Tête de gondole

 

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D’abord, Chinma dit des conneries, c’est une de ses occupations favorites… J’ai tout simplement fini par découvrir le bon côté des choses.

Ces petits rien, c’est une pomme, un sourire, c’est une rue des possibles. C’est s’asseoir sur un banc après une longue marche et sentir sa tête sans barreau, se rappeler qu’on payait des fortunes pour n’atteindre jamais vraiment cet Etat. C’est sourire en trouvant dans les nuages des formes qui vous disent que vous êtes bien vivant. C’est regarder passer un garçon en se demandant où il va. C’est envisager chacun comme un autre joueur potentiel. C’est écrire et peut-être aimer ça. Cet après midi, c’était un dialogue avec un groupe d’oiseaux noirs qui trouve, je cite, qu’il y a trop de monde dans le coin. Ce soir, c’était une enveloppe trouvée par terre, oubliée par un monsieur qui habitait quelques centaines de mètres plus loin et que j’imagine vieux. Je suis parti à la recherche de sa boîte aux lettres mais je ne l’ai pas trouvée. Mes pérégrinations m’ont amenées dans une ruelle sans numéros et j’ai laissé mon paquet sur le pas d’une porte. En repartant, cette minuscule impasse était devenue Venise, je me demandais si c’était bien la maison du vieillard, j’imaginais sa surprise quand la voisine lui ramènerait ce courrier qu’il croyait disparu à jamais mais qu’un miracle avait déposé sur son paillasson. Moi, ce justicier anonyme, j’étais Amélie Poulain pour de vrai et j’étais bien.

Bien sur les ténèbres reviennent parfois, au fond d’un jardin, quand vous vous relevez pour découvrir une étendue déserte. Vous aimeriez qu’elle disparaisse, c’est samedi et vous avez si bien quitté vos chaînes que vous espérez d’autres escales. Vous ressentez une solitude oppressante en marchant avec le voyageur insistant qui ne comprend pas un mot de votre langage. Puis, d’un coup vous passez votre chemin pour attendre un bateau qui tarde à arriver. Vous vous demandez si c’est le retour définitif de la nuit. Ca vous dure une heure à marcher de long en large, accablé. Enfin, le port se remplit et vous reprenez la route, toujours seul mais confiant.

A l’aube, alors que vous rentrez, vous retrouvez les petits tout quand vos yeux rencontrent, sur la porte d’un bar, une affichette dont la démagogie vous fait sourire. Ces petits bonheurs sont bien difficiles à dire, ils sont si singuliers mais de toute façon il est impossible de débattre avec Chinma. Il n’a de considération que pour ce qui sort de sa bouche, que ce soit ses propres phrases ou les mots de ceux qui le confortent dans la certitude que ce monde est nauséeux.

Il ressemble un peu au vieillard que j’étais.
 

u2 & Luciano Pavarotti, Miss Sarajevo, une perle

  

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4 commentaires

  1. Elie dit :

    Clein d’oeil sympathique en (re)lisant ces textes ! Les petits riens sont tellement essentiels !!!

    Elie

  2. Lovedreamer dit :

    En effet … j’ai passé deux dizaines d’années à ne plus les voir, de la survie ce n’était rien de plus.

  3. kitty78 dit :

    Certaines victoires sur soi-même ou sur le désespoir (ce qui est presque synonyme en fait) n’ont pas l’éclat auquel on aurait pu s’attendre mais elles n’en restent pas moins des victoires. :)

  4. Lovedreamer dit :

    Tu sembles avoir cerné qu’il manque quelque chose … Ça viendra, j’en suis sur. Bises

    (en fait je me demande si tu parles de déception en tant que lectrice)

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