Place à l’Amour, au Prozac et à d’autres curiosités !

Il y’a quelques temps Nathan, mon ami pictave* m’a envoyé un cadeau par la poste pour mon non anniversaire. A ce propos, en ce moment c’est « fête » car une semaine plus tard je recevais des bonbons au thé vert, excellents souvenirs du Cambodge, offerts par C (que je rebaptise aujourd’hui Léonard). Dès que j’ai vu le paquet de Nathan dans les mains de la factrice j’ai su qu’il s’agissait d’un livre.** J’ai filé dans ma chambre pour ne pas avoir à partager le bonheur de la surprise, j’ai déchiré le papier sans ménagement et j’ai découvert « Amour, Prozac et autres curiosités » de Lucia Etxebarria. Je ne vous cacherai pas que je fus quelque peu déçu. En effet, je l’avais emprunté à P, mon ex, des années auparavant, juste après notre rupture et par conséquent je l’avais déjà lu. Il faut dire que P. a une collection de bouquin impressionnante. Il est visiteur médical et comme il a beaucoup de temps à perdre dans les salles d’attente des médecins à qui il essaie de fourguer sa came il l’occupe à lire. Je pense qu’il doit être abonné à une dizaine de magazines (dont la moitié a un titre qui comporte le mot science : Sciences et avenir, les sciences du futur, Sciences au présent, le passé de la science, etc…) et entre deux revues, il doit bien lire trois romans par semaine. Je fais ici une parenthèse dans la parenthèse pour dire à ceux qui aiment avoir le nez plongé dans les bouquins qu’au lieu de briguer un travail de libraire ou de bibliothécaire ils devraient envisager d’être « V.R.P. de laboratoires médicaux » ! En effet, il me semble, d’après cet exemple, que ça peut être le métier le plus littéraire qui soit, à tel point qu’il m’arrive de me demander à combien de médecins par semaine pouvait rendre visite Bernard Pivot à l’époque d’Apostrophes ? ! En plus, cerise sur le gâteau, vous pourriez avoir la joie de (re) lire des « Voici » du siècle dernier et ainsi devenir un peu un anthropologue du mauvais goût ! Comme vous le voyez, aujourd’hui en plus de faire fonction de dictionnaire*, je m’improvise conseiller d’orientation et ça, si ce n’est pas formidable ?! Je me demanded’ailleurs si je dois en informer l’ANPE ?!

J’aurais pu dire à Nathan que je n’avais pas lu « Amour, Prozac et autres curiosités « . J’aurais pu mais voilà, aussi stupide que ça puisse paraître, j’ai du mal à mentir à mes amis. Je lui ai donc écrit ce texto : « C’est adorable et ça me fait très plaisir mais je l’ai déjà lu  » puis constatant que c’était quand même un peu sec, je me suis résolu à adoucir la vérité en ajoutant « néanmoins ce sera un plaisir de le faire à nouveau »***. Ne vous méprenez pas j’ai beaucoup aimé ce roman, au point que ça m’avait même donné envie de lire d’autres livres de Etxebarria mais dès l’instant où je l’ai vu ça m’a ramené en arrière, à une des périodes les plus difficiles de ma vie. Rien que le titre pourrait laisser deviner qu’il y est un peu question de psychotropes (pas tant que ça non plus) et de gens paumés. Je me suis dit « non, ce bouquin appartient à mon passé de « drogué » le relire ce serait un peu l’inviter à revenir ». J’essayais même de me convaincre que je ne pourrais plus le comprendre. C’était devenu le symbole de ma déchéance et l’ouvrir à nouveau signifiait replonger. Suite à ça mon esprit malade en est même arrivé à penser que c’était peut-être un message du Destin pour me dire que Nathan, que j’ai rencontré alors que je vivais avec P., appartenait désormais lui aussi au passé et que je devais tourner la page. Et puis mon ami pictave m’a envoyé un message qui disait « ce n’est pas grave je vais en chercher un autre, que tu n’auras pas lu » et finalement, en plus d’avoir pris conscience que je suis bien un chieur, j’ai compris ce qui me posait problème par-dessus tout : sous couvert d’un passé personnel assez sombre, ce livre est avant tout intimement lié à mon ex, à sa gigantesque bibliothèque et au peu que de livres que j’ai lus à l’époque. Il me rappelle l’échec de notre relation ! Alors, j’ai décidé de mettre de côté mes idées stupides sur le Destin, j’ai posé le bouquin sur mon bureau et pendant qu’une pile de paperasses diverses se formait dessus, j’ai commencé à l’oublier.

Jusqu’à ce matin …

Et effet, je me suis réveillé avec le souvenir de ce rêve : j’avais des problèmes de logement et je cherchais désespérément un appartement, un peu comme dans la vraie vie, mon inconscient n’est décidément pas très original ! Au pays de Morphée je finissais par trouver un studio et, alors que je finissais tout juste de m’y installer, je sortais mon téléphone portable de la poche de mon jean pour voir l’heure. En regardant l’écran, je me rappelais subitement, comme une sorte de flash, que j’ai un forfait Neo et que mes appels sont donc « gratuits » vers les fixes et les mobiles de 20h à minuit.**** Je décidais alors qu’il fallait absolument que j’appelle quelqu’un. Je ne sais pas pourquoi mais je composais le numéro de… P ! Une fois en ligne il me demandait « alors tu as solutionné tes problèmes (d’appartement) ?  » et moi, gonflé d’orgueil et d’arrogance je lui répondais « oui, comme toujours ». Ensuite, je réalisais que je n’avais absolument aucune envie de discuter avec lui et je commençais à chercher un moyen d’écourter la conversation. J’étais en train de penser à prétexter un double appel lorsqu’un bruit de perceuse, semblant provenir de chez mes voisins, envahit le studio ! Au bout du fil P. continuait à me parler mais je ne comprenais plus ce qu’il disait et alors que je m’apercevais que le mur en face de moi était en train de trembler et, par la même occasion, que j’avais un papier peint absolument immonde, je me suis réveillé.

Je me suis mis à chercher un sens à tout ça mais je n’ai rien trouvé que Sigmund pourrait juger satisfaisant*****. J’y pensais encore quand, après avoir bu mon thé, je suis retourné dans ma chambre pour chercher de quoi lire. J’avais décidé de me forcer à avancer dans « Vol de nuit », qui est sûrement un très bon livre de Saint-Exupery mais dont je n’arrive pas à dépasser les trois premières pages, et en le cherchant sur le bureau, j’ai remarqué « Amour, Prozac et autres curiosités » qui dépassait de la pile, comme un défi. J’ai hésité un moment puis je l’ai pris avec moi et j’en ai lu « l’introduction  » que je vous retranscris ici :

 » Tu vivras de nombreuses passions, disait ma carte astrale, me plaçant sous l’ascendant d’amours intenses et fugaces. Un rosaire de noms reliés par des baisers, certains sombres, d’autres plus tendres. Ils sont plus ou moins grands, châtains ou bruns, il y en a de toutes sortes. Un trait commun les définit tous, la virilité qui s’agite avec inquiétude entre leurs jambes.

Certaines s’affirment, hautes, orgueilleuses. Fermes et obstinées, dressées comme des mâts. Puissantes et astucieuses, sûres d’elles, bonnes raisonneuses, mûres, décidées, elles envahissent tout. Elles entrent, s’approprient les lieux et, une fois introduites, solidement encastrées, elles savent qu’elles sont à leur place, connaissent leur rôle. Elles entrent, sortent, s‘émeuvent, accélèrent le mouvement, conscientes de leur empire. Empires d’une nuit, monarchies d’un baiser.

Il en est d’autres plus petites, inquiètes et espiègles. Turbulentes, curieuses, elles ne manquent jamais d’espace pour jouer, chercher et se perdre. Douces exploratrices, elles vous échappent parfois, glissantes comme des couleuvres, comme le savon dans la baignoire. Elles patinent, surprises, sur les cuisses mouillées, et repartent à l’escalade, anxieuses et impatientes, bondissant avec vivacité, vers le refuge humide et chaud qui les attend, elles le savent. Petits poissons qui sautent dans votre courant interne, heureux et trempés, peu leur importe comment et où. Jeunes d’esprit, c’est tout juste si elles se prennent au sérieux.

Tu pourras les aimer beaucoup sans jamais les posséder. Elles pourront t’aimer encore plus sans que tu ne leur appartiennes jamais. Farouches et rieuses, fugaces, bruyantes, elles n’auront laissé ni sillage ni empreintes derrières elles. A peine le souvenir, flou et nostalgique, des heures heureuses, les seules qui comptent, celles qui ont été véritablement vécues… «  (extrait de « Amour, Prozac et autres curiosités » de Lucia Etxebarria, donc)

Je trouve ça remarquable et même si aujourd’hui je ne suis plus sûr de ressembler totalement à ces femmes « petites, inquiètes et fragiles », ça m’a donné très envie de relire la suite, non seulement pour savoir où j’en suis mais aussi et surtout parce que c’est un bon roman et qu’il mérite que je lui donne une nouvelle place dans ma vie, une place où P. n’a plus de réelle importance. Car finalement, même s’il y eut des traces de bonheur, ce ne sont plus que des souvenirs et c’est notre histoire et elle seule qui est maintenant un livre que je n’ai plus envie d’ouvrir. S’il m’arrive encore de m’en rappeler quelques lignes c’est souvent pour constater que la fin a déçu mes attentes et que j’écrirai les prochains volumes avec quelqu’un d’autre…

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* Un pictave est un habitant de la ville de Poitiers, grâce à moi vous apprenez des mots nouveaux et ça c’est formidable !

** Ca ne demande pas non plus des dons de voyance, je vous l’accorde mais je suis légèrement myope, tachez de vous en souvenir !

*** Oui je n’emploie jamais le langage sms, je suis snob, ne l’oubliez pas !

**** C’est dingue, Bouygues Telecom devrait me payer pour cette phrase ! Faites leur penser à ça !

***** Je l’appelle pour me rendre compte qu’il ne m’intéresse plus ? Je m’accroche au passé et quand je me trouve devant je me rends compte que c’était pas si terrible ? J’ai fait semblant d’étudier la psycho pendant un semestre et j’ai lu deux numéros de Psychologies magazine, faudrait pas l’oublier !

 


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