Aux destins insipides

 

A se réveiller dans ce dépotoir sans issue, je n’ai plus rien à dire.

Il ne se passe rien.

10h, je me réveille, encore couché je fume une cigarette et je suis traversé par une énergie soudaine : l’envie de m’en sortir.

Sans quitter mon lit, j’allume mon ordinateur et je commence à faire des recherches d’emploi sur l’internet.

10h17, je prends une nouvelle fois la réalité en pleine face en me heurtant au même problème que la veille, l’avant-veille et l’année dernière : je suis coincé ici où je ne construirai rien, sans perspective de départ.

Je me lève, j’ouvre les volets, je regarde la grisaille au dehors en me demandant comment remplir cette nouvelle journée morne loin de tout ce que j’aime.

Je jette un œil à MSN, personne n’est connecté. Ces gens ont une vie. Que font-ils, où sont-ils, est-ce qu’ils rient … ?

L’aigreur commence à s’installer.

J’ai 32 ans et je suis déjà une vieille carne au futur sans avenir, abîmée par l’ennui d’une existence monstrueusement insipide.

Je parcours toutes les chaines de mon téléviseur, j’allume la radio, je me retourne dans mon lit pour faire face à l’écran de mon ordinateur, je lis.

Par terre, des emballages vides, du tabac, des kleenex. Je n’ai même plus envie de m’occuper de l’intendance de cet endroit. La vaisselle s’accumule. Je lave une tasse et une cuillère, je fais infuser un thé. Dans l’immeuble en vis-à-vis, le voisin bedonnant est sorti fumer une cigarette sur son balcon. Il me regarde en se grattant les couilles.

Est-ce que je suis quelqu’un qu’on regarde en se grattant les couilles ?!

Je me rassois devant l’ordinateur, je cherche une occupation. Encore au moins quinze heures à tenir avant de rejoindre le pays des rêves salutaires.

Que peut-on faire ?

Une énième promenade ridicule, un autre plan sexe désincarné ?

Je parcours mon compte bancaire, ma consommation téléphonique, la météo du Burkina Faso, …

La lassitude me gagne, l’ennui puis la colère. Le tout finit par se fondre dans une frustration indicible.

Je passe un coup de téléphone, j’écris un mail, je poste un commentaire sur un blog.

Vers 5 h du matin, sans savoir comment j’ai réussi l’exploit de tenir une journée de plus, je fume une dernière clope, je laisse la télé allumée pour ne pas être réveillé par les bruits des voisins, je me tourne sur le côté et je ferme les yeux.

Vivre, ce n’est pas ça.

 


8 commentaires

  1. lunarpark dit :

    Vivre ce n’est pas ça, certes. Faire semblant de trouver une occupation pour faire comme tout le monde est peut être un début. Etre occupé est la meilleure des solutions. On devient un personnage anonyme au milieu de la foule et au bon d’un moment, c’est plutôt agréable de ressembler à tout le monde. En restant soi -même bien sur… Garde une certaine motivation.
    Je t’embrasse.

  2. Querelle dit :

    Mais mourir non plus. :)
    J’adore quand tu dis : « J’ai 32 ans et je suis déjà une vieille carne au futur sans avenir », quelle lucidité. Mais tu n’est pas la seule, darling :)
    Donc, je te propose qu’on devienne Mormone toutes les deux ! On parcourra les villes de France et de Navarre avec de belles chemises blanches et des sacs en bandouillère. On fera un tabac !!!!!

  3. ouam-chotte dit :

    Il est vrai qu’un tel ennui peut donner des envies de se cogner la tête contre un objet contondant, genre un mur. Ce sentiment de vacuité est insupportable… crois-moi, je connais bien. Pas vraiment de remède à ça. Parce que prendre conscience de l’absurdité du monde, c’est tout simplement faire preuve de lucidité.
    Il existe en revanche des possibilités de sortir de cet état de torpeur. Pardon si je fais terminale L, moi j’ai fait B… Oui c’était avant 94 ok je suis un peu plus âgé n’y passons pas la nuit non plus ;) … Mais je veux te parler d’un bouquin, le Mythe de Sisyphe, écrit par Albert Camus. Sisyphe (dans la mythologie) est condamné à monter une pierre énorme en haut de la montagne, puis de la laisser rouler en bas, puis de la remonter…. et ce à l’infini. Le philosophe prend cette image comme représentation de notre petite vie de merde, ce qu’on se trimballe, les efforts qu’on produits, ben oui nous ne servons pas à grand’ chose, il faut bien se l’avouer. Maintenant (inutile de te dire que le livre est plus complet que ça) il y a cette toute dernière phrase : lorsqu’il se retourne et qu’il contemple le chemin parcouru, et avant de le faire à rebours, du haut de sa montagne, « il faut imaginer Sisyphe heureux ».
    Lovedreamer, nous n’avons que cela : notre imagination. Ah oui, et aussi, un peu de temps.

    J’ai écrit ça et, tout à coup, je ne sais plus si cela peut même t’aider un peu. C’est idiot. Enfin, au moins, si tu ne l’as pas lu, eh bien je te conseille Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus. Voilà, une œuvre fondatrice pour moi.

  4. Lovedreamer dit :

    Lunarpark, pour l’occupation tu as surement raison, par contre je ne ressens plus le besoin de me sentir comme tout le monde. Mon crédo actuel, ça doit transpirer beaucoup ici, c’est d’être heureux d’être différent. Je t’embrasse aussi !

    Querelle de Lyon, tu préfères pas qu’on devienne Amish ? Parce que les chemises blanches ça doit être très pénible à repasser, excuse mon pragmatisme. Mieux encore, je me vois bien en gourou pré-apocalypse au cheveu long, raël ambition. Quand on aura revendu StanTomTom à des japonais hystériques on pourrait peut-être songer à une reconversion ?

    Ouam-Chotte, je ne sais pas si tes mots m’aident ni si j’ai besoin d’aide mais ils m’intéressent et m’interrogent. Je ne suis pas sur d’avoir saisi le message, la morale de l’histoire. Etre heureux c’est juste une perception, il suffit de croire qu’on l’est pour l’être vraiment ?
    Je ne lis pas beaucoup de livres (euphémisme) et si j’ai bon souvenir, au lycée où je préparais un bac A2 en 1993 ^^, l’Etranger et la Peste m’avaient fait globalement chier.
    Depuis que j’ai lu ton pseudo il y a quelques temps je me demande s’il fait référence à One Shot (un coup ou BO de je ne sais quel Taxi inconnu de moi), à Moi-Chochotte, bref tu ne me donneras surement pas de réponses mais voilà…?

  5. Querelle dit :

    Lovedreamer : après tout ce temps et surtout après nos deux palpitantes discussions sur MSN, je veux bien être ton amish virtuel mais pas que. Mais ça n’empêche pas de se déguiser en mormon. On est siamoise, ne l’oublie pas :) Il faudra bien ça pour survivre au stress du marketing intensif du dantonku ! Je suggère aussi d’investir la sphère polaire : les esquimaux certes ne sont pas très nombreux mais très isolés dans leurs igloos !

    Ptdr ton truc moi chochotte, j’ai cru me pisser dessus :)

    Ouam Chotte : mais c’est pas contre toi hein :) j’ai jamais lu ce bouquin mais tu me donnes envie de lire, bien que je ne sois pas un gros fan de Camus. D’ailleurs j’ai l’homme révolté et les nouvelles sur le royaume et l’exil dans ma bibliothéque, qui attendent que je les lise.

  6. zaza dit :

    salut lovedreamer!
    pleins de pensées positives pour toi l’ami! :)
    t’inkiètes pas, je suis toujours sur le coup pour notre petit service parisien.. je te tiens au courant.
    je pense à toi p’tit monstre! ;)
    allé, on sort de son lit et on se motive à ne pas désespérer.. en tout cas, comptes sur moi, si t’as besoin.
    des bises!
    zaza

  7. ouam-chotte dit :

    Pour ce qui est de mon pseudo, deux fois dans le mille.

    Pour ce qui est de la phrase de Camus : à toi de voir.

    Au plaisir de te lire :)

  8. elieweb dit :

    Viens écouter sur mon site « Me llaman calle » je ne sais pas comment te dire combien je suis emporté par ce titre… les choses de la vie nous allègent aussi parfois… Suffisament pour s’insuffler une autre vie !!!

    Elie

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