Archive pour février, 2007

Non

Mail ecrit à Louis tout à l’heure:

A 16h j’ai finalement décidé d’aller faire une sieste.
Je le mentionne à ma grand mère qui me dit comme si je lui avais demandé « non tu n’y vas pas c’est pas l’heure… tu ne dormiras pas ce soir. Reste avec moi »
Moi qui hésitais encore, ça a suffit pour me convaincre de le faire.
Hier j’avais décidé de fermer ma porte à clefs mais je ne le fais pas.
J’étais allongé depuis 10 minutes que l’affreuse sonnerie de téléphone rententit. J’entends ma grand mère parler à ce que j’identifie immédiatement comme ma mère.
Elle raccroche et pénètre dans ma chambre. Comme ça, comme avant, sans même frapper, sans demander, un viol.
« Lève-toi, ta mère et G. vont arriver. J’ai pleinement conscience qu’il est effectivement poli, sympa de le faire mais c’est devenu autre chose qu’une simple question de politesse, c’est le repect de mes choix, de mes droits qui est devenu le « jeu », la bataille. « - Non, je dors. – Mais quand même ils ont fait des crèpes et ils nous en amène. – Non, je dors. – Quand même tu lui dois à G. après qu’il t’ait aidé hier. Ils sont sur la route, ils arrivent. – Non » Je dis un « non » qu’on a jamais entendu, dont ici on se moque bien, comme si je pissais dans un violon. Elle sort et je referme les yeux. Je somnole un peu mais chaque fois que le sommeil commence à l’emporter je me reprend en me disant qu’ils vont arriver, que la guerre n’est pas finie. Je commence même à me remettre en question. J’entends une voiture arriver. La porte de ma chambre s’ouvre a nouveau: »Ils arrivent, leve-toi, etcetera, etcetera – Non, non, non, non… »Je referme les yeux mais c’est du gachis, je sais bien que je ne me rendormirai pas.Dans la salle à manger je l’entend dire à ma mère que je suis parti faire une sieste il y’a peu, « va le voir dans sa chambre pour lui dire que tu es là » et lui faire croire qu’elle ne l’a pas fait. Ma mère répond « non puisqu’il dort ». Ca me donnerait presque envie de me lever qu’enfin on semble me respecter. Deux minutes plus tard ça frappe 3 énormes grands coups dans ma porte. Ca c’est la griffe de ma mère. Je ne peux m’empêcher de hurler  » je dors lachez moi la grappe ! » . Accalmie de 2 minutes puis ma porte s’ouvre à nouveau. Ma grand mère. La mini discussion est la même sauf qu’elle reprécise que G. a fait des crèpes, je dis « j’m'en tape » et elle repart en lachant  » tu n’as pas de coeur J. ». La phrase est exactement la bonne pour me faire culpabiliser. Je me dis que c’est pas sympa de rester au lit quand ma mère est là, que je suis salaud, qu’elle m’a dépanné hier. En même temps je me dis que c’est ma mère et qu’elle me le doit puis je culpabilise sur mon égoïsme. Je commence à penser que je vais me lever, que de toute façon je ne peux pas dormir, etc.. Ca refrappe de grands coups sur la porte. Je hurle et balance mon oreiller dessus. Je descend du lit comme une furie, ouvre la porte en tremblant, trouve ma mère derriere, effrayée, lui fait une bise en maugréant « que je dors, que c’est abusé, que…  » je ne sais plus. Dans la cuisine, je serre la main de son mari en me disant puisque c’est ça je vais être là mais je ne dirai pas un mot pour qu’ils voient leurs erreurs. Et c’est là que je comprends que ça ne sert à rien, que jamais ils ne comprendront même si j’essaie d’expliquer, que c’est foutu et que mon « non » n’aura jamais de sens pour eux, elles. Je commence à culpabiliser, a cause des crèpes, de G qui me voit dans cet état d’énervement, à mon ingratitude. Je me dis qu’elle est venue (ma mère) en pensant me faire plaisir et qu’elle ne se rend pas compte que je préfèrerais qu’elle se soit passée de le faire, que je vis très bien sans la voir, que je la méprise complètement et qu’elle ne compte pas pour moi… puis je culpabilise. Je me rends compte que je n’ai même pas pris une crepe alors je le fais pour être sympa et je la mange sans faim en sortant des banalités qu’il me faut chercher, j’en sors de moins en moins vu le peu de mondanités de ma vie : « C’est la chandeleur ? Tu commences a quelle heure demain ? …. ». G parle de son boulot et tient une remarque raciste  » oui ils contruisent des batiments uniquement pour de sales noirs ». Ma grand mère renchérit. Je ne dis pas un mot, je perdrais du temps pour rien, je trifouille mon portable pour me donner une contenance. Mon avis n’a jamais changé quoi que ce soit, personne ne m’a jamais entendu, je preche dans le désert. Je réalise pleinement que ça ne changera jamais, que j’aimerais ne plus les revoir, changer de numéro, d’adresse et de ne pas leur communiquer. La semaine dernière j’ai envoyé à ma grand mère une lettre ou j’ai recopié un des textes que j’ai écrit ici (« le prix) , celui sur sa trahison. Dans le mot que je joins, je dis de ne me poser aucune question, de respecter mon silence et de me respecter moi. Hier elle commence une phrase par « je me pose une question mais tu m’as de ne pas t’en parler… » Je la coupe en lui disant « tu as ta réponse, ne m’en parle pas ». Dans la soirée elle redit a un moment « c’est ma mère dont tu parles ?  » , je répond non et de ne pas m’en parler. Ca me surprend qu’elle imagine que c’est sa mère qui a pu me faire ça. Alors qu’elle montait l’escalier pour aller dormir je comprends que c’est l’identité de « elle » qu’elle n’a pas compris, je l’arrete et lui dit « non la femme dont je parle c’est toi, pas ta mère

- Ah bon mais c’est parce que tu as écrit laissé mourir’, etc…

J »ai compris là que même ça , meme une lettre , meme des mots écrits , quand on ne veut pas comprendre on ne comprend pas, que ce « mot d’amour » n’a même pas été compris, que je suis pathétique et qu’elle n’a jamais mérité mon amour et je me sens minable. Je suis bien de retour et décidemment rien, absolument rien n’a changé chez eux, elles et ça ne changera jamais.

Hier dans la voiture quand je disais à ma mère, qui me parlait de ma barbe, que la semaine d’avant j’en avais plus elle a pouffé en disant « n’importe quoi ». J’ai répondu « j’ai du mal à comprendre ce qu’il y’a de drôle ». En fait elles deux me considèrent encore comme un enfant et me poussent à agir comme un enfant, a devenir ce mec que je déteste, celui qui reste dans son lit quand sa mère vient.


Famille(s)

Sur le pas de la porte en le serrant dans mes bras, j’aurais voulu dire plein de choses mais j’ai répété deux fois la même: « tu vas me manquer, tu vas beaucoup me manquer. » J’aurais voulu dire « je n’y arriverai pas sans toi, personne d’autre ne me motive, j’abandonne si tu n’es plus là, les autres ne m’interessent pas, je ne survivrai pas, je ne veux pas reprendre la route si tu n’es pas à mes côtés, si la vie est sans toi alors je refuse de vivre, seul ta présence m’en donne envie, je … » et j’ai redit cette phrase minable. Je ne savais plus parler, tout semblait pauvre et si petit.

La porte s’est fermée sur lui et j’ai repris ma route sous la nuit, seul. J’ai regardé la lune au milieu des nuages et j’ai réalisé que je n’étais pas près de revoir la lumière, que je ne la reverrai peut être même jamais.

Je me suis mis à marcher. Nuit et brouillard, froid. Ca semblait presque une métaphore de mon existence. Plus j’avançais plus je réalisais ma solitude et cette route longue à n’en plus finir. Vertigineuse. Vide de sens. Sans plus d’envie.

J’ai pensé à ce qu’il disait sur la faible proportion de gens susceptible de faire partie de sa vie et j’ai pris conscience qu’il était ma dernière part d’humanité, le seul autre à éveiller encore de l’intérêt.

Je m’éloigne de plus en plus de la meute. Leurs jeux me sont étrangers, leurs passions aussi.

Il m’a montré sur pédéland.com le peu de connectés de cette creuse qui m’attend. Comment lui dire que je ne veux même pas leur parler, que je n’ai rien à leur offrir, que je ne souhaite pas les rencontrer. Ils sont tous les, lui seul est il.

Je mesure la qualité d’une relation à la conversation et aux silences entre moi et l’autre. S’il n’y a pas de temps morts, si le flot est ininterrompu, si je ne cherche même pas à dire pour éviter le vide et surtout si je peux parler de tout sans me censurer, si je ne triche pas c’est le signe d’une certaine osmose. Avec lui je n’ai rien à cacher, nous discutons sans cesse de tout, de rien, il y’a peu de blancs et nous partageons les mêmes points de vue sur l’essentiel, la même vision d’ensemble avec ce qu’il faut de divergences pour débattre un peu. Je me sens libre de formuler ce que bon me chante, d’être moi et ça c’est essentiel.

La plupart des mecs de pédéland.com n’ont aucun intérêt (pour moi) et je crois que je n’ai même pas envie de leur parler.

Ma mère vient me déménager demain. Ce que j’ai à lui dire tiens en grosses lettres sur une carte postale. Nous vivons sur deux planètes differentes et nous ne partageons rien. C’est ce que je dois appeler ma famille ? Pour moi c’est autre chose que des gens qu’on subit. J’éprouve de la gratitude à propos de son aide et absolument aucun autre sentiment positif. Les miens sont ceux que je choisis. Je sais que je vais crouler sous ses reproches, que je n’arriverai pas à être totalement perméable. Je sais que sa conversation va m’irriter ou, au mieux, m’ennuyer. Je n’ai plus envie de feindre l’intérêt. Je suis incapable de dire quelque chose qui puisse lui convenir de toute façon. Alors je vais essayer de m’en tenir au silence en évitant tant que ce peut d’avoir l’air méprisant, mais ne rien dire ce n’est pas mon fort. Une chose est sûre , ce sera pénible. Je ne vais pas dormir cette nuit, ainsi je passerai peut être le voyage entier en compagnie de Morphée.

Je n’ai pas de projets dans la Creuse et je ne compte pas en faire. Je suis vide de désirs. Pourquoi en aurais-je ? Pour les savourer avec ma solitude ?

Il était ma dernière envie.

« Plus rien ne s’oppose à la nuit, rien ne justifie… »

Le Petit Prince

Le petit Prince (1)

 

 

 

 

 

Le petit prince s’en fut revoir les roses:

- Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisé et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

Et les roses étaient bien gênées.

- Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose.

Et il revint vers le renard:

- Adieu, dit-il…

- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

- L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

- C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

- C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le petit prince, afin de se souvenir.

- Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…

- Je suis responsable de ma rose… répéta le petit prince, afin de se souvenir ….

 

 

Extrait du livre « Le Petit Prince », de Antoine de Saint Exupery.

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