Maudits sont les yeux fermés

 

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Aujourd’hui je fais un petit bilan.
Il y’a un an je prenais quotidiennement :
- 1 «Prozac 20 mg »
- 4 «Tranxène 50 mg »
- entre 4 et 10 «Equanil »
- 2 à 4 «Stilnox » avant de dormir
et un neuroleptique dont le nom m’échappe.
Je fumais une vingtaine de joints par jour.
Un soir sur deux je me saoulais en avalant 10 canettes de bières de 50 cl.
J’étais dans un état catastrophique. Loin de me sentir bien avec ce traitement de cheval, j’étais complètement déprimé. Je me réveillais chaque matin avec l’envie de mourir, chaque soir je m’endormais avec cette même envie et entre les deux toujours le désespoir.
Je pensais constamment au suicide.
Ca a duré 15 ans comme ça, une longue descente aux enfers, toujours un peu plus profond.
Les deux semaines qui ont précédé mon sevrage j’ai regardé « The hours » une dizaine de fois.
J’étais Virginia Woolf demandant à sa sœur «est-ce que je m’en sortirais un jour ? » tout en connaissant déjà la réponse.
J’avais beaucoup maigri, je me forçais à faire un pauvre «repas » par jour jusqu’à ce que je n’aie même plus le courage de me forcer. Il y’a deux choses très dures à vivre : avoir faim et rien à se mettre sous la dent et manger sans autre envie que celle de vomir. J’ai connu les deux et si la première est pour beaucoup la pire car elle sous-tend une profonde misère, la deuxième n’en est pas exempte. Quand on n’a même plus la force de manger, qu’est-ce qui nous reste comme envie, à quoi se résume notre vie ?
Je touchais le fond, j’ai du avoir un sursaut d’instinct de survie et j’ai décidé d’essayer d’arrêter tout ça.
Le premier septembre 2006 je suis entré dans une clinique psychiatrique pour faire un sevrage.
Je ne pourrais pas dire que ce fut facile, que j’ai claqué des doigts et que le génie est apparu.
Je ne dirais pas non plus que tous mes problèmes ont disparus d’un coup, que la mer s’est écartée sous mes pieds mais je suis sorti de là bas au bout de deux mois et demi avec seulement 4 comprimés de Laroxyl 50mg (un antidépresseur pour tenir le choc) par jour.
J’ai gardé ce traitement pendant quelques mois puis j’ai décidé de m’en débarrasser également.
En 6 mois, sans aide, j’ai diminué mes prises par quatre et depuis le début de la semaine je ne prends plus que la moitié d’un comprimé (soit 25 milligrammes).
Pour moi ce sevrage est une victoire.
Depuis que je suis clean j’ai l’impression de me rencontrer enfin et
même dans mes pires moments je me sens cent fois mieux que dans n’importe quel bon moment de ces 15 ans de défonce.
Je ne suis plus vraiment déprimé, en tout cas ce n’est plus un fond permanent, un état latent et chronique.
Je me sens plus sûr de moi, je m’affirme, le jugement des autres à mon égard a de moins en moins d’importance.
Je me sens bien.
Ca aura peut-être l’air anodin mais je fais régulièrement le ménage dans mon appartement et ça c’est nouveau pour moi, je mange avec faim et envie, je m’occupe de moi.
Je n’arrive pas à trouver les mots pour vous dire ce qui a vraiment changé et c’est énervant.
Je vis, tout simplement.
Je me réveille relativement bien dans ma peau alors que toute ma (non) vie les premières heures de ma journée étaient absolument horribles. Je restais dans mon lit complètement angoissé, terrifié par le monde extérieur. Je me roulais un joint au réveil, quand je ne l’avais pas préparé la veille et je ne me sentais pas mieux pour autant, ça me mettait dans un état léthargique. Oh j’aimais ça ! Ca tuait toute motivation, je n’avais plus envie de rien, seulement d’écouter de la musique et de me fondre en elle.
J’étais incapable d’apprécier un seul moment, tout était fade et sans intérêt.
On m’aurait tout donné (et peut-être qu’on l’a fait) que j’aurais été incapable d’en profiter.
Je n’aimais rien, à part de la tristesse je n’éprouvais rien.
Et c’est là où je voulais en venir.
Ces médicaments ne m’ont pas aidé.
Ils ne vous empêchent pas de ressentir de la déprime, ils vous privent de toute émotion positive et vous transforme en machine. Medico-cop, quel merveilleux destin.
J’ai l’impression qu’ils ont bloqué mon évolution, ma constitution et qu’ils m’ont maintenu dans l’adolescence et le spleen.
Avec ces psychotropes on ne ressent plus rien et croyez-moi la vie est très très longue quand on n’a plus d’envie.
J’en veux à ces médecins qui vous prescrivent ces merdes des que vous avez le moindre souci comme si c’était la solution à tout. Je trouve ça criminel.
La psychothérapie m’a appris qu’il est important de vivre sa douleur pour la dépasser. A choisir entre souffrir un bon coup pour passer à autre chose et vivre sa vie durant avec sa douleur en sourdine, comme une épine dans le pied, qui ne fait certes pas très mal mais qui à chaque pas vous rappelle sa présence, je choisirai aujourd’hui sans hésiter d’affronter ma souffrance.
Je pense que c’est le seul moyen de s’en débarrasser vraiment.
Ces médicaments, ces drogues dures, sont des prisons qui vous privent de l’essentiel : l’envie, les sentiments, les émotions.
Alors voilà ce qui a changé fondamentalement :
Je suis de nouveau un humain !
Je ne me sens pas tiré d’affaire, je ne veux pas.
Chaque jour je prends la décision de rester clean, chaque jour je suis tenté et parfois il m’arrive même de succomber et de boire quelques bières.
Cependant je ne dévie pas de ma route, je sais où je vais, vers la liberté.
Ce matin je pourrais bien avoir envie d’acheter une barrette de shit, j’aurais vite trouver, c’est tellement facile, mais j’en connais le prix.
Je ne suis pas en train de condamner le cannabis, je trouve que c’est une drogue fantastique, bien moins dangereuse que l’alcool ou les médicaments psychotropes. J’aime l’effet que ça me fait.
Je constate simplement que moi je ne sais pas gérer les drogues, pas même celle-ci. Je suis un toxicomane, je ne saurais pas me contenter d’un joint de temps en temps.
Je ne condamne pas non plus les autres substances, je suis contre la prohibition qui ne résout définitivement rien et je suis favorable à la légalisation de toutes les drogues, héroïne incluse. Non seulement aujourd’hui n’importe qui en veut vraiment peut en trouver facilement mais c’est horriblement cher et c’est coupé à n’importe quoi, ce qui rend le produit encore plus dangereux.
Qui dit légalité dit contrôle par l’Etat. La qualité de la substance serait vérifiée et les prix baisseraient fatalement. A l’heure actuelle des gens sont obligés de se prostituer, de voler pour se procurer leurs doses.
Je ne dis pas que c’est bien de se droguer, ni que c’est mal, c’est un état de fait : il y aura toujours des drogués.
Je pense qu’on doit être libre de son corps, de son être tout entier et que pouvoir s’auto-détruire devrait être un droit fondamental.
Peut-être que les gouvernements ne légalisent pas les drogues parce que cette économie alternative fait vivre beaucoup de monde ? Que feraient ces dealers, comment vivraient-ils s’ils n’avaient pas cette solution ? Peut-être même que les difficultés de certaines personnes en arrangent beaucoup d’autres ?
Je referme la parenthèse car je m’éloigne de mon sujet : moi !
Moi je suis venu, j’ai vu et j’aurais peut-être bientôt vaincu.
Je me sens un homme nouveau, souvent je me sens bien et c’est à se demander quel était l’intérêt de prendre tout ça pour être déprimé, amorphe, déjà mort en somme.
Le pire de tout, c’est que j’ai la nette impression que mon antidépresseur, s’il est vrai qu’il me calme, crée à côté un état de déprime. Les seuls vrais moments où je me sens cafardeux suivent sa prise et c’est ce qui m’a décidé à m’en libérer complètement.
Vous qui lisez ce texte, si vous connaissez des problèmes avec les drogues je voulais juste vous dire ceci :

Ce n’était pas facile d’arrêter, le monde n’est pas devenu un remake d’Annie, mais bon sang ça en valait vraiment la peine :

Il m’arrive de sourire et même d’aimer la vie !

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13 commentaires

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  1. fille6385 dit :

    merci pour ta réponse! Tu es gentil. Oui je m’en sors, c’est encore dur, je pleure beaucoup mais je suis soutenue psychologiquement par mon nouveau conjoint, je suis avec lui depuis 2007. Il est beaucoup plus âgé que moi, il a 58ans, mais il m’a réconcilié avec les hommes, il est adorable avec moi. Sans lui je me serai trés certainement suicidée car je n’ai eu aucun soutien familial, j’étais sans revenu et sans tendresse dans mon existence. Et toi comment te sens-tu? As-tu besoin d’amour? As-tu une compagne(ou un compagnon?); Je te fais des bisous par milliers pour t’apporter du réconfort.

  2. Lovedreamer dit :

    Besoin d’amour, oui, célibataire mais je réalise que j’avais vraiment besoin de célibat et de solitude pour me retrouver et m’en « sortir ». Aujourd’hui, je me connais, je vais beaucoup mieux, je vais même bien. Plein de bisous à toi.

  3. fille6385 dit :

    Ah bon?!!! Tu avais besoin de solitude pour te retrouver!!!!!!!! Moi la solitude me fais plonger, je gamberge, c’est destructeur. Des idées de mort me sautent au cerveau quand je suis seule. Pour le célibat c’est clair qu’avec ce que j’ai vécu… Mais je me rend compte qu’avoir une petite chienne à caliner ça soulage le coeur. Mon problème c’est que j’ai beaucoup d’amour à donner, j’ai besoin d’en donner mille fois par jour, j’ai besoin de caresser, de parler, de m’exprimer. Tout ça:caresser et m’exprimer je peux le faire avec mon copain. J’ai toujours eu besoin de tendresse et d’affection, c’est pour ça que je suis toujours tombée sur des salauds qui ont pu profiter et abuser de moi, j’ai tout pardonner, tout, même à mes parents qui m’ont laisser creuver. J’ai fait pleurer mon copain hier parce que je l’ai trouvé trop froid, j’ai detesté son applomb devant une crise de larmes que j’ai eu hier où j’ai parlé de suicide. Il m’a laissé pleuré toute seule dans le lit. Au bout d’un moment je me suis levée et j’ai constaté qu’il regardait tranquillement la télé. Je lui ai alors dit que la prochaîne fois qu’il me laissait souffrir, je me planterai un couteau dans la main, le bras ou la gorge pour qu’il comprenne que je souffre. C’est que je suis en arrêt maladie depuis deux mois avec 4 laisions ulcéreuses à l’estomac et qu’il ne m’a pas apporté assez de soutien. Je lui ai même dit que je vivais pour lui parce que de moi j’en avais rien à foutre et qu’il devait donc me considérer. J’ai rajouté: et si on me remet à l’hôpital psychiatrique on qu’on m’enferme dans une chambre, comme je n’aurai plus de contrainte affective que je serai seule avec moi-même, je m’étranglerai avec un drap, et ce sera ma libération. Mon copain a été traumatisé de mes propos et je me rend compte qu’il y a énormément de violence dans ma tête. Le lendemain je lui ai dit que j’avais tout simplement besoin d’aide, que j’étais désolée et que je l’aimais de tout mon coeur. Mais j’ai rajouté que j’avais peur de devenir folle, qu’il fallait m’aider, je l’ai supplié tout en lui demandant pardon. Merci beaucoup de ton attention lovedreamer, ça me fais plaisir qu’un garçon me parle gentiment et ait la politesse de me répondre, le respect. J’ai pas compris, c’est un blog où l’on parle d’homosexualité, es-tu homosexuel? Je me dis, peut-être est-il gentil parce qu’il est homosexuel, en ce moment mon dégoût des hommes me revient car j’ai été agréssée par un homme dans le train pour aller chez ma soeur à Noël. En tout cas je t’embrasse trés fort.

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