Les commandements du Zahir

 

« Selon l’écrivain Jorge Luis Borges, l’idée du Zahir vient de la tradition islamique, et l’on estime qu’il est apparu vers le XVIIIè siècle. Zahir, en arabe, veut dire visible, présent, qui ne peut pas passer inaperçu. Un objet ou un être qui, une fois que nous l’avons rencontré, finit par occuper peu à peu toutes nos pensées, au point que nous ne parvenons plus à nous concentrer sur rien. Il peut signifier la sainteté ou la folie. »

Faubourg Saint-Pères, Encyclopédie du fantastique, 1953

« (…) Je me rendais compte qu’un Zahir, c’était plus qu’un homme obsédé par un objet, une des milles colonnes de la mosquée de Cordoue, comme le disait la nouvelle de Borges, ou une femme en Asie centrale, comme l’avait été ma terrible expérience pendant deux ans. Le Zahir, c’était la fixation sur tout ce qui avait été transmis de génération en génération, ne laissant aucune question sans réponse, occupant tout l’espace, ne nous permettant jamais d’envisager la possibilité que les choses changent.
Le Zahir tout-puissant semblait naître avec chaque être humain et acquérir toute sa force au cours de l’enfance, imposant ses règles, qui dès lors seraient toujours respectées :
Les gens différents sont dangereux, ils appartiennent à une autre tribu, ils veulent nos terres et nos femmes.
Nous devons nous marier, avoir des enfants, reproduire l’espèce.
L’amour est petit, il n’y en a que pour un ou une, et attention ! toute tentative pour dire que le cœur est plus grand que cela est considérée comme maudite.
Quand nous nous marions, nous sommes autorisés à prendre possession du corps et de l’âme de l’autre.
Nous devons faire un travail que nous détestons, parce que nous faisons partie d’une société organisée, et si tout le monde faisait ce qu’il aime, plus rien ne marcherait droit.
Nous devons acheter des bijoux – cela nous identifie à notre tribu (…)
Nous devons être amusants et traiter avec ironie les gens qui expriment leurs sentiments – il est dangereux pour la tribu de laisser un de ses membres montrer ce qu’il ressent.
Il faut éviter au maximum de dire non, car on nous aime davantage quand nous disons oui – et cela nous permet de survivre en milieu hostile.
Ce que les autres pensent est plus important que ce que nous ressentons.
Ne faites jamais de scandales, cela peut attirer l’attention d’une tribu ennemie.
Si vous vous comportez différemment, vous serez expulsés de la tribu, car vous pourriez contaminer les autres et désintégrer ce qu’il a été si difficile d’organiser.
Nous devons nous demander comment vivre dans les nouvelles cavernes, et si nous ne savons pas très bien, nous appelons un décorateur, qui fera de son mieux pour montrer aux autres que nous avons bon goût.
Nous devons manger trois fois par jour, même sans faim ; nous devons jeûner quand nous sortons des canons de la beauté, même si nous sommes affamés.
Nous devons nous habiller à la mode, faire l’amour avec ou sans envie, tuer au nom des frontières, désirer que le temps passe rapidement et que la retraite vienne vite, élire des politiciens, nous plaindre du coût de la vie, changer de coiffure, maudire ceux qui sont différents, aller à un culte religieux le dimanche, ou le samedi, ou le vendredi, cela dépend de la religion, et là demander pardon pour nos péchés, être remplis d’orgueil parce que nous connaissons la vérité et mépriser l’autre tribu qui adore un faux dieu.
Les enfants doivent nous suivre, car nous sommes plus vieux et nous connaissons le monde.
Ils doivent toujours avoir un diplôme de faculté, même s’ils ne trouveront jamais un emploi dans le domaine professionnel qu’on les a obligés de choisir.
Etudier des choses qui ne leur serviront jamais, mais dont quelqu’un a dit qu’il était important de les connaître : l’algèbre, la trigonométrie, le code d’Hammourabi.
Ne jamais attrister leurs parents, même si cela signifie renoncer à tout ce qui leur fait plaisir.
Ecouter de la musique bas, parler bas, pleurer en cachette, parce que je suis le tout-puissant Zahir, celui qui a dicté les règles du jeu, la distance entre les rails, l’idée de la réussite, la manière d’aimer, l’importance des récompenses. (…) »

Extrait de « Le Zahir », Paulo Coelho

 

http://www.dailymotion.com/video/4lZUSKUldyZ1f6tcN

 


Un commentaire

  1. Hector dit :

    Je peux comprendre ce point de vue, mais pourquoi ne pas laisser s’exprimer toute notre autenticité ? Un peu de mesure certes, mais « chassez le naturel et il revient au galop ». Rien de tel en réalité que d’arriver à pacifier son coeur, tout en tenant compte des exigences de notre vie quotidienne.

    Hector
    Monnaie Or

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