Recyclage nocturne : Le Lien

arc3a.gif

Le lien

A l’heure où le mot communautarisme s’étale dans tous les médias, je m’interroge sur l’homosexualité, sur une communauté, quelque chose qui me rapprocherait plus d’un homo lambda que d’un hétéro lambda. Il y’a quelques temps nous discutions Louis et moi et il me dit « tu es plus ouvert parce que tu es gay ! ! « . Je lui ai répondu que je me sentais à mille lieux de la majorité des mecs qu’on assemble sous le patchwork « communauté « . En effet je me sens loin de la plupart des mecs, héteros ou homos. Je ne suis pas en train de dire que je leur suis supérieur mais de constater que tous autant que nous sommes nous entourons d’amis et de connaissances avec qui nous avons des affinités et délaissons donc les autres, ceux qui ne nous interessent pas. Nous pratiquons tous une forme de « tri sélectif » et quoi de plus naturel ?

Cependant son idée a fait son chemin et force est de constater qu’être homo ce n’est pas seulement baiser avec des personnes du même sexe, c’est aussi, quand on est un garçon, pouvoir développer un sentiment amoureux pour d’autres garçons. Ca peut être aussi une philosophie, une manière d’être, une conception de l’amour ou que sais-je ? Quoiqu’il en soit ça devrait toujours ouvrir des portes, rendre plus tolérant parce quand on passe son enfance à écouter l’insulte « pédé  » à longueur de récréation, on connaît le rejet discriminatoire et on sait à quel point il est douloureux et sans fondement pour celui qui le vit.

Le soir du réveillon du nouvel an, j’étais dans un bar pédé à Aix en Provence. John et moi rigolions en regardant un client s’amuser à faire la folle, dansant sur Dalida en jouant avec un boa, mimant une tentative de séduction auprès d’un client assis à une table, etc… Il était très drôle, il faisait son show pour nous amuser dans une dérision que les pédés me semblent parfois pratiquer mieux que quiquonque. Il nous faisait rire et s’assumait totalement. D’un coup je me suis senti bien et je me suis dit « je suis heureux d’être homo ». Et c’est vrai. Si je devais renaître j’aimerais renaître pédé, parce que je trouve que le cliché « les gays savent faire la fête  » n’est pas si galvaudé, parce que ça m’a ouvert l’esprit sur la diversité du monde, sur la différence, les différences, parce que quand j’aurais pu vouloir être raciste en mettant une ethnie entière dans la même case j’étais bien forcé de constater que moi et un autre quidam gay n’avions parfois absolument rien en commun et enfin et surtout parce que j’aime les hommes et qu’en l’état actuel des choses il m’est très difficile d’imaginer de vouloir aimer les femmes. Etre homo m’a enrichit. Grâce (ou a cause, bouteille moitié vide ou moitié pleine) à mon homosexualité j’ai été plus sensibilisé que la moyenne à la prévention contre le VIH quand les gouvernements laissaient mourir les pédés et les toxicos, j’ai mieux appréhendé l’horreur des camps de concentration où les triangles roses côtoyaient les étoiles jaunes, j’ai compris l’importance de se battre pour ses droits et de ne rien lâcher quand on pourrait se contenter d’un pacs mais que par principe on exige une égalité totale. J’ai pu apprécier qu’on me montre qu’on n’est pas obligé de tirer la gueule pour manifester, que le faire sur de la musique peut être amusant (touche homo par excellence). J’ai aussi compris l’importance des soldes, de l’humour et d’avoir un canapé assorti au papier peint. J’ai appris l’injustice. La liste serait longue pour expliquer comment mon orientation sexuelle et amoureuse a participé à mon identité tout entière. Je suis homosexuel, je suis bien plus qu’une sodomie.

Alors que je rigolais avec John dans ce bar, est arrivé un groupe qui comptait deux hommes travestis. Une des connaissances de mon comparse a soudain fait une mine renfrognée et lui a murmuré quelque chose. J’ai voulu savoir de quoi il s’agissait et mon cavalier m’a dit « il n’aime pas les mecs qui s’habillent en femme « . La moutarde m’est montée au nez. Il est différent, il y’a encore quelques années il était hors la loi et aujourd’hui que fait-il ? A son tour il discrimine, à son tour il est intolérant. Sait-il qu’au Stonewall des folles se sont battus pour lui ? ! Je l’ai maudis le reste de la soirée.

Certaines personnes ne « méritent » pas d’être homosexuelles. Etre gay pour moi ça relève presque d’un acte politique et en son temps j’ai choisi la gauche aussi en partie pour ça. Aujourd’hui nous semblons à la mode, nous sommes devenus  » Double income no kid « , une cible publicitaire, un marché ou des électeurs potentiels. On nous racole à gauche à droite, on en oublierait presque qui sont nos ennemis.

Je comprends ceux qui veulent rejeter le modèle « hétéronormé  » même si moi, une maison, un copain, un travail et des enfants c’est à peu près ce à quoi j’aspire. Il s’agit d’avoir le droit d’être différent, d’être qui on veut ou qui on peut ! Rien n’est jamais acquis et quand nous aurons le droit de nous marier et d’adopter (car nous l’aurons), il faudra se rappeler les combats, du chemin parcouru et des pays où on brime encore et toujours les gens différents de la norme. Il faudra continuer de se battre contre les bien pensants qui veulent imposer comme seule façon d’être la leur, qu’ils soient hétéros, homos, blanc, jaunes ou extraterrestres.

Il y’a des combats qui ne s’arrêtent jamais.

06.jpegcrazy.jpg

 

 


3 commentaires

  1. kitty78 dit :

    Ce que tu dis ici va m’aider à mener « mon enquête » sur ce mystère qui fait que j’écris des histoires d’amour gays depuis que j’ai une vingtaine d’année (aujourd’hui j’en ai 34) alors que je suis une fille hétéro… J’ai rencontré plusieurs de mes bloggers les plus fidèles et je suis toujours affreusement embarrassée lorsque la question inévitable m’est posée : « mais pourquoi des histoires de garçons? ». Deux hommes qui s’aiment, qui construisent leur vie ensemble ou qui vivent simplement une belle histoire me touche pour un millions de raisons (dont celles que tu évoques ici) qu’il faut absolument que je parvienne à définir un de ces jours.
    Merci, en tout cas, pour ce texte sincère et juste.

  2. spicynico dit :

    Je découvre ton blog, je tombe là-dessus, c’est un très beau texte, auquel je ne peux qu’adhérer (même si je ne suis pas d’accord sur tout, hé oh j’ai le droit…)
    Tu te dis heureux d’être homo. Je pense surtout que qui que nous soyons, il faut se réjouir de ses propres expériences…
    En tous les cas ton texte me donne la pêche.

  3. Nico, bien sûr que tu as le droit de ne pas être d’accord sur tout, ^^

    Kitty, je te lis assez régulièrement et j’aime beaucoup ta plume

    Merci à vous deux !

sarivoli |
Lusopholie |
Critica |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dolunay
| "Le Dernier Carré"
| Les terres arides de l'isol...