Chronique d’une vie.com

 

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Décembre 2006

Je relis son sms et pose mon téléphone. Clic gauche, j’ai le monde au bout des doigts, effacable, reformatable à l’infini, Internet m’a manqué et cet ordi presque autant qu’un ami. Ici tout est chimère, c’est finalement ce que j’y cherche. Entre deux bandeaux publicitaire un apollon m’invite à l’amour. On peut s’y perdre, qui peut veut parfois. Un clic et les Etats Unis me regardent regarder ma caméra. Je suis à Washington, à Nancy et à Rome, un autre Narcisse, une autre époque. S’y perdre, s’y dissoudre en pixel. S’y chercher ? Sûrement pas. L’essence de ma quête est pourtant là: une conversation sans fin, d’un contact à un autre, de branche en branche, de l’Ouest à L’Est. C’est grisant. Ou est l’Autre ? Qui est-il ? Est-ce si important ? L’Autre c’est moi qui le regarde me toucher en se touchant. C’est une réalité qui me plaît: simple dans sa complexité. Ils t’énervent, mieux à faire, clique droit tu bloques. Clique droit encore, tu reprends. Rien ici n’est naturel, pas plus que moi et mes civilités presque oubliées pour un temps. Je tends la main pour ouvrir mon frigo minuscule, songer à commander sur fauché.com. Je regarde la météo des Hybrides presque aussi peu importante que celle derrière les volets fermés, au dessus du radiateur. Je rêve sur cette plage jaune soleil. Il s’agit d’oublier le corps chaud qui manque à mes cotés. Je clique encore, un oracle informatique me dit que « ça viendra », me dit que la patience est La Qualité. Je regarde la pub d’un chien robot qui semble faire l’affaire: 1500 fonctions jusqu’à la crotte du matin, port compris. Ou est le Vrai ? Sûrement au milieu de toute ces lumières blafardes. « Vous voulez connaître la Vérité? »: l’affiche d’un film d’anticipation s’étale. C’est sûrement par là. Clic gauche. Un numéro de carte bleue suffit. Une voix métallique m’avertit d’un courrier.  » Plan Branle par cam, tré cho ». Un expatrié à Singapour. Je consulte mon agenda numérique, favori numéro 4: rien avant un rendez vous sur ma messagerie instantanée. Je fonce, je clique, gauche. C’est beau Singapour. J’avais pas imaginé ça comme ça, il y’a aussi des rainbow flags ! Comment se sentir perdu ?!!Je jouis, clique gauche, je raccroche comme on remonte son pantalon trop vite. Mon rendez vous est à l’heure. Discussion vive sur les républicains de l’Amérique, la seule, celle de google et d’ebay puis sur la mode, la vraie, celle de la page gautier.com en bas à droite. Les critiques de la page fashion.net.gouv.org.com sont unanimes, pas nous. Il quitte la messagerie, j’ai fini mon café. Je remet un clic dans le jukebox virtuel, c’est un beau refrain. Mon film du soir est bientôt téléchargé. Un autre sms m’avertit que ce soir il ne sera pas là, qu’il vient rarement. Un deuxieme horoscope me dit « Soyez patient ». Pourquoi pas ? De toute façon tout le monde finit par passer ici à un moment ou un autre. Ou j’irais de toute façon ? Dehors y’a trop de gaz d’échappement, de bruit et de gens qui achetent le Figaro. Clic droit, vue du Luxembourg. Le jardin, pas la ville: quelle idée !C’est reposant, y’a même des oiseaux et un écureuil en 3D.Le film peut commencer: « Le bonheur est dans le pré », remasterisé, Dolby tout ça, tout ça. Je relis son sms. S’il ne vient pas où va-t-il donc ? Il doit y’avoir une nouvelle messagerie qui m’enverra sa pub dans le prochain courrier. Rien de grave puisque j’ai mon portable pour recevoir ses sms. Clic droit, j’éteins la lumière.

 

 

La vérité c’est que pendant ce temps là je loupais plein d’évènement capitaux :

 

 

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