Archive pour août, 2007

Chronique d’une vie.com

 

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Décembre 2006

Je relis son sms et pose mon téléphone. Clic gauche, j’ai le monde au bout des doigts, effacable, reformatable à l’infini, Internet m’a manqué et cet ordi presque autant qu’un ami. Ici tout est chimère, c’est finalement ce que j’y cherche. Entre deux bandeaux publicitaire un apollon m’invite à l’amour. On peut s’y perdre, qui peut veut parfois. Un clic et les Etats Unis me regardent regarder ma caméra. Je suis à Washington, à Nancy et à Rome, un autre Narcisse, une autre époque. S’y perdre, s’y dissoudre en pixel. S’y chercher ? Sûrement pas. L’essence de ma quête est pourtant là: une conversation sans fin, d’un contact à un autre, de branche en branche, de l’Ouest à L’Est. C’est grisant. Ou est l’Autre ? Qui est-il ? Est-ce si important ? L’Autre c’est moi qui le regarde me toucher en se touchant. C’est une réalité qui me plaît: simple dans sa complexité. Ils t’énervent, mieux à faire, clique droit tu bloques. Clique droit encore, tu reprends. Rien ici n’est naturel, pas plus que moi et mes civilités presque oubliées pour un temps. Je tends la main pour ouvrir mon frigo minuscule, songer à commander sur fauché.com. Je regarde la météo des Hybrides presque aussi peu importante que celle derrière les volets fermés, au dessus du radiateur. Je rêve sur cette plage jaune soleil. Il s’agit d’oublier le corps chaud qui manque à mes cotés. Je clique encore, un oracle informatique me dit que « ça viendra », me dit que la patience est La Qualité. Je regarde la pub d’un chien robot qui semble faire l’affaire: 1500 fonctions jusqu’à la crotte du matin, port compris. Ou est le Vrai ? Sûrement au milieu de toute ces lumières blafardes. « Vous voulez connaître la Vérité? »: l’affiche d’un film d’anticipation s’étale. C’est sûrement par là. Clic gauche. Un numéro de carte bleue suffit. Une voix métallique m’avertit d’un courrier.  » Plan Branle par cam, tré cho ». Un expatrié à Singapour. Je consulte mon agenda numérique, favori numéro 4: rien avant un rendez vous sur ma messagerie instantanée. Je fonce, je clique, gauche. C’est beau Singapour. J’avais pas imaginé ça comme ça, il y’a aussi des rainbow flags ! Comment se sentir perdu ?!!Je jouis, clique gauche, je raccroche comme on remonte son pantalon trop vite. Mon rendez vous est à l’heure. Discussion vive sur les républicains de l’Amérique, la seule, celle de google et d’ebay puis sur la mode, la vraie, celle de la page gautier.com en bas à droite. Les critiques de la page fashion.net.gouv.org.com sont unanimes, pas nous. Il quitte la messagerie, j’ai fini mon café. Je remet un clic dans le jukebox virtuel, c’est un beau refrain. Mon film du soir est bientôt téléchargé. Un autre sms m’avertit que ce soir il ne sera pas là, qu’il vient rarement. Un deuxieme horoscope me dit « Soyez patient ». Pourquoi pas ? De toute façon tout le monde finit par passer ici à un moment ou un autre. Ou j’irais de toute façon ? Dehors y’a trop de gaz d’échappement, de bruit et de gens qui achetent le Figaro. Clic droit, vue du Luxembourg. Le jardin, pas la ville: quelle idée !C’est reposant, y’a même des oiseaux et un écureuil en 3D.Le film peut commencer: « Le bonheur est dans le pré », remasterisé, Dolby tout ça, tout ça. Je relis son sms. S’il ne vient pas où va-t-il donc ? Il doit y’avoir une nouvelle messagerie qui m’enverra sa pub dans le prochain courrier. Rien de grave puisque j’ai mon portable pour recevoir ses sms. Clic droit, j’éteins la lumière.

 

 

La vérité c’est que pendant ce temps là je loupais plein d’évènement capitaux :

 

 

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Cette semaine j’ai rencontré quelques garçons :

Il y a eu S. S est très beau, son visage ressemble à celui d’une poupée de porcelaine. Il a 34 ans et on lui en donnerait 20. Il a un corps parfait. Il est gentil et en plus il semble très intelligent, si intelligent que lors de notre premier rendez-vous j’ai développé un horrible complexe d’infériorité. J’avais l’impression d’être une merde, je cherchais des choses brillantes à dire jusqu’à ce que mes paroles m’ennuient moi-même à tel point que j’ai fini par partir.

Hier il y a eu D. D est séduisant, il est excitant. D semble chercher une relation stable. D ne me plaît pas plus que ça, lui semble un peu limité. Il y a un monde d’incompréhensions entre nous, une incompatibilité perceptible dès notre première discussion par téléphone. Pourtant j’ai passé la journée à essayer de devenir celui qu’il cherche, je me suis même transformé en petit chien docile. C’est un maniaque de propreté, alors je ramassais les morceaux de tabac échappés des cigarettes que j’avais roulées… Je n’avais rien de particulier à lui dire alors je posais des questions sur des sujets qui semblaient convenir. J’étais tellement dans le rôle que j’en arrivais imaginer comment, après deux ans de vie commune, j’allais gérer les soirées ennuyeuses devant la télé en sa compagnie.

J’ai vraiment un problème.
Je passe ma vie à revenir à ce constat : il faut que je sois moi, je dois être moi, je ne serai pas bien dans ma vie si je ne suis pas en accord avec moi-même, I am what i am and what i am needs no excuses.

Et puis j’oublie, je me déteste, j’essaie de devenir les autres, je déprime, j’ai envie de mourir et j’en reviens à la même conclusion.

Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à intégrer cette nécessité d’être moi une bonne fois pour toutes ?

Est-ce que je vais être obligé d’écrire «sois toi-même » sur des grandes feuilles blanches que je collerai sur les murs de mon appartement, afin de les voir tous les jours dès le réveil ?

 

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Upload: en ce moment je redécouvre cette chanson (« Close to me », The Cure) , j’adore ce léger remix !

 

 

Accord

 

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Le soir de mon emménagement à Limoges, je n’attendais personne.
Je pensais retrouver cette ville et m’y ennuyer comme lors de mes pseudo-études, passer de longues nuits de solitude cherchant un semblant de compagnie sur l’Internet et tourner en rond dans mon appartement. J’avais rendez-vous avec un garçon avec qui je discutais depuis quelques temps sur MSN et je n’avais rien d’autre à lui dire que ce que je suis, rien à montrer que toutes ces aspérités accumulées le long du périple qui m’a mené jusqu’ici. Je n’avais plus envie de tricher.
Je l’attendais près d’un concert en plein air organisé par la ville et la musique arabisante me portait déjà sur les nerfs. La foule, pas très dense, ne m’inspirait pas grand chose, ni mépris ni réelle curiosité. Je cherchai un endroit où m’asseoir et commençai à écrire à un de mes amis un sms fleuve de ma spécialité. Perdu dans mes pensées, j’étais seulement bien.
Quand le garçon a réussi à me trouver, j’ai rangé mon portable, nous nous sommes dit
« Bonjour, je suis Yvan
- Bonjour, je suis Joaquim »
et nous avons enchaîné comme si ce rendez-vous n’avait pas vraiment d’incidence dans nos vies.
Il m’a demandé si ça me gênait qu’on s’éloigne de la musique, du bruit du concert ; j’ai souri, déjà on se comprenait.
Nous avons alors cherché un bar où nous pourrions nous asseoir et d’un commun accord avons délaissé les ambiances musicales et les endroits tape-à-l’œil pour nous enquérir de la première table qui nous permettrait de discuter tranquillement. Nous étions réunis pour faire connaissance, pas pour regarder le décor. Nous avons fini par nous asseoir à la terrasse d’un kebab et avons commencé à nous rencontrer vraiment. Je suis vite devenu intarissable de paroles. Je me sentais à l’aise, en partie parce que j’étais bien avec moi-même mais aussi parce que nous n’attendions rien l’un de l’autre et que notre vision des choses de la vie semblait correspondre.
Nous avons fini nos sodas et nous sommes allés marchés une partie de la nuit sur les bords de Vienne. Le ciel était magnifique, l’atmosphère recelait comme une part de magie et Yvan et moi nous accordions bien. Il ne s’agissait pas d’un coup de foudre, nous étions simplement sur la même longueur d’onde.
Je me surprenais à quasiment donner des cours de positivisme, à parler de ma vie qui, j’en étais sûr, commençait ce soir là. J’étais gorgé d’espoir et mon bien être ne m’a pas quitté de la soirée.
Est-ce que ce n’était pas une de mes plus belles nuits, à l’intérieur de moi ?
Après la balade nous n’avions pas envie de nous quitter, alors nous sommes allés chez lui. Sur le perron je l’ai prévenu que je ne me forcerais pas à faire l’éloge de sa maison et de sa décoration, que je m’étais senti jusqu’ici trop souvent contraint de m’extasier devant ces choses auxquelles je n’ai jamais été vraiment sensible ; « être en accord avec soi-même » était définitivement le mot d’ordre de la soirée. Nous avons passé l’aube à parler encore et encore jusqu’à décider de ne pas dormir et nous avons continué à bavarder pendant la journée entière.
Nous nous comprenions.
Quand le soir est venu et qu’il m’a raccompagné chez moi j’ai eu la sensation peu commune que nous étions déjà amis, qu’il était peut-être un de ces êtres que je retrouve sur mon chemin, de vies en vies.
Depuis, nous nous voyons tous les jours et passons le plus grand de notre temps ensemble. Nous n’avons pas d’activités transcendantes : nous discutons, nous regardons des films, nous bronzons, nous marchons et depuis peu nous faisons de la muscu (!). En fait nous ne faisons pas grand chose mais ce que nous faisons me convient. J’avais passé une partie de mon adolescence, cette ère des superlatifs, à m’imaginer qu’on trouvait le bien être dans une succession de fêtes et d’orgies diverses, allant jusqu’à croire que le bonheur pouvait être contenu dans une pilule; là, rien de tout ça et pourtant, malgré des moments difficiles, je me suis rarement senti aussi bien. Yvan et moi c’est finalement comme si nous nous étions toujours connus.
Pourtant nous savons qu’il est possible que nous ne soyons que de passage dans la vie l’un de l’autre, ça nous convient, ça participe même sûrement à ce que nous vivions de bons moments.
La Limoges que je vis n’est pas celle d’il y a dix ans ou même celle que j’ai partagé avec O les premiers mois de notre histoire, avant que nous n’emménagions à Toulouse. Cette ville est à peine un cadre mais je sens bien, malgré tout, que ma vie n’a pas complètement commencé, que ce sont juste les amuses gueules et quand Limoges arrive à pénétrer dans le champ de ma conscience, sa petitesse et sa mesquinerie me sautent aux yeux. Je me sens alors affamé de grandes artères, de macadam à n’en plus finir, de rues bondées…
Je sais que je partirai car mon Destin m’attend ailleurs, mes rêves sont trop grands pour avoir une petite chance d’exister ici. Je ne suis tout simplement pas à ma place.
Cependant c’est l’été et je ressens son indolence comme jamais je ne l’avais ressenti jusqu’alors.
L’été est palpable.
Et moi, quand j’oublie ma condition de chômeur, quand je tourne juste d’un cran le «thermostat » de ma perception, je peux voir les choses comme ça :
Je suis en vacances et j’en profite, à ma manière.

 

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Bonnes vacances à vous.

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