L’ami du petit-déjeuner

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Novembre 2006, Toulouse

Solitude intolérable et besoin d’amour, juste des bras autour de moi.
Hier je cherchais un coup sur le net et puis comme ça ne mordait pas, comme ça m’énervait, je suis devenu « envie de me faire sucer, Toulouse » sur un réseau téléphonique.
En moins de dix minutes, après un tri sélectif, je trouve le bon preneur « bien monté ». Echange de tel, prise de contact, rendez-vous chez moi.
Je suis hyper stressé, en ce qui me concerne le sexe n’a jamais coulé de source et encore moins dans ma version sobre. Bien sûr j’ai songé à prendre un verre mais j’ai résisté.
Comme il n’est pas là au bout de 3/4 d’heure je lui envoie un sms :
 » Tu viens toujours ?
– Oui, je suis sur la route « 
Il sonne, je lui ouvre par l’interphone.
Le stress monte d’un cran ou deux et lui de 5 étages, sans ascenseur.
J’entrebâille la porte, il me demande « ça le fait ? » sous-entendant que si ça ne va pas il part.
C’est un type plus petit que moi de peut être 10 centimètres, il a un visage sympa, il n’est pas habillé fashion et ça me plaît.
Le stress monte encore.
Je lui offre un verre d’eau puis me rends compte que dans le minuscule frigo de ma chambre j’ai du jus d’orange. « Avec plaisir, ça ne sent pas la cigarette comme tu l’avais dit mais je suppose qu’avec ta colocation je ne peux pas fumer dans le salon, dit-il sur le canapé minimaliste où je l’ai invité à s’asseoir.
- Tu supposes bien. Je te préviens je n’aime pas me presser, on est pas obligé de se sauter dessus… »
On parle.
Il s’appelle Thierry, 32 ans, travaille dans l’immobilier. Son attitude me plaît de plus en plus, le fait qu’il semble me regarder avec envie aussi.
Direction la chambre, je lui taxe une cigarette puis une autre et on discute.
J’en suis déjà à entrevoir les défauts qui auraient du mal à passer si nous étions amant, je suis comme ça, je suis un capricorne on ne peut plus pragmatique.
On échange des baisers. La peur de ne pas bander enfle.
On commence à faire l’amour. Aucun problème d’érection en vue. C’est sensuel, c’est bon, il suce bien, moi aussi. Plus on le fait plus j’aime, il semble que lui également.
 » Tu me réconcilies avec le sexe » lui dis-je.
« On fait une pause cigarette ? » demande-t-il.
Son attitude me séduit de plus en plus, même si mon cœur est aussi froid qu’une dalle de marbre et chaque geste, réfléchi jusqu’à l’obsession.
On recommence.
« Je pourrais passer la nuit à faire l’amour avec toi » dit-il.
Je réponds « Ne te prive surtout pas ».
C’est une certaine osmose.
Chaque geste étudié, je pourrais me donner une médaille de perfection si j’éprouvais la moindre pitié pour moi-même.
Il me demande l’heure, il est une heure, il m’apprend qu’il a une partie de tennis à 9.
Je lui dis que, dans ces cas là, s’il veut que je vienne, je peux.
« Pas tout de suite… » répond-t-il, est-il parfait ?
Je lui propose de dormir avec moi.
« Mes affaires de sport sont chez moi… Je peux aller les chercher et revenir « 
J’acquiesce, satisfait, on continue un peu, il me masse le torse, me demande si j’aime ça,je lui réponds que oui, « je peux ramener du gel de massage », j’acquiesce encore.
On s’embrasse.
« J’en ai pour 20 minutes maxi ».
Je l’accompagne jusqu’à l’escalier et sans m’en rendre compte je l’embrasse sur le pas de la porte. Le baiser est déjà amorcé que je regrette le geste que j’intellectualise comme signification de la faim d’amour que j’éprouve. Je l’embrasse quand même une deuxième fois.
Il traîne sur le palier, s’en va, je ferme.
Je n’éprouve rien d’autre qu’un peu de condescendance pour moi-même, « je suis pathétique ».
En pensée, j’essaie de revoir son visage et me dis qu’il ne me plaît pas plus que ça, que j’aime seulement sa façon d’être.
J’appelle Louis pour lui raconter l’aventure, il est content pour moi, je le suis aussi, je raccroche et sors 2 bols, 2 cuillères, 2, 2, 2, 2, 2……. pour le petit déjeuner. (Ai-je pensé à O et à mon rôle quasi quotidien du préparateur de pti dej ?!!!??).
Je me fais un thé en stressant à nouveau à cause de ma fatigue, de mon corps imparfait, de la lumière crue qui révèle les 20 ans que je n’ai plus, de tout ce qui veut bien s’offrir à moi.
Je me lave les dents, tout est parfait sauf moi.
Je décide d’aller sur Internet pour tuer le temps en l’attendant.

Sur mon ghetto blaster Mimi la morue (Aka Mariah Carey, dont j’ai mis le disque avant son arrivée) me chante « after tonight, will you remember me ? « . J’ai découvert cette chanson un peu avant de découvrir P. (mon ex), je l’écoutais en pensant à lui, incertain, après notre première nuit. Elle me fait penser à P. et c’est tout, c’est notre chanson, même si je suis le seul à le savoir.
Je me retrouve sur hotmail à relire les premiers courriers de Léo.
Quand ça fait au moins une heure que Thierry est parti, je me sens stupide de douter de son retour mais un quart d’heure plus tard je lui envoie le sms le plus laconique que je peux trouver : « un problème ? ».
Aucune réponse.
Je laisse encore passer une demi-heure puis je décide de l’appeler.
Ca ne répond pas, je laisse un message, attends encore un quart d’heure et je téléphone à Louis.
 » Tu peux m’appeler Miss Bonnepoire, j’avais même préparé le petit dej !
- Je t’avais bien dit de te méfier ! « 
Oui il l’avait di
t.
. Mimi la morue tourne en boucle, j’éteins le poste.

Je suis seul, seul et pathétique, pathétiquement seul.
Comme il n’y a personne d’intéressant sur mon msn, j’ouvre 3 chats’ homo en même temps puis je crée un compte sur un quatrième.
Je songe au sms que je pourrais envoyer à Thierry : « J’ai rencontré des mecs vraiment graves mais toi tu te poses là… ».
Je revois le déroulement de la soirée en me disant que c’est impossible qu’il soit si bon comédien, qu’il pouvait juste dire « je rentre chez moi », y mettre un point barre et partir.
Pourquoi énumérer les affaires qu’il veut rapporter ?
En effet il se pose là !
Je pense à cette « communauté » que j’ai souvent défendue, en me disant que finalement il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.
Je songe à Léo, à son Asie, à sa maison, à son copain et à leurs chats, a notre week-end et à notre relation devenue épistolaire.
Je pense aux gens brillants qui méritent mon amour et par contraste ce Thierry me semble insignifiant, il ne réveille rien chez moi.
Se forme alors l’idée que je suis en train d’accepter, d’ingérer : être en couple à tout prix.
Je me couche et finis par tomber dans un sommeil hanté par mes ex.

Le lendemain je suis en train de marcher dans la rue pour aller chez Louis quand mon téléphone m’avertit de la réception d’un message.
C’est Léo qui s’enquiert de mon week end.
Je m’assois sur un muret et lui rédige une réponse.
Mon portable retentit une nouvelle fois, je continue néanmoins à lui résumer ma mésaventure.
J’envoie le message puis je lis celui que je viens de recevoir.
Il est signé Thierry : « Désolé de ne pas avoir téléphoné plus tôt, hier je me suis fait cambrioler. J’ai trouvé la porte grande ouverte… « 
Mon cerveau n’imprime que cette phrase et a occulté le reste. Bien sur je n’y crois pas mais que j’y crois ou pas n’a que peu d’importance. Ce qui est important c’est que je repense à ce Thierry qui me laisse froid ou plus exactement à cette froideur et je comprends où j’en suis.
Il est fort possible que je m’embarque en toute connaissance de cause dans une histoire avec quelqu’un pour qui je n’éprouve rien, vraiment j’en suis là.
Je ne supporte plus mon célibat, je n’en veux plus, je n’en peux plus. Tout ce que je veux c’est un copain et un toit.
Je me sens terrorisé devant ce destin que j’entrevois et dont je n’ai pas envie. J’ai peur.
P. est avec un comptable, O. « essaie de fréquenter » quelqu’un, Louis aime Bis, Léo aime l’Asie, ma grand-mère a passé sa vie avec quelqu’un qu’elle détestait, ma mère a aimé mon père pour le splendide résultat qu’on connaît. Moi j’essaie de survivre et j’y laisserai fatalement des plumes.

 

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3 commentaires

  1. Querelle dit :

    Ah mais voila donc ton autre blog parrallel !!!
    effectivement c le meme contenu mais la mise en page le rend plus difficile à lire
    tu prefere que je garde lequel en link?

    Sympa sinon cette collection :)

  2. Merci mister Querelle ;-)
    Garde celui-ci.
    Tu trouves vraiment que la mise en page rend la lecture difficile ?
    Si d’autres personnes pouvaient donner leur avis … :-) N’ayez pas peur !

  3. Querelle dit :

    Vi ben ecoute chez moi, c ecrit gros, et pour lire (donc droite à gauche) il faut deplacer la mollette en bas, bref, c pas pratique…

    si tu veux je te fais une copie d ecran
    sinon le fait que tes liens soient tt en bas, c weird

    voila voila
    a tres vite :)

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