L’horizon

 

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Pour moi tout s’est accéléré.

Mon projet de retourner vivre à Toulouse ne tenait pas la route dans l’immédiat : sans travail, à 400km, sans permis de conduire et sans point de chute, il m’était impossible de visiter des appartements là bas. Je me résignai donc, après moultes hésitations, à aller passer la journée à Limoges, ville que j’ai toujours détestée mais plus proche de moi par la distance et accessible en train, pour prendre contact avec des foyers de jeunes travailleurs. La journée commençait bien car, par un heureux « hasard « , le train avait été remplacé par un bus et comme le conducteur ne vendait pas de billet je ne payai pas le voyage. J’arrivai à Limoges en milieu de matinée et me rendis au premier foyer de ma liste, près du campus où j’avais avorté mes études quelques dix ans auparavant. Le directeur de celui-ci m’informa que j’avais dépassé d’un an l’âge limite permettant d’accéder à un logement chez eux et m’invita à contacter d’autres types de structures d’hébergement car il était probable que pour ses confrères les conditions d’accès soient identiques. Je décidai malgré tout d’aller jusqu’au bout en rencontrant une responsable d’un autre FJT, avec qui j’avais parlé au téléphone. Je m’y rendai sans y croire en me disant que c’était peut-être mieux de ne rien trouver ici, que ça confirmait que mon Destin était d’aller à Toulouse et que je ne devais pas faire d’escale.

Je marchai jusqu’au lieu du rendez-vous et découvris à deux pas du centre, un cadre très joli, un bâtiment neuf et propre d’apparence très agréable. Dès le début de l’entretien avec une interlocutrice fort sympathique, je mentionnai mon âge pour éviter de perdre du temps. Ce n’était pas un problème, le prix de la caution ne posait pas non plus de difficulté. Tout alla très vite : il y avait un studio libre, je le visitai puis dans la foulée fis l’état des lieux, signai le titre d’occupation et pris possession des clefs. J’étais dans un tourbillon. C’était une journée de chance : j’avais un appartement, j’en avais les clefs, j’étais de nouveau un homme libre, dans une ville que je n’aimais certes pas mais qui était mille fois mieux que la prison creusoise où j’évoluais depuis 5 mois et ce n’était de toute façon qu’une transition vers mon eldorado couleur brique. Cerise sur le gâteau, alors que, ne pouvant plus attendre, j’étais prêt à louer le premier taudis venu, le studio était fantastique : clair, grand, propre, bien meublé, parfait. La Fortune avait enfin décidé de me donner un coup de pouce et Elle ne faisait pas les choses à moitié. Je savais que j’étais sur la bonne route, où je devais être « ici et maintenant « , j’en étais certain. La veille je m’étais réconcilié avec Louis et c’est comme si ce geste était le sésame vers des jours heureux, comme si Louis me portait bonheur…

Je rentrai en train chez ma grand-mère, plein de rêves en tête, m’expliquai avec elle au sujet de mon départ et passai la nuit à préparer mes sacs et mes cartons, décidé à emménager des le lendemain dans mon nouvel appartement. Déjà, par la fenêtre de ma chambre, le paysage avait changé : le ciel était joli, la campagne n’était plus hostile, à vrai dire elle avait même revêtu un caractère apaisant. La maison familiale ne m’agressait plus : j’étais un vacancier et le séjour se terminait enfin.

Le lendemain, après une nuit quasi blanche, ma mère et mon beau-père me déménagèrent. Après m’avoir rapidement aidé à m’installer, ils m’invitèrent au restaurant. Là, en savourant un repas oriental, je regardai les clients autours de nous et me rappelai peu à peu pourquoi, en partie, je n’aimais pas cette ville : Limoges est la capitale du snobisme, c’est ici qu’a été inventé le mépris ; même si tous ne sont pas comme ça, il me semble qu’ici la plupart des gens ne savent pas sourire, petits bourgeois d’une autre époque ils s’imaginent qu’un air dédaigneux suffit à les rendre élégants. C’est l’antithèse de l’accueil toulousain, qui bien que peut-être un peu superficiel crée une dynamique de vie très positive. Cependant ce constat ne parvint pas à entamer mon plaisir. Je déclinai les verres de vin qu’on me proposait, fier de moi : je me sentais bien dans ma peau sans avoir consommé la moindre drogue et c’était peut-être une des premières fois de mon existence d’ »adulte « . J’étais fatigué, j’avais fait plus en deux jours qu’en des mois, je n’avais pas eu une seconde à moi et ça me fit sourire encore plus, c’était ça la vie !

Après le restaurant j’avais rendez-vous avec un garçon avec qui j’entretenais depuis quelques temps une conversation agréable par téléphone et sur Msn. Nous devions faire connaissance en profitant d’un concert en plein air, organisé dans le cadre d’un festival local.

Dans la rue, comme je l’attendais, je regardai les hommes dans la « foule « . Dans les yeux de certains je lis le désir, la promesse d’un corps à corps torride et je pris conscience que je n’espérais rien d’autre que du sexe avec eux. Pour la première fois de ma vie je n’attendais pas le Prince charmant, je n’en voulais pas. Je n’avais même pas envie de commencer une histoire d’amour avec quelqu’un, j’étais bien avec moi-même, libre, et je n’avais besoin de personne. Je réalisai que celui que j’avais tant attendu n’existait pas.

Le Prince charmant, c’était moi.

Je ne ressentais ni anxiété ni urgence, Toulouse demeurait sans nul doute ma destination, ma ville, mon chez moi, mais elle m’attendrait bien encore un peu, il me fallait profiter de ce qu’il y avait à prendre dans le moment présent.

J’étais serein et je sentais que ma vie allait enfin commencer.

Devant moi … l’horizon.

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2 commentaires

  1. ami-lyon dit :

    ben bonne chance à toi dans cette nouvelle vie…

  2. Querelle dit :

    C bon de lire cela, je m’inquietais un peu de ton silence avant mon départ, c qu’une étape oui, masi elle pourrait etre plein de surprise. Et puis, il y’a pire que Limoges, il y’a Dijon, la vrai capitale du snobisme, tu peux me croire :)
    Hate de lire tes prochains billets !

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