Famille(s)

Sur le pas de la porte en le serrant dans mes bras, j’aurais voulu dire plein de choses mais j’ai répété deux fois la même: « tu vas me manquer, tu vas beaucoup me manquer. » J’aurais voulu dire « je n’y arriverai pas sans toi, personne d’autre ne me motive, j’abandonne si tu n’es plus là, les autres ne m’interessent pas, je ne survivrai pas, je ne veux pas reprendre la route si tu n’es pas à mes côtés, si la vie est sans toi alors je refuse de vivre, seul ta présence m’en donne envie, je … » et j’ai redit cette phrase minable. Je ne savais plus parler, tout semblait pauvre et si petit.

La porte s’est fermée sur lui et j’ai repris ma route sous la nuit, seul. J’ai regardé la lune au milieu des nuages et j’ai réalisé que je n’étais pas près de revoir la lumière, que je ne la reverrai peut être même jamais.

Je me suis mis à marcher. Nuit et brouillard, froid. Ca semblait presque une métaphore de mon existence. Plus j’avançais plus je réalisais ma solitude et cette route longue à n’en plus finir. Vertigineuse. Vide de sens. Sans plus d’envie.

J’ai pensé à ce qu’il disait sur la faible proportion de gens susceptible de faire partie de sa vie et j’ai pris conscience qu’il était ma dernière part d’humanité, le seul autre à éveiller encore de l’intérêt.

Je m’éloigne de plus en plus de la meute. Leurs jeux me sont étrangers, leurs passions aussi.

Il m’a montré sur pédéland.com le peu de connectés de cette creuse qui m’attend. Comment lui dire que je ne veux même pas leur parler, que je n’ai rien à leur offrir, que je ne souhaite pas les rencontrer. Ils sont tous les, lui seul est il.

Je mesure la qualité d’une relation à la conversation et aux silences entre moi et l’autre. S’il n’y a pas de temps morts, si le flot est ininterrompu, si je ne cherche même pas à dire pour éviter le vide et surtout si je peux parler de tout sans me censurer, si je ne triche pas c’est le signe d’une certaine osmose. Avec lui je n’ai rien à cacher, nous discutons sans cesse de tout, de rien, il y’a peu de blancs et nous partageons les mêmes points de vue sur l’essentiel, la même vision d’ensemble avec ce qu’il faut de divergences pour débattre un peu. Je me sens libre de formuler ce que bon me chante, d’être moi et ça c’est essentiel.

La plupart des mecs de pédéland.com n’ont aucun intérêt (pour moi) et je crois que je n’ai même pas envie de leur parler.

Ma mère vient me déménager demain. Ce que j’ai à lui dire tiens en grosses lettres sur une carte postale. Nous vivons sur deux planètes differentes et nous ne partageons rien. C’est ce que je dois appeler ma famille ? Pour moi c’est autre chose que des gens qu’on subit. J’éprouve de la gratitude à propos de son aide et absolument aucun autre sentiment positif. Les miens sont ceux que je choisis. Je sais que je vais crouler sous ses reproches, que je n’arriverai pas à être totalement perméable. Je sais que sa conversation va m’irriter ou, au mieux, m’ennuyer. Je n’ai plus envie de feindre l’intérêt. Je suis incapable de dire quelque chose qui puisse lui convenir de toute façon. Alors je vais essayer de m’en tenir au silence en évitant tant que ce peut d’avoir l’air méprisant, mais ne rien dire ce n’est pas mon fort. Une chose est sûre , ce sera pénible. Je ne vais pas dormir cette nuit, ainsi je passerai peut être le voyage entier en compagnie de Morphée.

Je n’ai pas de projets dans la Creuse et je ne compte pas en faire. Je suis vide de désirs. Pourquoi en aurais-je ? Pour les savourer avec ma solitude ?

Il était ma dernière envie.

« Plus rien ne s’oppose à la nuit, rien ne justifie… »

 


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