Des relents du futur

 

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Un oracle du cybermonde, février 2008 : « on me dit de vous dire qu’il arrive bien souvent que les blessures ou les problèmes qu’on a subi nous rendent aigris envers notre prochain, il faut remédier à cela tout en restant sur vos gardes… »

 

 

Chinma est mort d’une overdose d’amertume dans les draps rêches d’une clinique inhospitalière de la ville caveau le 22 juin 2029 à 20h34. Je n’ai pas pu assister à La cérémonie, j’avais un debriefing capital avec mon équipe au complet mais j’ai envoyé un énorme bouquet de fleurs colorées au prix exorbitant. Il est probablement passé inaperçu, Chinma n’avait plus d’ami depuis la fin du siècle dernier et le crématorium a du resté désert mais j’avais envie d’adresser un clin d’œil complice au rhume des foins chronique de ce vieux bougre. S’il nous regarde de là haut, il saura apprécier le geste à sa juste valeur, lui qui passait son temps à me rappeler qu’il n’avait jamais été question d’amitié entre nous. Nous étions de vagues connaissances qui se rencontrent dans le seul but de se vider la glotte ensemble. Je pense pourtant à lui presque tous les jours en priant le Ciel de ne jamais finir comme ça, dans cette aigreur ulcérante. C’est peut-être même cette pensée qui m’a sauvé hier.

Je venais de passer deux heures assis sur le bord de mon lit, à contempler dans mes mains une corde achetée en solde la semaine dernière chez Castoramix, au cas où. Je me suis mis à imaginer Chinma sur son lit d’hôpital et paradoxalement ça m’a donné de la force. J’ai éteint le vieux Noir désir qui tournait en boucle et j’ai quitté ces murs blancs, bien décidé à me changer les idées.

J’ai passé la soirée dans une solitude à couper au couteau à parcourir ce jardin dont je connais désormais chaque recoin. Le temps me rend si téméraire que j’y ai poursuivi un jeune bucheron pendant presque une heure entière. Malheureusement il m’a préféré une jeunesse de trente ans, pourtant bien plus laide que moi. L’avantage de l’âge … En rentrant, bredouille, ma tristesse est redevenue désespoir devant la perspective d’une nouvelle fin de soirée sur mygaypornotube.com, seul au milieu de la ville cendres.

Quand j’avais emménagé là, j’avais cru que j’en partirais rapidement, que ce n’était qu’une affaire de semaines et ça fait plus d’un quart de siècle que j’en suis prisonnier. J’ai chassé tous mes amis, ma famille ne veut plus entendre parler de moi, les seuls coups de téléphone que je reçois sont des appels commerciaux de collègues télévendeurs. Chaque matin je m’invente une nouvelle raison pathétique de respirer encore : un concours de poésie, une grille de Loto, un tirage de tarots prometteur, un dialogue chaleureux sur pédéland.net, l’espoir se contente de peu, il attrape tout ce qui passe à portée de rêve.

Un jour vous ne viendrez plus sur cette page car vous serez lassés d’attendre un nouveau billet. Six mois sans nouvelles, votre patience a des limites. Vous ne saurez jamais que l’odeur de putréfaction qu’exhalait mon appartement a fini par déranger les voisins et que des pompiers m’ont retrouvé lévitant au dessus du sol couvert d’excréments secs. Ou alors … en passant la porte vous trouverez sur une page blanche, une formule laconique qui vous apprendra que cette adresse n’a jamais existé. Vous vous demanderez un instant si tout ça n’était qu’un mauvais rêve, vous secouerez la tête et vous continuerez votre chemin parmi la blogosphère en m’espérant heureux quelque part. J’aurai rejoint Chinma au milieu des nuages où il m’attendait armé de nouvelles formules assassines :

- Tiens, te vlà vieux phacochère ! Prépare-toi à en chier. C’est d’un ennui mortel ici et le pire de tout c’est que c’est sans espoir d’ailleurs plus accueillant…

 

Noir désir, les écorchés

 

 

 


2 commentaires

  1. ouam-chotte dit :

    Ne disparais pas tout de suite tout de suite hein !

    Au passage, je note « …d’un collègue télévendeur » : j’aime beaucoup l’optimisme de cette formule, hé hé hé ;)

  2. Lovedreamer dit :

    Tu as su reconnaitre le vrai Drame de cette histoire ! :)

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