’aspirateur.

Je trouve l’attention charmante mais c’est définitivement ma journée de ménage.

 

(Parce que pour un utilisateur de PC, Microsoft n’est pas une fatalité, ce texte a été écrit avec Open Office sur un système d’exploitation Ubuntu. Je le précise car après deux tentatives avortées l’année dernière, j’ai vécu ma récente migration sur Linux comme une victoire, celle de mes idéaux sur mes habitudes.)

 

Cyrz, Au peigne fin

 

Not f'd — you won't find me on Facebook



Doktor Joaquim

Je croyais l’insulter, l’humilier, le traîner plus bas que terre. Je pensais qu’on allait rester figés dans nos rôles respectifs. Il serait le soumis, moi le sadique. Doktor Joaquim. Et la radio jouerait du Wagner. Cette histoire m’a excité des journées entières. Je me réveillais en y pensant, je peaufinais les détails, trouvais LA position d’inconfort, l’insulte qui fait mouche puis remettais la virgule à la bonne place. Ca m’effrayait aussi, j’avais le trac comme un comédien à la veille d’un grand rôle et cette éternelle question m’obsédait : allais-je être à la hauteur ? D’autres encore. Est-ce que j’aimerais ça, finalement ? Etait-ce le début de ma carrière dans la domination hard ou le chant d’un cygne à peine éclos ?

Un fantasme qui doit rester tel pour continuer d’exister ?

 Ca ne s’est pas du tout passé comme je l’imaginais. Ce n’était pas décevant mais différent. Il m’a fait remarquer que je prenais cette comédie trop au sérieux en glissant «on s’amuse, c’est tout». C’était un excellent résumé. Nous étions deux grands enfants qui jouent au docteur, il n’y avait vraiment pas de quoi en faire un plat. Ce qui aurait du être le plus sophistiqué, le plus compliqué de mes cinq à sept se révélait plus reposant que tout ce que j’ai pu vivre dernièrement. Il y avait dans cette libre interprétation d’une visite médicale sadomasochiste plus de respect, de part et d’autre que dans le sexe ordinaire, souvent sans saveur, pratiqué presque toujours avec de pauvres hères que rien ne sauve.

 La représentation lui a plu. A moi aussi mais principalement pour d’autres raisons. Son corps était un rêve mais surtout, il était simple, j’ai tellement besoin de ça. Pas cette simplicité que certains prétendent incarner et qui n’est qu’un habit, une manigance. Lui n’avait rien derrière la tête, il était nu devant moi, nu sur mon parquet, à quatre pattes, comme un taureau qui attend la dernière estocade sans illusion, ni même une intention. Alors que le rideau menaçait de s’écrouler, je lui ai tendu un petit récipient et lui ai demandé de me fournir un échantillon sans plus attendre.

Je méritais un peu de repos, je me suis couché et simple spectateur, je l’ai regardé procéder.

 Quand il est parti, je me sentais bien, si calme, presque comblé. J’avais trouvé des réponses à mes questions. Il n’y avait pas de choix à faire, pas de prochaine spécialisation de ma sexualité, pas de révélation mais une alternative de plus à emprunter selon l’envie.

J’avais faim, plus encore qu’avant, de nudité, de vérité et d’absolu.

 

 

The faint, Fish in a womb



Inflation

 

Si les PIB pouvaient voler, Rachida Dati ne serait peut-être pas le chef d’escadrille mais elle a les qualités nécessaires pour le suivre de très près.



La vie rêvée des félins (my tiger is rich)

Saviez-vous que les tigres qui enfantent en captivité refusent de s’occuper de leur progéniture ? Je crois personnellement qu’ils préfèrent la laisser mourir que lui offrir en héritage une vie derrière des barreaux, je pense que les animaux choisiraient tous de laisser s’éteindre leur espèce plutôt que de troquer leur liberté contre une survie misérable, aussi abondants soient la nourriture qu’on leur propose et l’espace entre deux grillages.
A l’exception des chiens…
Je ne les aime pas beaucoup. Au fil de mon enfance j’en ai pourtant rencontré quelques uns pour qui j’ai eu de l’affection mais je ne comprends pas qu’on puisse choisir d’être des esclaves aussi dociles, qu’on n’essaie pas de s’enfuir à la première occasion.
Parfois dans la même maison, les félins les observent eux aussi d’un oeil dédaigneux.  Il est vrai qu’ils ont inventé le mépris mais essayez de demander à un chat de vous rapporter une balle, de chasser pour vous ou de tirer un traîneau pour emmener vos enfants à l’école. Imaginez leur regard. Les chats vivent parmi les hommes de leur plein gré afin de s’assurer un confort : de la nourriture, des caresses, un toit mais jamais ils ne trahissent vraiment leur nature, jamais ils n’abdiquent.  Ils profitent et s’ils chassent des souris même le ventre plein c’est simplement parce qu’ils aiment ça, pas pour vous rendre service.
Je pourrais les regarder vivre des journées durant. Qu’est-ce que les chiens ont à raconter, eux, aux pieds de leurs mémères ?
Je ne voudrais pas qu’on me taxe d’inviter par ce texte futile à une quelconque haine raciale, ce point de vue est très subjectif.
Je suis peut-être aigri et une misanthropie encore partielle me pousse à délaisser les humains. En ce moment je regarde beaucoup de documentaires animaliers, ils me passionnent et me reposent. Ils relativisent aussi mes propres soucis et mes interrogations spirituelles. La vie sauvage est ponctuée de drames et quand on voit à quel point la Nature est cruelle, on se demande bien à quoi peuvent servir nos prières, pourquoi l’Univers, Dieu ou des anges gardiens seraient plus cléments à notre encontre qu’envers des êtres qui ne font jamais que suivre leur instinct.
Tous ces films n’aident pas à apprécier les hommes. Je ne sais pas si nous détruisons vraiment la planète mais il est manifeste que nous  saccageons celle des autres animaux, leurs espaces vitaux, leur santé, le plus souvent par avidité. Je  veux croire que quand la Nature se sentira trop menacée, elle nous éradiquera d’une pichenette. Bye, bye, superprédateur super présomptueux. 

 



Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé, veuillez recomposer votre appel ultérieurement

 

Quand est-ce que les gens ont cessé de m’intéresser ? Depuis quand ai-je l’impression qu’ils me racontent tous la même chose ? Ils m’indiffèrent, ils me désespèrent.
Est-ce que c’est arrivé en arrêtant les anxyolitiques et l’herbe ? Est-ce que ces drogues maintenaient l’illusion d’un monde acceptable ?
Je me sens comme un téléspectateur qui tomberait sur le même programme à chaque pression de son doigt sur un nouveau bouton de sa télécommande, un programme qu’il n’aime pas, voire une simple mire.
Je suis seul parmi les autres à un point que je ne saurais décrire.
J’ai l’impression d’avoir connu tant de déceptions que je ne suis plus capable d’être déçu.
Ma vie m’emmerde, c’est une horrible vie.
De tout côté il n’y a que des moules dans lesquels je ne peux pas entrer.
Je ne suis pas intellectuel, je ne suis pas manuel, je ne suis pas un érudit, je ne suis pas un ignare, je ne suis pas une pétasse, je ne suis pas un ours, je suis trop carré et trop lâche pour être un vrai rebelle, trop sensible pour être détaché.
Personne n’est fait pour moi mais la solitude, non plus.

J’en pleurerais.
J’en pleurerai.

 



Turista (diarrhée du voyageur)

Je suis en train de faire la vaisselle, je pense être dans mon appartement quand je découvre un grand évier qui donne sur un jardin encerclé d’une haie verte particulièrement haute. Ca fait des mois que je vis ici, comment ai-je pu ne pas remarquer tout ça ??

Je me sens particulièrement bien dans cet endroit, libre et protégé des regards. C’est visiblement une maison mais j’y suis comme chez moi.

J’ai raconté ce rêve à Racoon sur Internet. C’était un peu pathétique, j’avais besoin de confier à quelqu’un le sentiment d’avoir eu une prémonition et il était le seul interlocuteur disponible dans « ma vie ».

Il n’y a rien vu de particulier et son discours m’a énervé :

« Les rêves sont utiles. Même les animaux rêvent … »

Cette simple contradiction a remis en cause mon envie de le rencontrer. Il semblait se faire la voix de tous les réalistes, porte-parole de cette époque matérielle ou tout est passé au crible de la Science et des statistiques et ne reste plus de place pour la poésie et l’Extraordinaire.

J’ai besoin d’air, je voudrais que ce rêve soit un cliché de mon futur dans une autre vi(ll)e.

Déconnexion, j’ai marché dans les rues, comme toujours mais cette fois en me forçant à sourire. Je ne veux pas ressembler à tous ces gens ternes que je croise.

Daniel me disait l’autre soir que je ne savais pas encore me positionner par rapport aux autres.

Peut-être dois-je les regarder comme si je ne faisais pas partie de leur communauté, comme un touriste ou pire, comme s’ils étaient des insectes.

J’espère rêver encore cette nuit et que je m’en rappellerai. J’espère que l’Univers m’enverra des messages.



RAW

Des hommes ont réussi à faire croire à d’autres pendant des milliers d’années que leurs organes génitaux devaient être cachés, que c’était mal de  montrer ou de regarder ces parties honteuses, des gens qui se prétendent athées et intellectuellement supérieurs continuent de laisser ces idées diriger, emprisonner leur vie.  C’est un détail, à bien des égards le monde des hommes m’est insupportable et j’aimerais ne plus jamais le revoir.

Tes chevilles sur mes épaules, tes chevilles ou celles d’un autre, le sexe nous offre un instant d’oubli. Il abolit les classes, les uniformes, les barrières. Quelle importance que nous n’ayons rien à nous dire ? Le sexe nous offre quelque chose à partager, il nous réunit.  Tes chevilles sur mes épaules, tes chevilles ou celles d’un autre, le reste n’a que peu d’importance.  Je n’ai pas d’autre objectif que de te faire gémir encore. Je veux laisser mon cerveau au vestiaire, le plus possible, je veux n’être que l’animal. Sur 34 ans de vie j’en ai passé dix à dormir mais combien à baiser, à me masturber, à chercher du sexe ou à y penser ?  Les hommes n’ont que ça en tête, je n’ai aucun mal à le croire et si c’est différent pour les femmes,  ces créatures obscures,  à quoi diable occupent-elles donc leur esprit ???

Laisse tes chevilles sur mes épaules, « ne fais pas ces yeux furibonds », nous espérions un transport amoureux mais … pouvons nous prétendre à une fusion plus remarquable que nos deux corps enchevêtrés, que ces mouvements improvisés dignes d’une chorégraphie ?  Tout coule de source entre nous, c’est notre part d’osmose.



Beautiful friend(s)

 

Je vais bien maintenant. Je ne vous écris plus parce que je n’ai pas le temps, mes journées coulent comme du miel sur des joues gourmandes. J’ai déménagé, je vis dans un petit village ensoleillé  et j’ai découvert le plaisir de faire partie d’un groupe, d’une « bande ». Je me tiens toujours un peu à l’écart, j’observe mais  les autres m’envisagent avec bienveillance, ils m’apprécient. Que c’est étrange de se sentir  à sa place, comme le rouage d’un mécanisme qui n’attendait que vous.  Je pense que nous allons devenir de vrais amis. Parmi eux, il y a un blondinet que j’appelle « Robocop 3000 » à cause de la froideur qu’il affiche constamment. Quand je lui ai  confessé ce surnom, j’ai eu la surprise de le voir enfin sourire et c’était chaud en moi.  J’ai maintenant un jardin et à la tombée de la nuit, je sors une chaise et je regarde les étoiles apparaitre une à une.  Je cueille du tilleul,  je vis des choses simples, j’avais passé ma jeunesse  à fuir mon bonheur dans le sophistiqué. Je me sens tellement bien, je ne pensais pas que ce serait possible un jour et quand j’ouvre les yeux pour retrouver cet univers dévasté, je garde en mémoire que tout ça n’est qu’une partie des choses, la mauvaise, je repense à cet autre monde, cette dimension parallèle qui échappe à nos consciences atrophiées, je sais que le Beau existe quelque part et qu’à tout moment je pourrai le rejoindre en fermant les yeux très fort.

Ces quelques mots feraient une jolie conclusion mais je n’en ai pas fini avec vous, commencez d’abord.