Archive pour juillet, 2007

Les commandements du Zahir

 

« Selon l’écrivain Jorge Luis Borges, l’idée du Zahir vient de la tradition islamique, et l’on estime qu’il est apparu vers le XVIIIè siècle. Zahir, en arabe, veut dire visible, présent, qui ne peut pas passer inaperçu. Un objet ou un être qui, une fois que nous l’avons rencontré, finit par occuper peu à peu toutes nos pensées, au point que nous ne parvenons plus à nous concentrer sur rien. Il peut signifier la sainteté ou la folie. »

Faubourg Saint-Pères, Encyclopédie du fantastique, 1953

« (…) Je me rendais compte qu’un Zahir, c’était plus qu’un homme obsédé par un objet, une des milles colonnes de la mosquée de Cordoue, comme le disait la nouvelle de Borges, ou une femme en Asie centrale, comme l’avait été ma terrible expérience pendant deux ans. Le Zahir, c’était la fixation sur tout ce qui avait été transmis de génération en génération, ne laissant aucune question sans réponse, occupant tout l’espace, ne nous permettant jamais d’envisager la possibilité que les choses changent.
Le Zahir tout-puissant semblait naître avec chaque être humain et acquérir toute sa force au cours de l’enfance, imposant ses règles, qui dès lors seraient toujours respectées :
Les gens différents sont dangereux, ils appartiennent à une autre tribu, ils veulent nos terres et nos femmes.
Nous devons nous marier, avoir des enfants, reproduire l’espèce.
L’amour est petit, il n’y en a que pour un ou une, et attention ! toute tentative pour dire que le cœur est plus grand que cela est considérée comme maudite.
Quand nous nous marions, nous sommes autorisés à prendre possession du corps et de l’âme de l’autre.
Nous devons faire un travail que nous détestons, parce que nous faisons partie d’une société organisée, et si tout le monde faisait ce qu’il aime, plus rien ne marcherait droit.
Nous devons acheter des bijoux – cela nous identifie à notre tribu (…)
Nous devons être amusants et traiter avec ironie les gens qui expriment leurs sentiments – il est dangereux pour la tribu de laisser un de ses membres montrer ce qu’il ressent.
Il faut éviter au maximum de dire non, car on nous aime davantage quand nous disons oui – et cela nous permet de survivre en milieu hostile.
Ce que les autres pensent est plus important que ce que nous ressentons.
Ne faites jamais de scandales, cela peut attirer l’attention d’une tribu ennemie.
Si vous vous comportez différemment, vous serez expulsés de la tribu, car vous pourriez contaminer les autres et désintégrer ce qu’il a été si difficile d’organiser.
Nous devons nous demander comment vivre dans les nouvelles cavernes, et si nous ne savons pas très bien, nous appelons un décorateur, qui fera de son mieux pour montrer aux autres que nous avons bon goût.
Nous devons manger trois fois par jour, même sans faim ; nous devons jeûner quand nous sortons des canons de la beauté, même si nous sommes affamés.
Nous devons nous habiller à la mode, faire l’amour avec ou sans envie, tuer au nom des frontières, désirer que le temps passe rapidement et que la retraite vienne vite, élire des politiciens, nous plaindre du coût de la vie, changer de coiffure, maudire ceux qui sont différents, aller à un culte religieux le dimanche, ou le samedi, ou le vendredi, cela dépend de la religion, et là demander pardon pour nos péchés, être remplis d’orgueil parce que nous connaissons la vérité et mépriser l’autre tribu qui adore un faux dieu.
Les enfants doivent nous suivre, car nous sommes plus vieux et nous connaissons le monde.
Ils doivent toujours avoir un diplôme de faculté, même s’ils ne trouveront jamais un emploi dans le domaine professionnel qu’on les a obligés de choisir.
Etudier des choses qui ne leur serviront jamais, mais dont quelqu’un a dit qu’il était important de les connaître : l’algèbre, la trigonométrie, le code d’Hammourabi.
Ne jamais attrister leurs parents, même si cela signifie renoncer à tout ce qui leur fait plaisir.
Ecouter de la musique bas, parler bas, pleurer en cachette, parce que je suis le tout-puissant Zahir, celui qui a dicté les règles du jeu, la distance entre les rails, l’idée de la réussite, la manière d’aimer, l’importance des récompenses. (…) »

Extrait de « Le Zahir », Paulo Coelho

 

http://www.dailymotion.com/video/4lZUSKUldyZ1f6tcN

Rien

 

Il y a tous ces jours où j’ai rêvé de toi. Et parfois il n’y a rien d’autre. Il y a toi.
Et c’est tout.
Tu ne mérites pas tout ça.
Tu m’épuises.
Pour toi c’est un jour comme un autre. Moi je meurs. A l’intérieur de moi tout éclate. Et tout ça n’a aucune importance. Quelques gouttes de plus. Un cri. Rien.
Un jour je ne pourrai plus me relever. Et tout ça n’aura aucune importance. Un jour cette douleur finira par m’achever. Un jour. Ou une nuit. Un instant. Un rien. Un vide. Et toi. Là. Au fond. Sous l’épiderme. Une douleur de plus. Un autre trou noir dans le néant. Je suis froid. Je ne sais pas vivre. Tu m’as privé de tout.
Ils avancent, pour eux rien n’est que rien. Au fond de voitures ils avancent.
Ils sont.
Je laisse le poison couler en moi, je te laisse m’envahir. Je suis à toi. Une douleur. Une douleur de plus.

Cruauté

 

«  Aussi longtemps qu’il y’aura des abattoirs il y aura des champs de batailles «  Tolstoï

 

Je viens de découvrir ce film sur les traitements infligés aux animaux.

Je suis bouleversé au point que je vais essayer de devenir végétarien car je ne veux plus cautionner ça …

http://video.google.com/videoplay?docid=4093730216074063220

« L’ignorance est la première ligne de défense du spéciste. L’ignorance prévaut depuis si longtemps parce que les gens ne veulent pas connaître la vérité.

« Ne m’en parle pas, tu gâcherais mon dîner ! » est la réponse habituelle à une tentative d’expliquer simplement comment a été produit ce dîner.

(…)


Tout se ramène à la douleur et à la souffrance, pas à l’intelligence, pas à la force, pas aux classes sociales ou au droit civil.

La douleur et la souffrance sont elle même un mal et devraient être empêchées ou minimisées sans distinction de race, de sexe ou de l’espèce de l’être qui souffre.

Nous sommes tous des animaux de cette planète, nous sommes tous des créatures et les animaux non humains ont des sensations comme les nôtres. Comme nous en tout premier lieu ils sont terriens. Et comme nous ils survivent. Comme nous ils expriment des degrés d’émotion. En clair comme nous ils sont vivants. »

 

 

Ma vie est une playlist / Track 04: I still haven’t found what i’m looking for

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« I have climbed highest mountain
I have run through the fields
Only to be with you
Only to be with you

I have run
I have crawled
I have scaled these city walls
These city walls
Only to be with you

But I still haven’t found what I’m looking for
But I still haven’t found what I’m looking for

I have kissed honey lips
Felt the healing in her fingertips
It burned like fire
This burning desire

I have spoke with the tongue of angels
I have held the hand of a devil
It was warm in the night
I was cold as a stone

But I still haven’t found what I’m looking for
But I still haven’t found what I’m looking for

I believe in the kingdom come
Then all the colors will bleed into one
Bleed into one
Well yes I’m still running

You broke the bonds and you
Loosed the chains
Carried the cross
Of my shame
Of my shame
You know I believed it

But I still haven’t found what I’m looking for
But I still haven’t found what I’m looking for
But I still haven’t found what I’m looking for
But I still haven’t found what I’m looking for… »

U2

http://www.dailymotion.com/video/5bEf82RKnXwIjdkYY

 

 

Maudits sont les yeux fermés

 

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Aujourd’hui je fais un petit bilan.
Il y’a un an je prenais quotidiennement :
- 1 «Prozac 20 mg »
- 4 «Tranxène 50 mg »
- entre 4 et 10 «Equanil »
- 2 à 4 «Stilnox » avant de dormir
et un neuroleptique dont le nom m’échappe.
Je fumais une vingtaine de joints par jour.
Un soir sur deux je me saoulais en avalant 10 canettes de bières de 50 cl.
J’étais dans un état catastrophique. Loin de me sentir bien avec ce traitement de cheval, j’étais complètement déprimé. Je me réveillais chaque matin avec l’envie de mourir, chaque soir je m’endormais avec cette même envie et entre les deux toujours le désespoir.
Je pensais constamment au suicide.
Ca a duré 15 ans comme ça, une longue descente aux enfers, toujours un peu plus profond.
Les deux semaines qui ont précédé mon sevrage j’ai regardé « The hours » une dizaine de fois.
J’étais Virginia Woolf demandant à sa sœur «est-ce que je m’en sortirais un jour ? » tout en connaissant déjà la réponse.
J’avais beaucoup maigri, je me forçais à faire un pauvre «repas » par jour jusqu’à ce que je n’aie même plus le courage de me forcer. Il y’a deux choses très dures à vivre : avoir faim et rien à se mettre sous la dent et manger sans autre envie que celle de vomir. J’ai connu les deux et si la première est pour beaucoup la pire car elle sous-tend une profonde misère, la deuxième n’en est pas exempte. Quand on n’a même plus la force de manger, qu’est-ce qui nous reste comme envie, à quoi se résume notre vie ?
Je touchais le fond, j’ai du avoir un sursaut d’instinct de survie et j’ai décidé d’essayer d’arrêter tout ça.
Le premier septembre 2006 je suis entré dans une clinique psychiatrique pour faire un sevrage.
Je ne pourrais pas dire que ce fut facile, que j’ai claqué des doigts et que le génie est apparu.
Je ne dirais pas non plus que tous mes problèmes ont disparus d’un coup, que la mer s’est écartée sous mes pieds mais je suis sorti de là bas au bout de deux mois et demi avec seulement 4 comprimés de Laroxyl 50mg (un antidépresseur pour tenir le choc) par jour.
J’ai gardé ce traitement pendant quelques mois puis j’ai décidé de m’en débarrasser également.
En 6 mois, sans aide, j’ai diminué mes prises par quatre et depuis le début de la semaine je ne prends plus que la moitié d’un comprimé (soit 25 milligrammes).
Pour moi ce sevrage est une victoire.
Depuis que je suis clean j’ai l’impression de me rencontrer enfin et
même dans mes pires moments je me sens cent fois mieux que dans n’importe quel bon moment de ces 15 ans de défonce.
Je ne suis plus vraiment déprimé, en tout cas ce n’est plus un fond permanent, un état latent et chronique.
Je me sens plus sûr de moi, je m’affirme, le jugement des autres à mon égard a de moins en moins d’importance.
Je me sens bien.
Ca aura peut-être l’air anodin mais je fais régulièrement le ménage dans mon appartement et ça c’est nouveau pour moi, je mange avec faim et envie, je m’occupe de moi.
Je n’arrive pas à trouver les mots pour vous dire ce qui a vraiment changé et c’est énervant.
Je vis, tout simplement.
Je me réveille relativement bien dans ma peau alors que toute ma (non) vie les premières heures de ma journée étaient absolument horribles. Je restais dans mon lit complètement angoissé, terrifié par le monde extérieur. Je me roulais un joint au réveil, quand je ne l’avais pas préparé la veille et je ne me sentais pas mieux pour autant, ça me mettait dans un état léthargique. Oh j’aimais ça ! Ca tuait toute motivation, je n’avais plus envie de rien, seulement d’écouter de la musique et de me fondre en elle.
J’étais incapable d’apprécier un seul moment, tout était fade et sans intérêt.
On m’aurait tout donné (et peut-être qu’on l’a fait) que j’aurais été incapable d’en profiter.
Je n’aimais rien, à part de la tristesse je n’éprouvais rien.
Et c’est là où je voulais en venir.
Ces médicaments ne m’ont pas aidé.
Ils ne vous empêchent pas de ressentir de la déprime, ils vous privent de toute émotion positive et vous transforme en machine. Medico-cop, quel merveilleux destin.
J’ai l’impression qu’ils ont bloqué mon évolution, ma constitution et qu’ils m’ont maintenu dans l’adolescence et le spleen.
Avec ces psychotropes on ne ressent plus rien et croyez-moi la vie est très très longue quand on n’a plus d’envie.
J’en veux à ces médecins qui vous prescrivent ces merdes des que vous avez le moindre souci comme si c’était la solution à tout. Je trouve ça criminel.
La psychothérapie m’a appris qu’il est important de vivre sa douleur pour la dépasser. A choisir entre souffrir un bon coup pour passer à autre chose et vivre sa vie durant avec sa douleur en sourdine, comme une épine dans le pied, qui ne fait certes pas très mal mais qui à chaque pas vous rappelle sa présence, je choisirai aujourd’hui sans hésiter d’affronter ma souffrance.
Je pense que c’est le seul moyen de s’en débarrasser vraiment.
Ces médicaments, ces drogues dures, sont des prisons qui vous privent de l’essentiel : l’envie, les sentiments, les émotions.
Alors voilà ce qui a changé fondamentalement :
Je suis de nouveau un humain !
Je ne me sens pas tiré d’affaire, je ne veux pas.
Chaque jour je prends la décision de rester clean, chaque jour je suis tenté et parfois il m’arrive même de succomber et de boire quelques bières.
Cependant je ne dévie pas de ma route, je sais où je vais, vers la liberté.
Ce matin je pourrais bien avoir envie d’acheter une barrette de shit, j’aurais vite trouver, c’est tellement facile, mais j’en connais le prix.
Je ne suis pas en train de condamner le cannabis, je trouve que c’est une drogue fantastique, bien moins dangereuse que l’alcool ou les médicaments psychotropes. J’aime l’effet que ça me fait.
Je constate simplement que moi je ne sais pas gérer les drogues, pas même celle-ci. Je suis un toxicomane, je ne saurais pas me contenter d’un joint de temps en temps.
Je ne condamne pas non plus les autres substances, je suis contre la prohibition qui ne résout définitivement rien et je suis favorable à la légalisation de toutes les drogues, héroïne incluse. Non seulement aujourd’hui n’importe qui en veut vraiment peut en trouver facilement mais c’est horriblement cher et c’est coupé à n’importe quoi, ce qui rend le produit encore plus dangereux.
Qui dit légalité dit contrôle par l’Etat. La qualité de la substance serait vérifiée et les prix baisseraient fatalement. A l’heure actuelle des gens sont obligés de se prostituer, de voler pour se procurer leurs doses.
Je ne dis pas que c’est bien de se droguer, ni que c’est mal, c’est un état de fait : il y aura toujours des drogués.
Je pense qu’on doit être libre de son corps, de son être tout entier et que pouvoir s’auto-détruire devrait être un droit fondamental.
Peut-être que les gouvernements ne légalisent pas les drogues parce que cette économie alternative fait vivre beaucoup de monde ? Que feraient ces dealers, comment vivraient-ils s’ils n’avaient pas cette solution ? Peut-être même que les difficultés de certaines personnes en arrangent beaucoup d’autres ?
Je referme la parenthèse car je m’éloigne de mon sujet : moi !
Moi je suis venu, j’ai vu et j’aurais peut-être bientôt vaincu.
Je me sens un homme nouveau, souvent je me sens bien et c’est à se demander quel était l’intérêt de prendre tout ça pour être déprimé, amorphe, déjà mort en somme.
Le pire de tout, c’est que j’ai la nette impression que mon antidépresseur, s’il est vrai qu’il me calme, crée à côté un état de déprime. Les seuls vrais moments où je me sens cafardeux suivent sa prise et c’est ce qui m’a décidé à m’en libérer complètement.
Vous qui lisez ce texte, si vous connaissez des problèmes avec les drogues je voulais juste vous dire ceci :

Ce n’était pas facile d’arrêter, le monde n’est pas devenu un remake d’Annie, mais bon sang ça en valait vraiment la peine :

Il m’arrive de sourire et même d’aimer la vie !

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L’horizon

 

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Pour moi tout s’est accéléré.

Mon projet de retourner vivre à Toulouse ne tenait pas la route dans l’immédiat : sans travail, à 400km, sans permis de conduire et sans point de chute, il m’était impossible de visiter des appartements là bas. Je me résignai donc, après moultes hésitations, à aller passer la journée à Limoges, ville que j’ai toujours détestée mais plus proche de moi par la distance et accessible en train, pour prendre contact avec des foyers de jeunes travailleurs. La journée commençait bien car, par un heureux « hasard « , le train avait été remplacé par un bus et comme le conducteur ne vendait pas de billet je ne payai pas le voyage. J’arrivai à Limoges en milieu de matinée et me rendis au premier foyer de ma liste, près du campus où j’avais avorté mes études quelques dix ans auparavant. Le directeur de celui-ci m’informa que j’avais dépassé d’un an l’âge limite permettant d’accéder à un logement chez eux et m’invita à contacter d’autres types de structures d’hébergement car il était probable que pour ses confrères les conditions d’accès soient identiques. Je décidai malgré tout d’aller jusqu’au bout en rencontrant une responsable d’un autre FJT, avec qui j’avais parlé au téléphone. Je m’y rendai sans y croire en me disant que c’était peut-être mieux de ne rien trouver ici, que ça confirmait que mon Destin était d’aller à Toulouse et que je ne devais pas faire d’escale.

Je marchai jusqu’au lieu du rendez-vous et découvris à deux pas du centre, un cadre très joli, un bâtiment neuf et propre d’apparence très agréable. Dès le début de l’entretien avec une interlocutrice fort sympathique, je mentionnai mon âge pour éviter de perdre du temps. Ce n’était pas un problème, le prix de la caution ne posait pas non plus de difficulté. Tout alla très vite : il y avait un studio libre, je le visitai puis dans la foulée fis l’état des lieux, signai le titre d’occupation et pris possession des clefs. J’étais dans un tourbillon. C’était une journée de chance : j’avais un appartement, j’en avais les clefs, j’étais de nouveau un homme libre, dans une ville que je n’aimais certes pas mais qui était mille fois mieux que la prison creusoise où j’évoluais depuis 5 mois et ce n’était de toute façon qu’une transition vers mon eldorado couleur brique. Cerise sur le gâteau, alors que, ne pouvant plus attendre, j’étais prêt à louer le premier taudis venu, le studio était fantastique : clair, grand, propre, bien meublé, parfait. La Fortune avait enfin décidé de me donner un coup de pouce et Elle ne faisait pas les choses à moitié. Je savais que j’étais sur la bonne route, où je devais être « ici et maintenant « , j’en étais certain. La veille je m’étais réconcilié avec Louis et c’est comme si ce geste était le sésame vers des jours heureux, comme si Louis me portait bonheur…

Je rentrai en train chez ma grand-mère, plein de rêves en tête, m’expliquai avec elle au sujet de mon départ et passai la nuit à préparer mes sacs et mes cartons, décidé à emménager des le lendemain dans mon nouvel appartement. Déjà, par la fenêtre de ma chambre, le paysage avait changé : le ciel était joli, la campagne n’était plus hostile, à vrai dire elle avait même revêtu un caractère apaisant. La maison familiale ne m’agressait plus : j’étais un vacancier et le séjour se terminait enfin.

Le lendemain, après une nuit quasi blanche, ma mère et mon beau-père me déménagèrent. Après m’avoir rapidement aidé à m’installer, ils m’invitèrent au restaurant. Là, en savourant un repas oriental, je regardai les clients autours de nous et me rappelai peu à peu pourquoi, en partie, je n’aimais pas cette ville : Limoges est la capitale du snobisme, c’est ici qu’a été inventé le mépris ; même si tous ne sont pas comme ça, il me semble qu’ici la plupart des gens ne savent pas sourire, petits bourgeois d’une autre époque ils s’imaginent qu’un air dédaigneux suffit à les rendre élégants. C’est l’antithèse de l’accueil toulousain, qui bien que peut-être un peu superficiel crée une dynamique de vie très positive. Cependant ce constat ne parvint pas à entamer mon plaisir. Je déclinai les verres de vin qu’on me proposait, fier de moi : je me sentais bien dans ma peau sans avoir consommé la moindre drogue et c’était peut-être une des premières fois de mon existence d’ »adulte « . J’étais fatigué, j’avais fait plus en deux jours qu’en des mois, je n’avais pas eu une seconde à moi et ça me fit sourire encore plus, c’était ça la vie !

Après le restaurant j’avais rendez-vous avec un garçon avec qui j’entretenais depuis quelques temps une conversation agréable par téléphone et sur Msn. Nous devions faire connaissance en profitant d’un concert en plein air, organisé dans le cadre d’un festival local.

Dans la rue, comme je l’attendais, je regardai les hommes dans la « foule « . Dans les yeux de certains je lis le désir, la promesse d’un corps à corps torride et je pris conscience que je n’espérais rien d’autre que du sexe avec eux. Pour la première fois de ma vie je n’attendais pas le Prince charmant, je n’en voulais pas. Je n’avais même pas envie de commencer une histoire d’amour avec quelqu’un, j’étais bien avec moi-même, libre, et je n’avais besoin de personne. Je réalisai que celui que j’avais tant attendu n’existait pas.

Le Prince charmant, c’était moi.

Je ne ressentais ni anxiété ni urgence, Toulouse demeurait sans nul doute ma destination, ma ville, mon chez moi, mais elle m’attendrait bien encore un peu, il me fallait profiter de ce qu’il y avait à prendre dans le moment présent.

J’étais serein et je sentais que ma vie allait enfin commencer.

Devant moi … l’horizon.

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