Infidélité à la nuit

 

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Peut-être que mon étoile n’a pas cessé de briller et que l’espoir existe toujours pour peu que je veuille y croire, peut-être que la Roue a enfin tourné ou peut-être pas.

Au retour de Poitiers je m’étais résolu à essayer de vivre, là bas j’avais joué et j’avais finalement aimé ça. Alors j’ai décidé de tendre à nouveau des fils, de baisser un peu les ponts levis entre moi et les autres, d’essayer de faire des rencontres, de jouer quoiqu’il arrive, sans m’arrêter, jusqu’au game over. Dans ce trou, sans permis de conduire ni même un ami à l’horizon, il n’y a pas 150000 ouvertures sur le monde, il reste seulement cette fenêtre que vous avez sous les yeux, cette toile qui nous relie tous où que nous soyons. Ce média pourrait revêtir un caractère divin car il casse les frontières, il bouleverse la notion d’espace. Nous sommes tous devenus des voisins, dans la même posture derrière notre écran, avides, curieux, de Paris à Tokyo, de New York à Moscou. Le monde semble s’offrir à nous pour peu qu’on garde la conscience que ce virtuel n’est qu’un moyen.

Je me suis posté sur pédéland.net, je suis devenu un article de plus dans le catalogue des marchandises avec photo et petite notice d’utilisation. Pour cette dernière j’ai fait relativement simple : « si vous n’avez pas de portrait de vous nous n’irons pas loin » puis j’ai vaqué à mes occupations sous d’autres http. Cependant je revenais y faire un tour régulièrement et quelques menus « dialogues » ont commencé, à base de « tu ch koi ? » auxquels j’avais bien du mal à répondre. La première fois qu’on m’a posé la question j’ai d’abord songé à répondre « à tendre des fils » mais ça semblait assez fou, j’ai aussi mis de côté le « je cherche ce que je trouve » qui me paraissait ou arrogant ou désespéré. J’ai fini par opter pour « des rencontres » : évasif, ouvert mais finalement assez juste. La suite du dialogue a bien sûr rapidement pris un caractère sexuel ; malgré ce qu’ils essaient parfois de faire croire tous sont là pour à peu près la même chose. Il y a les actifs et les passifs, les soft et les hards, ceux qui se déplacent et ceux qui reçoivent mais, mis à part ces détails pratiques, on a vite l’impression de parler toujours à la même personne. On se surprend même à devoir jeter un œil sur la photo de l’interlocuteur pour distinguer « jeunehomcho » de « chohomjeune » et pour tous on ressert le même laïus sur ses goûts en matière de sexe.

Ca commençait à devenir ennuyeux quand il est arrivé. Il n’avait aucune photo et je ne sais pas ce qu’il m’a dit ni ce que j’ai répondu mais j’ai fini par lui demander de se montrer. Avant lui d’autres m’avait proposé pour ça d’aller sur Msn mais je leur répondais immanquablement que j’y allais très rarement pour éviter d’expliquer que je n’ai pas envie de polluer ma messagerie avec un énième contact à la recherche d’un partie de jambes en l’air. J’avais tenté à plusieurs reprises « je le réserve aux amis » mais ça semblait non seulement peu convaincant mais aussi un peu hautain car ça sous-tendait « toi et moi nous ne le sommes pas ». Pourtant quand lui me l’a proposé je lui ai donné mon adresse Internet et, pire, je me suis même connecté à la messagerie. Comme je ne le voyais pas en ligne j’ai continué à répondre sur pédéland.net aux questions d’un autre garçon qui m’a finalement fait la même proposition. J’ai accepté, pas de jaloux.

Avec ce dernier le dialogue fut bref, il cherchait du sexe et n’avait rien d’autre à dire. Je lui posais des questions pour m’intéresser à sa vie, je remettais des pièces dans son juke-box mais il répondait sans enthousiasme aucun. Je sentais bien que ça l’agaçait plus qu’autre chose alors j’ai cessé de le questionner. Ca n’a pas traîné : il a du partir pour faire du ménage. A ce propos, après des années de pratique j’arrive toujours à être étonné par le nombre de pretextes disponibles pour s’enfuir, je crois avoir tout entendu et non, il y en a toujours un pour faire dans l’original. C’est fascinant.

Cependant, avec lui ce fut complètement différent. Comme je n’en avais pas terminé avec la ménagère j’étais assez lent pour lui répondre et peu à peu j’ai senti que c’était moi le juke-box, qu’il s’intéressait à la petite vie de ma petite personne et que son intérêt le rendait intéressant, le distinguait du lot. Alors j’ai fait de même.

L’idée que j’en disais trop m’a traversé l’esprit, j’avais un peu lâché le frein de mon auto-contrôle et je me dévoilais peut-être dangereusement alors je me suis repris : « je ne sais pas pourquoi je te raconte ça » lui ai-je dit et il a répondu « parce que nous parlons de tout et de rien  ». C’est là que j’ai réalisé qui il était. Il y’a des personnes dont on sait, dès le départ, que quoiqu’il arrive on aura toujours des choses à leur dire, qu’on pourra toujours parler de tout et de rien, converser agréablement, que le silence ne s’imposera que si on l’y invite. Il est de ces personnes.

Alors, quand il m’a proposé de venir me chercher pour passer chez lui une soirée entre amis, en tout bien tout honneur si c’est ce que je voulais, j’ai accepté sans hésitation. Est-ce que je le rencontrais ou est-ce que je l’avais toujours connu ? Je ne sais plus. Après cette soirée et la journée qui a suivi ce que je sais c’est que c’est un homme riche, de cette richesse que tous les dollars du monde ne pourront jamais acheter, celle qui se décline en tolérance, ouverture et curiosité. Ce que je sais aussi c’est que nous avons trop de points communs pour que je tente d’en faire le détail. Ce que je sais enfin c’est que j’aimerais le revoir. Je n’ai aucune idée d’où tout ça pourrait nous mener et finalement ce n’est pas si important puisque quand on va quelque part parfois le voyage est plus intéressant que la destination. Je ne sais pas si de son côté il a envie de voyager avec moi mais j’avoue que j’en caresse l’espoir.

Tout à l’heure, après qu’il m’eut déposé ici, la solitude s’est abattue sur moi comme un rapace messager de tristesse, j’ai pris conscience de la nuit qui m’entourait et j’ai dit à cette compagne trop possessive « pars, je ne veux plus de toi  ».

«  Hey you,

Out there in the cold,

Getting lonely, getting old,

Can you feel me?

Hey you,

Standing in the aisle,

With itchy feet and fading smile,

Can you feel me?

Hey you,

Don’t help them to bury the light.

Don’t give in without a fight.

Hey you,

Out there on your own,

Sitting naked by the phone,

Would you touch me?

Hey you,

With your ear against the wall,

Waiting for someone to call out,

Would you touch me?

Hey you,

Would you help me to carry the stone?

Open your heart, I’m coming home.

But it was only fantasy.

The wall was too high, as you can see.

No matter how he tried he could not break free.

And the worms ate into his brain.

Hey you,

Out there on the road,

Always doing what you’re told,

Can you help me?

Hey you,

Out there beyond the wall,

Breaking bottles in the hall,

Can you help me?

Hey you,

Don’t tell me there’s no hope at all.

Together we stand, divided we fall.  »

Pink Floyd

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2 commentaires

  1. Francis dit :

    Bonjour
    quelle découverte ce blog, j’aurais plein de choses à y dire…simplement je souligne la phrase de ce post « il y a des personnes dont on sait qu’il y aura tjs quelque chose à leur dire… » c’est la magie du net, le coté positif qui doit faire oublier les X % qui coupent pour faire le…ménage….
    content de « te découvrir »

  2. Lovedreamer dit :

    Bonjour Francis, sois le bienvenue sur ce blog !
    C’est la magie de la vie !

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