L’errance initiatique d’une potiche wannabe (part II, last ?)

 

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J’ai pu conserver mon appartement du centre de la ville des lumières et des projecteurs et je suis en train de me faire un petit nom dans le milieu de l’érotisme pour garçons sensibles. Pas plus tard qu’hier, un des maîtres du genre m’a appelé, moi, pour me proposer de reprendre le rôle de Matt Damon dans sa vision personnelle du Soldat Ryan. Au téléphone, il avait l’air charmant, j’ai accepté, ça me changera de l’autre abruti qui dirige mes opérations actuelles, celui qui me parle comme s’il projetait de m’assassiner dans un film d’un genre moins démocratique, diffusé sous un manteau virtuel. Quand je reviens du taudis qu’on qualifie de loge, une pièce encombrée de vêtements bizarres et d’ustensiles inquiétants, il m’aboie de m’étendre sur le lit et de passer à l’acte. Je m’exécute, j’enlève mon peignoir blanc en lui envoyant tout ce que je peux de mépris dans un sourire décérébré de ma meilleure composition. Il répond en enfourchant sa caméra et Julio, le nouvel étalon de la boîte de Jean Michel, commence à explorer mon anatomie. C’est un beau brun gentil, on sent qu’il n’ira pas très loin, il a les yeux qui pétillent quand il me parle entre les prises de sa nouvelle petite amie fraîchement débarquée du sud de la France. Il me dit qu’elle ne sait pas ce qu’il fait pour gagner sa croute et qu’il tourne tellement ces derniers jours qu’il préfère rester seul chez lui quand il a fini le boulot.

- Tu comprends, moi, les heures supplémentaires, je laisse ça à d’autres

Je souris et j’acquiesce.

Alors que je sors de l’immeuble où nous tournons, éreinté par une journée à vous mettre sur les rotules sans contrat, le jeune premier me rattrape et me prend le bras.

- Tu sais que ton visage a l’air plus animé quand tu n’es pas filmé

- C’est un peu mon fond de commerce de sembler docile et serviable, je ne suis pas comme ça dans la réalité

- Tu ne parles pas beaucoup de toi, tu as une copine ?

- Non

- Un copain peut-être ?

- Non

- Ah… c’est plus simple

- J’imagine

Je n’avais jamais envisagé les choses de la sorte, je mène ma petite barque, mon propre combat et ce que je fais pour gagner pitance est tout aussi respectable qu’un travail de livreur de journaux.

Je hèle un taxi qui passe dans la petite rue désertée par les passants, par chance un deuxième finit par s’arrêter. Je suis fatigué et je n’ai pas envie d’écouter les considérations sur le Monde d’un naïf en quête de vérité. Il essaie de glisser à mes côtés sur la banquette arrière, je le repousse d’une main assurée et du ton le plus innocent qui soit, je lance :

- Je t’aurais bien déposé quelque part mais je dois aller chercher un ami à l’aéroport et je suis déjà en retard. Je suis désolé… A Lundi !

Je referme la portière. Il est plus de sept heures du soir et je n’ai qu’une obsession, m’étendre sur le canapé de mon salon trendy, dans la pénombre et laisser un peu de musique douce envahir l’atmosphère. Peut-être quelques bougies…et un bain…

Le chauffeur du taxi, un roumain communiste à l’accent prononcé, me dit d’une voix forte qu’il n’est pas sur d’avoir compris à quel aéroport je faisais référence.

- D’une manière ou d’une autre, ce soir avec les bouchons, il va falloir du temps pour aller là bas

- Vous avez raison, c’est le week-end, j’irai une autre fois

Je lui donne mon adresse, j’essaie d’être péremptoire puis je m’enfonce dans la banquette et je ferme les yeux quelques instants. Le gros roumain commence à commenter les actualités déversées par sa radio mais je ne réagis pas, j’ai fini pour aujourd’hui d’être l’esclave des désirs d’autrui. Je fixe du regard un point dans la vitre de ma portière. Je ne vois plus Paris qui s’allonge pour les quinze euros d’une course en voiture.

J’essaie de faire le point sur ma journée, sur ma semaine puis finalement sur ma vie. Ce n’est pas si mal, j’ai survécu à une journée harassante sous la direction d’un nazi, à un gang bang effréné et ce soir je commande une pizza. Après avoir commenté la météo puis les sports le taxi me dépose devant la porte de mon immeuble gris. Dans le petit couloir sombre qui mène à l’ascenseur, je croise une femme bourgeoise qui marche d’une allure empressée. Elle ne me jette pas un regard, je comprends que c’est une des clientes du psy du deuxième étage, j’en croise régulièrement depuis que j’ai emménagé ici il y a quelques années. Je passe devant ma boîte à lettres sans l’ouvrir, ce ne serait certainement que pour y trouver quelques factures. Je m’engouffre dans l’ascenseur. La femme fatale y a laissé une odeur capiteuse de parfum sophistiqué.

Après avoir actionné le bouton argenté qui mène à mon étage, je jette un œil à mon reflet dans le miroir latéral du petit compartiment. Je peux encore perdre quelques kilos en y mettant du mien. Je ne souris pas, je revendique le droit de faire la gueule au moins jusqu’à demain .

Quand j’enfonce la clef dans la serrure de la porte, je ne trouve pas de mots qu’un admirateur inconnu serait venu griffonner à mon attention, j’entends seulement l’horrible chat qui détale dans mon vestibule. J’aime les animaux depuis que je suis enfant, petit je suis même allé jusqu’à collectionner les limaces au grand dam de mes parents consternés. Ils ne voulaient pas m’offrir un chat, je me vengeais comme je pouvais en ramassant ces bestioles dehors les jours de pluie et je les entassais dans un carton gluant. Je leur présentais alors la boîte, fier de moi, avec le premier sourire de représentation que mon jeune esprit avait pu concevoir. J’étais déjà doué pour le jeu. J’ai acheté cet animal, ce pur gouttière à poil roux, quelques semaines plus tôt, pour connaître une revanche définitive sur la vie. Comme j’avais peur de ne pas être un maître digne, j’avais déniché un livre dans une librairie douteuse des abords de mon quartier, une sorte de manuel d’éducation du chat sobrement sous titré : « Pour que la relation que vous entretenez avec votre meilleur ami félin devienne unique ». On peut penser qu’elle l’est devenue, malheureusement le félin me déteste. Le lendemain de ma visite dans le refuge où je l’ai trouvé, ma maladresse chronique a fait tomber de la table du salon le manuel complet sur sa tête écarquillée. Depuis il fuit en crachotant quand j’entre dans une pièce où il ronronnait quelques secondes auparavant.

Le ménage n’est pas fait, les volets sont restés clos, ce matin j’étais en retard. Je laisse glisser ma veste jusqu’au sol et j’envoie valser mes chaussures. Je débranche le téléphone sans écouter le répondeur qui clignote puis j’appuie sur le bouton qui dirige le son de la chaine hifi du salon avant de me coucher sur le canapé comme si le décor tanguait autour de moi. Je suis fourbu. Je trouve un paquet de cigarettes sur la petite table, je m’évade au milieu des volutes pour la première fois depuis ce réveil brumeux où la perspective de revoir la Gestapo m’avait rendue fébrile. Je ferme les yeux mais je ne trouve pas le sommeil. Je vais me préparer une infusion, je reviens avec un plat cuisiné fraîchement décongelé.

Je change la station de radio et je feuillette un magazine, j’ai l’impression d’être chez moi dans une salle d’attente, un couloir vers quelque chose qui n’est pas encore arrivée. Pendant que mon meilleur ami félin ose traverser le salon pour aller jusqu’à son écuelle afin de boire bruyamment un peu d’eau plus très fraiche, je réalise que je m’ennuie ferme. Je m’approche de la petite fenêtre, il est tard dans la nuit et il n’y a plus personne sous les lampadaires, cinq étages plus bas. Les gens sont ailleurs et le chat a fini de boire, il reste à bonne distance près de l’entrée principale en me jetant de temps en temps des regards apeurés. Je me lève et j’essaie de l’attraper mais il refuse de me laisser tuer l’ennui sous les caresses, le rôle que je lui avais assigné. Il va se réfugier sous une commode et n’en sortira plus que sa petite patte hystérique pour tenter de me griffer quand je retourne brancher le téléphone. J’enclenche mon répondeur, la voix métallique m’annonce un message. J’écoute ma mère me parler de la santé de mon père et de ses voisins.

- Tu es sure que tout va bien. Tu ne m’appelles plus beaucoup… Tu as peut-être trouvé un travail.. ?

Depuis que ma nouvelle carrière prend son envol je n’ai pas trouvé le temps de lui téléphoner et surtout, je n’ai pas réfléchi à ma stratégie de communication. Est-ce que j’ai trouvé un travail ? Est-ce que je peux avertir mes proches que je m’éclate désormais sous les projecteurs dans toutes les positions du Kâma-Sûtra ?

Ce n’est pas si évident d’assumer mon rôle d’objet de plaisirs homosexuels, ni face au regard des autres, ni face à ma propre critique exigeante. Parfois je me demande comment j’en suis arrivé là, à rendre les choses si compliquées et des explications, toujours nécessaires. Rien ne vous prédispose jamais à devenir un roi des sodomies chorégraphiées, on ne se réveille pas avec la vocation d’être un jour vide couilles sur grand écran. J’étais même plutôt un garçon naïf…

 

 


J’ai commis ceci il y a quelques mois, pour m’amuser. Le texte, insatisfaisant, n’est pas assez travaillé et pour l’instant, il n’y a pas de suite. Je ne sais pas si j’en écrirais une un jour…

 

 

 

 


4 commentaires

  1. Pierre-Yves dit :

    Tu as un personnage plein de possibles en tout cas…

  2. Lovedreamer dit :

    Voilà, un jour j’aurais peut-être envie de jouer à la poupée (ou a Dieu ?) avec Donatello et de lui créer un Destin. C’est grisant, ce chemin des possibles …

  3. kitty78 dit :

    J’aime le profil du narrateur. Réaliste et désabusé il semble malgré tout attendre quelque chose. On sent qu’il ne sombrera pas, qu’il a trop de recul pour ça… Je rejoins Pierre-Yves, sans jeux de mots graveleux, je pense que tu le tiens ce perso :)
    Laisse-le vivre et vois ce que ça donne.

  4. Lovedreamer dit :

    Merci Kitty, je n’ai pas d’inspiration pour l’instant mais j’avais besoin d’encouragements au sujet de ce texte…
    :)

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