Paralysé

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Entretien avec le psy cet apres midi. Il pense comme moi, j’étais déjà cassé. Alors quoi, qui, comment, où ? J’ai mal mais je ne sais pas ce qu’il faut soigner, sur quelle plaie il faut mettre un pansement. Frustration: je n’ai pas réussi à parler de toute la séance, je suis là aussi bloqué, j’en ai conscience mais je n’arrive pas à le changer. C’est comme si de mon enfance je ne gardais aucun souvenir précis, juste une certaine nuance. J’en veux à John pour le « libre arbitre ». Cette nuit là, quand ma cousine a voulu coucher avec moi, je ne voulais pas, mon libre abitre avait dit non et moi je faisais l’inverse. Encore aujourd’hui je me sens paralysé, j’ai plein de papiers à envoyer, de choses à gérer et je n’y arrive pas, je suis bloqué, engourdi. Comment lui faire comprendre que non, même quand tout semble montrer qu’on a le choix, et bien parfois on ne l’a pas ? Je ne sais pas dire non, si je ne sais pas le prononcer, comment le dire ? Le psy dit que je me suis construit sur des mauvaises bases… La séance était une torture, on voudrait parler,on en crève d’envie, mais on ne peut pas, on est « emprisonné ». Combien d’années que je survis sans jamais vivre ? 25, 29 ? J’en pleurerais. Qui pourrait bien comprendre ? Tout le monde minimisera. Seul car présumé incompris. Je me demande si je ne reste pas seul pour ne pas ressentir cette immense frustration de ne pas pouvoir dire, expliquer, de rester sans mot ? J’ai 30 ans et l’impression de ne jamais avoir vécu, d’être un enfant. Je suis un petit garçon qui ne sait pas s’occuper de lui même, qui n’ose pas traverser la route sans qu’un grand lui tienne la main. Je voudrais me rappeler, ça m’obsède. Je n’ai jamais été si prêt du but et pourtant encore il m’échappe.

La diva dine chez la voisine, dans l’appartement du dessous, un enfant pleure et personne ne semble s’en préoccuper. Le destin est joueur et assez cruel de m’envoyer ce message. J’ai voulu tuer l’enfant qui est en moi mais c’est l’apaiser, lui dire qu’il peut grandir, que personne ne lui veut du mal ce qu’il faudrait faire. Il n’y a plus vraiment personne autour de moi, est-ce une manière d’éviter d’avoir mal, d’être blessé ? Tout ce que j’ai (rien) contre un jour de bonheur, un jour de quiétude.

Je n’ai plus que des pates à manger, la dernière boîte de sauce tomate vient de passer dans l’assiette que j’ai du mal à avaler. J’ai envoyé un sms à ma mère, lui demandant si elle peut m’envoyer 10€. J’ai éteint le téléphone aussitôt, je ne veux pas parler, à personne. La pensée de ce noël seul me galce. Si je prenais encore des cachets, j’aurais multiplié la dose par 10 ce soir là afin de dormir et me réveiller comme si ce jour n’avait jamais existé. 3 jours après j’aurais 31 ans. Malgré tout ça j’ai encore l’espoir d’un futur meilleur , et ça en somme c’est incompréhensible. Après tout, je n’ai plus que mon toit à perdre… Néanmoins quand on pense qu’on vit le pire la vie vous rappelle souvent qu’il y’a encore pire, toujours pire. Avant de prendre le bus tout à l’heure j’ai vu un papa qui tenait par la main sa petite fille. Elle n’avait pas de cheveux sur la tête. Ca semblait être le signe d’une chimio. J’ai eu honte de me plaindre. Cependant ça ne minimise pas ma propre douleur, mon incapacité à vivre.


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