L’errance initiatique d’une potiche wannabe (projet, part I)

 

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3 heures sur ce lit immaculé dans tous les ajustements qu’on peut concevoir. Sur le flanc, sur le dos, à la verticale, bancal puis à l’horizontale. Je demande une pause, je souris au réalisateur, ce gros con, en me dirigeant vers ce qu’il faut appeler une loge, avec l’air à la fois stupide et narquois que j’offre au monde sur écrans interposés. Je suis Donatello, je suis sur que vous ne vous rappelez pas de moi, j’étais l’assistant d’un animateur télé vedette, un de ceux aux dents si blanches qu’on peut aisément les confondre avec l’émail des toilettes. C’était à la fin des glorieuses années quatre vingt dix. Le premier jour de tournage, pendant que je souriais stupidement à la France pour la première fois, j’en étais sur, j’y étais, c’étaient les débuts inattendus d’un garçon inoubliable. Malheureusement le jeu confié à la présentation de la star était trop subversif pour ce petit pays reculé. En effet, cette adaptation d’un concept qui avait bouleversé l’Amérique avait décidé d’innover en remplaçant l’éternelle blonde qui rend les émissions présentables par un garçon avenant, plus proche de la « population visée par les annonceurs ». L’animateur à la dentition éblouissante hurlait des questions de culture générale à des candidats hystériques au bord de l’apoplexie. Quant à moi on m’avait donné pour mission de ne jamais me départir d’un sourire irréprochable pendant que j’actionnerai une roue lumineuse indiquant la somme d’argent à laquelle le gagnant pouvait prétendre. J’étais la première potiche au masculin de l’histoire de la télévision hertzienne française. Un magazine gay, toujours avant-gardiste avait crié à la révolution mais le public n’était pas préparé. Il n’avait pas suivi, pas une seule fois. Seul le pilote de l’émission avait été diffusé alors que c’est dans le troisième volet que je prenais mes marques. Quelques semaines plus tard, le présentateur vedette était retombé sur ses pieds grâce à une paire de nouvelles lunettes rectangulaires. Il présente désormais des livres dans une émission culturelle de fin de soirée. Les analphabètes du pays y verront certainement un formidable espoir mais pour moi, les choses ont été un peu plus compliquées.

J’ai essayé de m’en sortir avec le téléachat sur une chaîne câblée mais ce n’est pas évident de rendre intéressant un ramasse miette, aussi révolutionnaire soit-il. Les producteurs m’ont, parait-il, jugé décevant. Aujourd’hui, après une longue traversée du désert, me revoilà enfin dans la lumière. Alors que je pensais avoir dit adieu aux caméras, elles sont enfin sur moi. Je me projette dans la pornographie. Je vois vos mines circonspectes, il faut bien vivre et manger. Ca a commencé d’une manière bizarre quand Jean Michel, un ancien amant producteur de porno gay m’a demandé d’être la doublure anale d’une vedette sur le déclin. On ne verra pas ta tête, m’a-t-il répété. J’avais besoin d’argent, depuis que je ne ramassais plus les croutes de pain sur une table au désordre artistique, les loyers impayés de mon appartement s’entassaient dans un tiroir scellé par mon angoisse de finir à la rue. Il me proposait une somme qui me permettrait de rebondir et puis j’avais driblé. On ne voyait pas ma tête et j’avais envie qu’on la voit, c’était peut-être ma dernière chance de fixer l’objectif. J’ai passé quelques auditions et j’ai su convaincre.

Le producteur véreux qui aime à dire à présent qu’il m’a « repéré » avant de partir immanquablement dans un rire gras m’a aussi aidé à trouver un nom de scène. Je voulais un pseudo qui fasse classe, qui me distingue des autres prétendants à la célébrité. Quelque chose de chic et américain, qui réveille les troupes des qu’on le prononce. Je suis devenue Donatello Trixx Starr. Le découvreur de talents m’a aidé à débuter, je dois lui reconnaître ça. J’ai fait mes premiers pas au cinéma, à visage découvert, dans « Fuck or die », un remake à gros budget. Au début c’était surprenant et assez déconcertant d’être l’objet de tant de désirs masculins pluriels devant une caméra. Il me fallait apparaître excitant, si possible aguicheur. J’avais la parade idéale, ce sourire vide que j’avais endossé lors du troisième volet de mon travail de tourneur de roue, celui là même qui m’avait valu ensuite le rôle de porte aspirateur télégénique. J’ai du oublier mes pudeurs pour devenir un objet d’expérimentations corporelles, ça n’a pas été évident mais quand malgré moi, j’ai été secoué de plaisir au milieu d’un tournage à la file indienne, je me suis fait cette réflexion :

Il n’y a pas beaucoup d’emplois rémunérés qui peuvent offrir ça. Je ne tourne peut-être pas avec les plus grands mais avec les plus grosses, indiscutablement.

(…)

 


3 commentaires

  1. souleiman dit :

    Donatello a oublié de joindre une vidéo!!!

    Souleiman

  2. ouam-chotte dit :

    La suite ! La suite ! La suite !……

  3. Lovedreamer dit :

    Souleiman: Donatello est un peu versatile, changeant, équivoque voir lunatique. Au dernières nouvelles il ne souhaitait pas que je « trahisse son anonymat ». Va comprendre

    Ouam-Chotte : moi qui avais l’impression que personne n’aimait ce texte, au vu du peu de commentaires, enfin une réaction qui fait plaisir ! La suite arrive très vite.

    Merci !

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