Les émotions du zèbre

 

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«  »(…) Le fonctionnement émotionnel de l’enfant surdoué est d’une intensité et d’une richesse très élevées. Le bouillonnement émotionnel est constant et envahit l’ensemble de la personnalité. Chez l’enfant surdoué, l’affectif est présent partout et tout le temps. L’ingérence affective est également repérable dans le fonctionnement intellectuel. L’hypersensibilité et l’hyperesthésie de l’enfant surdoué, c’est à dire le développement exacerbé de l’ensemble de ses sens, expliquent en partie cette surcharge émotionnelle. L’enfant surdoué est une véritable éponge émotionnelle. C’est un enfant aux réactions épidermiques, avec une sensibilité à fleur de peau.
C’est un écorché vif : sans protection émotionnelle, il perçoit et réagit à la moindre émergence émotionnelle.
Il vit en état d’alerte permanent.(…)
Cet enfant connaît un sentiment fréquent de grande solitude émotionnelle.
Comment comprendre (en effet) que les autres n’aient pas vu, pas entendu des choses subtiles qui nous ont procuré un plaisir intense ?
Comment comprendre que la joie ou la peur que nous ressentons face à un événement ne soit pas partagé et partageable avec les autres ?
Comment ne pas penser alors, quand tous les autres semblent ne rien avoir entendu que l’on n’est pas bizarre ou fou ? (…)

L’enfant «surdoué » dispose d’une capacité d’empathie (exceptionnelle). Il ressent avec une grande finesse l’état émotionnel de l’autre et y réagit spontanément. La moindre émotion vécue par l’autre est perçue. Il arrive même qu’il capte une émotion pas encore réellement consciente chez la personne concernée ou que cette personne repousse ou ne veut pas ressentir.
Sa perception émotionnelle de l’autre est instinctive. Elle pourrait être comparée à la perception animale. Un chien en effet perçoit la peur des humains et peut devenir agressif en réaction à cette peur. Un autre animal peut manifester des comportements qui indiquent qu’un orage approche. De même, l’enfant «surdoué » sait, avant que la moindre dispute éclate, qu’un conflit entre deux personnes se prépare.(…)

Avec des sens aiguisés à l’extrême et toujours à l’affût, dôté de capacités intellectuelles hautement performantes, doué d’une compréhension élevée du fonctionnement des choses et des personnes, l’enfant «surdoué » porte sur le monde une lucidité implacable (qui est) à l’origine d’une anxiété diffuse constante qui fragilise considérablement l’organisation psychologique de ces enfants.
La lucidité empêche toute forme de «lâcher prise ». L’enfant ne peut arriver à se dégager de l’emprise émotionnelle de l’environnement et de son besoin d’y donner sens. Il est toujours en état d’alerte. L’hypervigilance émotionnelle, associée à une analyse constante des choses, est un processus épuisant pour les ressources psychiques.

(…)
L’enfant surdoué, habitué à tout comprendre, habitué à sa capacité d’analyse, habitué à donner un sens logique à tout ce qui l’entoure, ne parvient pourtant pas à réguler avec son fonctionnement intellectuel le bombardement émotionnel qui l’assaille.
Tout ce qui émane de la vie affective, de la sphère émotionnelle, de l’univers des fantasmes ne se laisse pas prendre dans son système de compréhension logique qui s’applique avec succès aux éléments de connaissances extérieures et désaffectivés.
Pour contrôler toute émergence émotionnelle, pour neutraliser la force de l’affectif, il met en place un mécanisme de défense spécifique que j’appelle : défense par la cognition. Cela signifie que l’enfant va faire passer par l’intellectuel, par la logique, par le raisonnement, par l’explication rationnelle toute donnée émotionnelle.(…)
L’énergie consacrée à ce mécanisme est considérable car les «attaques » du monde émotionnel sont constantes et se renouvellent sans cesse. L’enfant n’a pas de répit. La crainte de l’émergence émotionnelle soudaine et brutale qui pourrait venir désorganiser tout son fonctionnement et tout balayer sur son passage crée une tension psychique parfois insoutenable.
L’énergie que consacre l’enfant dans sa défense contre les émotions est comparable à l’édification d’une digue pour contenir un océan déchaîné. La force des vagues vient régulièrement produire des brèches dans cet édifice. Et il faut sans relâche réparer, consolider pour lutter contre les «forces de la nature ».
Avec, constante, cette peur que soudain tout s’effondre et d’être emporté par les flots.
Quel travail de Titan et quelle dépense d’énergie qui ne sera plus disponible pour toute autre tâche !
La défense par la cognition est un mécanisme efficace car il permet de soustraire toute marque affective à une situation, de désactiver la charge émotionnelle, de mettre à distance les angoisses.
Mais son risque majeur est un appauvrissement et un rigidissement de la vie psychique. Tout ce qui relève de la pulsion, des affects, de l’émotion est abrasé, dénié. (…)
Cela peut alors conduire à un repli sur soi, à la construction d’une personnalité désaffectivée, qui peut apparaître froide et distante, incapable de gérer autrement les situations de vie que sur un mode intellectuel. Une bonne dose de cynisme complète généralement le tableau.
Cette défense peut alors conduire, dans les développements les plus extrêmes, au développement d’une personnalité clivée : seul l’intellect peut s’exprimer au détriment des émotions qui sont véritablement emmurée.
Elle fragilise considérablement la construction identitaire : elle dénie la source profonde de l’identité, coupe du Soi véritable et «fabrique » une identité de surface. Le Moi est prisonnier du système défensif. (…)
Une des conséquences observables de la défense par la cognition pathologique concerne le surinvestissement intellectuel de certains enfants «surdoués » qui fuient là toute sollicitation émotionnelle.
Ils se réfugient dans la sphère intellectuelle pour, surtout, ne plus rien ressentir. »

Extrait du livre  « L’enfant surdo » de Jeanne Siaud-Faccin

 


33 commentaires

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  1. lae dit :

    JE viens bien tard par ici…… Il n’y a plus personne surement….. J’ai découvert il y a pas longtemps un livre « les enfants actuels »…que je conseil à tous… Voir tout ce qu’on ressent et qu’on tait dans un profond mutisme, dans un livre rassure vraiment…. Il nome cela aussi enfant indigo…. bref…… un bref passage par ici juste pour dire ceci truc bete mais après la lecture de ce livre beaucoup se sentiront mieux vraiment…. Bon courage à tous….

  2. Periniii dit :

    Bonjour à tous, y a t il encore du monde sur ce forum quand j ai beaucoup de questions qui me turlupinent et j aimerais en parler avec vous.

  3. gueneley dit :

    Bonjour,

    Je suis comme vous, mais mon souci est que mon fils de 9 ans est comme moi, et l’école n’est vraiment pas adapter à un enfant comme lui et je me sent désarmer …
    Avez-vous des conseils

    Merci d’avance

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