Les moutons, Beatriz, les corps célestes, la nature et le reste

 

1651314126.jpg

Quand je me suis levé ma grand-mère m’a dit « J’espère que tu as bien dormi, moi tu m’en as empêché toute la nuit… J’ai rêvé de toi. Tu étais enfant et tu courais au milieu d’un troupeau de moutons. Puis ton corps semblait gelé, je t’emmenais dormir avec moi mais ton corps ne se réchauffait pas, tu étais froid… « . Comme quoi il semble bien que j’aie des raisons d’être cinglé ! Je ne lui ai rien répondu, je n’arrive plus à lui dire quoi que ce soit. J’émets des grognements, des « mmm » et la plupart du temps je garde le silence. Je suis froid en effet. J’ai pris son rêve comme un signe même si je n’en comprends pas encore complètement le sens. Que je dois commettre ce meurtre symbolique peut-être ? J’ai trouvé « Béatriz et les corps célestes » dans mon courrier du jour. En effet j’ai pris tellement de plaisir à redécouvrir « Amour, Prozac et autres curiosités » que je l’ai lu 2 fois de suite et j’ai décidé de m’intéresser à d’autres textes de Lucia Etxebarria. Si cet auteur me plaît tant c’est parce qu’elle s’adresse à moi et elle parle pour moi, elle me représente. Comme ça marche plutôt bien pour elle j’imagine que c’est le cas pour de nombreuses personnes.

Voici quelques lignes de ce roman :

« (…)N’essaie pas d’ensevelir la douleur : elle s’étendra sur la terre, sous tes pieds, elle s’infiltrera dans l’eau que tu bois et t’empoisonnera le sang. Les plaies se referment, mais il reste toujours des cicatrices plus ou moins visibles qui gênent lorsque le temps change, rappellent leur existence sur ta peau, et avec elles le coup qui les a causées. Or le souvenir du coup influera sur tes décisions futures, réveillera des peurs inutiles, des chagrins misérables, tu deviendras une créature lâche et terne. Pourquoi vouloir t’enfuir et quitter la ville où tu as chu ? Parce que tu espères vainement qu’ailleurs, sous un ciel plus clément, tes cicatrices ne te feront plus mal et que tu boiras une eau plus pure ? Les ruines de ta vie se reformeront toujours. Où que tu ailles tu emporteras ta ville avec toi. Il n’y a ni terre ni mer nouvelles, la vie que tu as ratée demeure ratée n’importe où sur la planète. J’ai vingt-deux ans et je parle à travers les autres.

Ces mots que j’assène, je les ai lu dans des livres. Certains ont été écrits il y’a mille ans, d’autres ont été publiés il y a deux ans. Car tout ce que l’on écrit n’est finalement qu’une note en bas de page d’un écrit antérieur. Il n’existe qu’un sujet : la vie, et la vie est toujours la même ; un même rayonnement imprègne l’univers tout entier et il n’émane d’aucun objet en particulier. Nos actes et nos amours sont la répétition d’actes et d’amours passés, et c’est pourquoi, dans un livre, nous trouverons toujours une réponse à certaine de nos questions. L’ennui c’est que nous ne comprendrons jamais rien à ce qui est écrit avant de l’avoir vécu d’une manière ou d’une autre, et il me semble que je commence seulement à comprendre certaines phrases lues il y a longtemps.

Je comprends à présent que la ville me suit, que je marche toujours dans les mêmes rues et que, sous peine qu’elle pourrisse sous mes pieds, je devrai déterrer mon angoisse. Je quitte une ville pour retourner dans une autre, et je sais qu’au fond j’habite toujours la même. J’ai cru laisser la souffrance derrière moi mais j’ai compris que je la portais avec moi, et me voici de retour dans la ville que je haïssais tant …  » (Lucia Etxebarria, Beatriz et les corps célestes)

L’écho est bien là, prometteur.

Après avoir lu ça j’ai marché pendant deux heures, tellement centré sur mes pensées que je ne faisais quasiment plus attention à la musique de mon lecteur MP3. Je ne regardais pas le paysage, en fait je n’arrivais pas à lever les yeux, ça me coûtait d’essayer de le faire. J’aurais pu me trouver sur les routes de n’importe quelle campagne que ça aurait été la même chose. A un moment j’ai essayé de regarder la nature qui m’entourait et de trouver ça beau, au moins d’éprouver quelque chose. Rien. Le cadre m’indiffère au possible. Parfois c’est comme si j’étais enfermé en moi et que plus rien d’autre ne pouvait vraiment me toucher.

Je n’ai pas allumé mon téléphone portable de la journée, je n’ai envie de parler à personne. Ou plutôt si, j’en aurais envie mais je me sens désespérant avec mes éternels états d’âmes. Si j’en fais encore part aux autres ils finiront par se lasser, si ce n’est déjà fait.

Alors je vais sur des forums, je lis les problèmes de gens à qui je donne des conseils objectivement assez pertinents. C’est tellement plus facile que de s’occuper de sa propre existence.

Entre deux topics je lis les blogs d’êtres plus ou moins supérieurs qui semblent néanmoins passer eux aussi tout leur temps dans la toile.

Je suis une connasse d’Amélie Poulain du web, encore et toujours.

Cependant est-ce que les happy-ends existent dans la réalité ?

2007051375676039346468533df4511.jpg

 


Pas encore de commentaires to “Les moutons, Beatriz, les corps célestes, la nature et le reste”

sarivoli |
Lusopholie |
Critica |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dolunay
| "Le Dernier Carré"
| Les terres arides de l'isol...