Nuisances sonores

 

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7h30, ce matinJe n’arrive pas à m’endormir.

En fait je songe déjà à ce qui m’attend demain.

Je suis las de me réveiller dans cette maison, sa maison. De devoir subir sa compagnie, son flot de questions qui me fatigue au plus haut point :

- Pourquoi tu ne me parles pas ?

Je n’ai rien à lui dire, je ne me suis jamais senti aussi éloigné d’elle. Je suis devenu un étranger.

Je ne sais pas ce qui s’est passé, elle m’a toujours énervé mais ça n’a jamais été aussi fort que depuis mon retour. Elle m’horripile mais je n’ai même pas envie de lui faire la guerre, c’est trop petit, cette guerre ne m’intéresse pas. Elle ne m’intéresse pas. Je veux juste qu’elle devienne un fantôme, au pire une voix plaintive qu’une pression sur la touche rouge de mon téléphone suffit pour faire taire. Parfois je ressens encore de la culpabilité mais c’est de moins en moins fréquent.

Quoiqu’il en soit je n’arrive plus vraiment à cacher mon mépris.

Je ne lui parle plus. Je réponds à ses questions par des grognements, des oui ou des non. Il m’arrive même, quand je n’ai plus envie de jouer à ce jeu, de faire comme si je ne l’avais pas entendu.

Malheureusement le nouveau casque de mon lecteur MP3 a un son trop faible pour couvrir complètement sa nuisance sonore mais il faut dire que je ne passe plus qu’un maximum d’une demi-heure dans la même pièce qu’elle.

Ce qui me pèse le plus ce sont mes réveils. Dès que j’ouvre les yeux je sais ce qui m’attend : d’abord une certaine honte de me lever l’après midi, de ne rien faire ; lui passer devant en feignant l’indifférence ; subir, encore et toujours les même questions que la veille, mot pour mot ; dépenser une énergie considérable à ne pas m’énerver ; puis rester la plupart du temps enfermé dans ma chambre pour ne pas la croiser, avec toujours un fond musical pour ne pas entendre son ronron ; se retenir de manger avant qu’elle ne soit couchée pour éviter sa litanie sur la nourriture ; lui repasser devant pour aller faire ma marche quotidienne et l’entendre comme la veille, l’avant veille, la semaine passée ou le mois dernier me demander si je vais loin ou je ne sais quelle autre ineptie ; au retour filer directement dans ma chambre sans lui jeter un regard ; me connecter à Internet et retrouver les profondeurs de l’ennui en attendant impatiemment qu’elle monte dans sa chambre.

Une fois qu’elle est partie, vers 19h30, je m’éveille enfin à une certaine liberté. Je me prépare à manger, j’allume la télé ou je retourne directement sur le web, rien de transcendant mais au moins je ne me sens pas épié, je peux bouger, aller dans n’importe quelle pièce comme bon me semble, vaquer à mes petites occupations sereinement.

Oui, à ce moment là je me sens presque libre.

Vers 6h30, comme tous les jours depuis des mois maintenant, je débranche le modem de la prise téléphonique,  je ferme la porte de ma chambre à clef puis je regarde un épisode de Friends, de Ab Fab ou de Sex and the city, n’importe quoi de léger qui puisse me détendre et me faire oublier que le lendemain le même cinéma recommencera.

Enfin, quand je me sens assez déconnecté de la réalité, j’éteins mon ordinateur, je mets la radio pour ne pas être réveillé par ses bruits ou ses monologues dans la pièce d’à côté, je m’invente un autre monde, je tourne un film de bonheur dans ma tête fatiguée et je finis par sombrer dans le sommeil.

Ce matin, j’ai la nette impression d’être un oiseau en cage, je suis en colère. Je voudrais la supprimer enfin de mon paysage, surtout la faire taire. Je suis épuisé de ce fond musical permanent que sa présence m’impose.

Que j’ai envie d’un peu de silence, de vraie solitude, de repos en somme !

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