Accord

 

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Le soir de mon emménagement à Limoges, je n’attendais personne.
Je pensais retrouver cette ville et m’y ennuyer comme lors de mes pseudo-études, passer de longues nuits de solitude cherchant un semblant de compagnie sur l’Internet et tourner en rond dans mon appartement. J’avais rendez-vous avec un garçon avec qui je discutais depuis quelques temps sur MSN et je n’avais rien d’autre à lui dire que ce que je suis, rien à montrer que toutes ces aspérités accumulées le long du périple qui m’a mené jusqu’ici. Je n’avais plus envie de tricher.
Je l’attendais près d’un concert en plein air organisé par la ville et la musique arabisante me portait déjà sur les nerfs. La foule, pas très dense, ne m’inspirait pas grand chose, ni mépris ni réelle curiosité. Je cherchai un endroit où m’asseoir et commençai à écrire à un de mes amis un sms fleuve de ma spécialité. Perdu dans mes pensées, j’étais seulement bien.
Quand le garçon a réussi à me trouver, j’ai rangé mon portable, nous nous sommes dit
« Bonjour, je suis Yvan
- Bonjour, je suis Joaquim »
et nous avons enchaîné comme si ce rendez-vous n’avait pas vraiment d’incidence dans nos vies.
Il m’a demandé si ça me gênait qu’on s’éloigne de la musique, du bruit du concert ; j’ai souri, déjà on se comprenait.
Nous avons alors cherché un bar où nous pourrions nous asseoir et d’un commun accord avons délaissé les ambiances musicales et les endroits tape-à-l’œil pour nous enquérir de la première table qui nous permettrait de discuter tranquillement. Nous étions réunis pour faire connaissance, pas pour regarder le décor. Nous avons fini par nous asseoir à la terrasse d’un kebab et avons commencé à nous rencontrer vraiment. Je suis vite devenu intarissable de paroles. Je me sentais à l’aise, en partie parce que j’étais bien avec moi-même mais aussi parce que nous n’attendions rien l’un de l’autre et que notre vision des choses de la vie semblait correspondre.
Nous avons fini nos sodas et nous sommes allés marchés une partie de la nuit sur les bords de Vienne. Le ciel était magnifique, l’atmosphère recelait comme une part de magie et Yvan et moi nous accordions bien. Il ne s’agissait pas d’un coup de foudre, nous étions simplement sur la même longueur d’onde.
Je me surprenais à quasiment donner des cours de positivisme, à parler de ma vie qui, j’en étais sûr, commençait ce soir là. J’étais gorgé d’espoir et mon bien être ne m’a pas quitté de la soirée.
Est-ce que ce n’était pas une de mes plus belles nuits, à l’intérieur de moi ?
Après la balade nous n’avions pas envie de nous quitter, alors nous sommes allés chez lui. Sur le perron je l’ai prévenu que je ne me forcerais pas à faire l’éloge de sa maison et de sa décoration, que je m’étais senti jusqu’ici trop souvent contraint de m’extasier devant ces choses auxquelles je n’ai jamais été vraiment sensible ; « être en accord avec soi-même » était définitivement le mot d’ordre de la soirée. Nous avons passé l’aube à parler encore et encore jusqu’à décider de ne pas dormir et nous avons continué à bavarder pendant la journée entière.
Nous nous comprenions.
Quand le soir est venu et qu’il m’a raccompagné chez moi j’ai eu la sensation peu commune que nous étions déjà amis, qu’il était peut-être un de ces êtres que je retrouve sur mon chemin, de vies en vies.
Depuis, nous nous voyons tous les jours et passons le plus grand de notre temps ensemble. Nous n’avons pas d’activités transcendantes : nous discutons, nous regardons des films, nous bronzons, nous marchons et depuis peu nous faisons de la muscu (!). En fait nous ne faisons pas grand chose mais ce que nous faisons me convient. J’avais passé une partie de mon adolescence, cette ère des superlatifs, à m’imaginer qu’on trouvait le bien être dans une succession de fêtes et d’orgies diverses, allant jusqu’à croire que le bonheur pouvait être contenu dans une pilule; là, rien de tout ça et pourtant, malgré des moments difficiles, je me suis rarement senti aussi bien. Yvan et moi c’est finalement comme si nous nous étions toujours connus.
Pourtant nous savons qu’il est possible que nous ne soyons que de passage dans la vie l’un de l’autre, ça nous convient, ça participe même sûrement à ce que nous vivions de bons moments.
La Limoges que je vis n’est pas celle d’il y a dix ans ou même celle que j’ai partagé avec O les premiers mois de notre histoire, avant que nous n’emménagions à Toulouse. Cette ville est à peine un cadre mais je sens bien, malgré tout, que ma vie n’a pas complètement commencé, que ce sont juste les amuses gueules et quand Limoges arrive à pénétrer dans le champ de ma conscience, sa petitesse et sa mesquinerie me sautent aux yeux. Je me sens alors affamé de grandes artères, de macadam à n’en plus finir, de rues bondées…
Je sais que je partirai car mon Destin m’attend ailleurs, mes rêves sont trop grands pour avoir une petite chance d’exister ici. Je ne suis tout simplement pas à ma place.
Cependant c’est l’été et je ressens son indolence comme jamais je ne l’avais ressenti jusqu’alors.
L’été est palpable.
Et moi, quand j’oublie ma condition de chômeur, quand je tourne juste d’un cran le «thermostat » de ma perception, je peux voir les choses comme ça :
Je suis en vacances et j’en profite, à ma manière.

 

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Bonnes vacances à vous.

 


2 commentaires

  1. kitty78 dit :

    C’est toujours comme ça qu’il faudrait la prendre la vie… Ha, douces nuits d’été, si douces…

  2. Querelle dit :

    Bonne philosophie et belle rencontre et qui sait ce que la vie te reserve à l’interieur de ce cadre, quelque chose peut se faire, comme cette rencontre, mais plus transcendance, pas besoin de sortir du cadre, c’est le cadre qui disparaitra, j’espere que tu connaitras ça

    En tt cas content de voir q tout roule pour vous, Candy :)

    Signé : Capucin !

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