Archive pour juin, 2008

Distribution incomplète

 

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Il y a tout juste un an, j’abandonnais mes velléités de retour à Toulouse et je me résignais à m’installer dans la ville mouroir. Le soir de mon emménagement, je rencontrais Yvan et nous nous sentions instantanément proches l’un de l’autre, même si, déjà, quelque chose d’indéfinissable me posait problème chez lui. Il n’aura fait qu’une brève apparition, quelques mois, dans la distribution de ma vie sans cesse en mouvement.

Je pensais devoir me débarrasser des personnages familiaux pourtant présents depuis les premières heures, encouragé par Léonard qui m’invitait à commettre des meurtres symboliques sanglants, « tant qu’il est temps ». Je ne savais pas que ce serait à lui que je dirais au revoir au milieu de l’été puis à Esteban et à Nathan, à tous ceux qui semblaient me maintenir dans un passé dépassé, chaines inacceptables.

Quelques semaines plus tard, ce fut un passage éclair sur les bancs de la fac de droit où je croisais quelques étoiles qui filaient si vite qu’elles peinèrent à marquer mon souvenir suffisamment pour y laisser leurs patronymes.

Ce soir, assis encore une fois sur un banc des bords de Vienne, une nature magnifique à quelques mètres de chez moi, je fais le bilan de l’année écoulée sans presque aucune tristesse. Il y a ceux qui sont partis, ceux qui ne faisaient que passer, quelques uns qui restent et d’autres qui arrivent :

Sam le marginal, Daniel le sans pareil, Cyril le who’s who parlant de la Maison gay et peut être lui, lui à qui je n’ai encore donné ni nom de scène ni attribution concrète. Que veut-il ? Veut-il vraiment quelque chose ? Lui qui dit qu’il s’attache alors qu’on se connait depuis dix minutes. Lui qui me répond de vivre quand j’affirme que je vais le faire souffrir. Du vent surement que tout cela mais… qui sait ?

Et ce Monsieur « Plan basket cherche relation fusionnelle », que va-t-on bien pouvoir en faire quand il va revenir de sa province ?

Quant à Chinma, est-il vraiment mort en tombant de la falaise ou m’attend-t-il derrière un bosquet, une hache à la main ?

Et tous ces corps que j’ai serré sans jamais rencontrer ceux à qui ils appartenaient, que sont-ils devenus ? Ont-ils vraiment existé ?

Et vous ?!! Etes-vous toujours ici ? Qu’en sera-t-il dans six mois ? Un an ? Avez-vous des projets pour l’été ?

Et moi, finalement, la charité n’étant plus qu’elle a été, moi le centre de mon univers ? J’ai réussi à être encore là, fidèle à la plume, à commencer à apprendre à vivre avec moi-même, j’ai fait de bons choix et de moins bons mais je suis resté sur ma voie, bien décidé à n’en plus dévier. Que-va-t-il m’arriver dans cette nouvelle saison ? Le rhume des foins qui m’assaille depuis deux longues journées va-t-il me terrasser ? Vais-je réussir à quitter la ville mépris ? A finir mon histoire ? A me mettre à écrire vraiment ? Vais-je apprendre à sourire ? Le rencontrer ? Midinette sera-t-elle enfin comblée ?

Si on m’avait dit, il y a deux ans, qu’un matin d’été je me demanderais le plus sérieusement de l’univers si c’est le bien-être que j’entrevois, je ne sais pas si je l’aurais cru. J’en étais tellement, tellement loin, agonisant dans une vie à la dérive, maudissant Dieu, le point levé sur un lit sale, un soir de dégout absolu. J’aurais probablement pensé que je serais mort bien avant de voir ce jour… Alors je vous le dis : tout est possible.

Même pas besoin d’y croire.

Il suffit d’être là.

 

C’était Pollution nocturne, saison 2 : Les fulgurances solaires

(oui, voilà, c’était ça)

Les marginaux

 

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- Je ne t’ai pas vu depuis novembre ou décembre. Je te croyais parti… En fait, je m’inquiétais pour toi.

J’essaie d’ouvrir mes récepteurs un peu plus, à la recherche d’une preuve de son hypocrisie mais je ne sens rien de particulier. Je suis surpris, je l’étais déjà de sa manière de m’aborder, de me sourire et d’aller jusqu’à se rappeler mon prénom.

Une personne confiante n’y verrait rien de si extraordinaire, après tout nous avons passé plusieurs soirées à discuter ensemble dans ce jardin. Il faisait tourner un joint et, nous marchions dans ces allées sombres, la nuit entière, comme des monarques décadents pendant que les ombres continuaient leur manège un peu plus loin.

Ce soir, nous restons sur ce banc à les regarder passer en discutant. Il y a bien ce garçon à la chemise blanche que je n’avais jamais croisé et qui chatouille mon intérêt mais je n’ai pas envie d’interrompre ma conversation. Moi qui me plains toujours du manque de chaleur humaine dans ces endroits, je savoure la présence de Sam. Je m’en voudrais si je coupais court à notre échange pour un nouveau corps à corps sans partage. Chemise blanche reviendra bien, un soir de fission interne, quand le feu est si intense qu’il vous donne le courage d’affronter le froid glacial de ces allées.

Je n’avais jamais remarqué que Sam fumait autant. Depuis qu’on a commencé à discuter, il éteint une cigarette pour en allumer une autre. Dans la pénombre mes traits s’étirent encore un peu et, pied de nez de la lune scintillante, Sam a du voir mon regard posé sur sa cigarette car il m’en propose une.

Je m’entends bien avec lui. Nous sommes deux ovnis dans la Maison gay limougeaude. Il se revendique comme marginal. Je ne m’étais jamais vraiment envisagé de la sorte, c’est un mot si fort et si négatif, je me voyais plutôt comme un étranger ou un Alien, ce qui me semble plus acceptable, mais n’a-t-il pas raison ?

Un chômeur qui ne veut pas travailler, qui gribouille des mots mais n’a même pas la volonté de s’y atteler complètement. Marginal, l’idée pourrait finalement me plaire, c’est assez glamour.

Je ne me sens pas complètement à l’aise ce soir, assis à côté de Sam. Sans tabac, sans joint, mes nerfs sont tendus comme les cordes d’une guitare électrique. Je ne dors plus que d’un sommeil de plume, deux ou trois heures par nuit, je le lui dis et il me répond qu’en effet, j’ai l’air fatigué. Ca m’angoisse, j’ai de plus en plus peur de vieillir et je suis persuadé que le manque de sommeil va accélérer le processus et ravager mon visage prématurément. Qu’est-ce que je deviendrais si (quand) dans ces chambres froides, je n’arrive plus à plaire, si je n’ai même plus cette infime consolation ?

Les heures passent, nous parlons Karma, pacifisme, amours perdus, hypersensibilité handicapante, musique, tous les sujets que l’incohérence enchaîne. Chemise blanche est acharné, il passe devant notre banc toutes les dix minutes en tournant invariablement la tête pour me jeter un œil. Je me concentre pour lui envoyer un message télépathique.

Tu es très séduisant.

Une autre fois.

Avec plaisir.

Sam me dit qu’il n’a que des amis hétéros et ce soir, c’est notre première différence affichée. Je me rends compte qu’il n’y a plus que des homos dans mes fréquentations et subitement je me sens banal. Est-ce que j’ai l’air d’une énième dinde ? Non, certainement non, d’ailleurs cette homosexualité, c’est aussi ce que Sam doit venir chercher chez moi. Je suis comme ses amis, différent de la masse mais j’ai ce petit truc qui me rapproche encore de lui. Il doit avoir besoin d’un ami qui comprend ses particularismes gais. De mon côté j’ai peut-être besoin de quelqu’un qui partage ma « marginalité ».

Alors, avant qu’on se quitte, vers 5 h du matin, il accepte mon numéro de téléphone et j’enregistre le sien.

Amis. Pourquoi pas ?

Quand je rentre chez moi, le jour est en train de se lever sur la ville cellule. Je me sens bien. Depuis que j’ai repris le récit de moi-même sur cette page, les barreaux s’écartent, écrire a des vertus magiques. En pensant à la fourmilière qui investira bientôt les trottoirs, je réalise à quel point j’aime ma vie, comme j’aimerais que dure cette soi-disant inactivité. Ces derniers jours, j’enchaîne les invitations à diner, je rencontre des gens, je bronze, je flâne, je papillonne… Je me sens si bien. Peut-être manque-t-il quelqu’un mais …

Oh mon Dieu… non ? Est-ce que c’est ça … être heureux ???!

Danse avec les louves

 

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« Mémé a eu de tes nouvelles hier. Moi, on ne peut pas dire que tu te ruines pour m’appeler »

Encore une critique de ma mère dans un sms. La première chose que j’ai envie de lui répondre c’est qu’avec un budget téléphonique mensuel équivalent au produit intérieur brut annuel du Burkina Faso, mes communications sont illimitées sur mon téléphone fixe comme sur mon cellulaire et il en est de même pour les textos. Lui téléphoner ne me couterait pas un centime, on peut donc dire que je me ruine mais que je ne l’appelle pas pour autant.

Qu’est-ce qu’elle s’imagine ?

Je n’ai absolument rien à lui dire. Quand je la vois, je me torture l’esprit pour trouver un sujet de conversation et pour adapter mon lexique. Je lui envoie un message laconique une ou deux fois par mois et c’est déjà énorme. Nous sommes deux étrangers, je dirais que nous n’évoluons simplement pas sur la même planète.

Elohim était surpris qu’elle ne soit pas plus présente dans les débuts de l’histoire autobiographique que j’écris mais c’est finalement un juste reflet de la réalité.

Ce n’est pas que ce soit quelqu’un de mauvais mais je n’ai jamais pu compter sur elle. C’est une petite fille irresponsable, je me sens plus mur qu’elle !

De plus elle a passé sa vie à critiquer la mienne et à me dénigrer. Quand ce n’était pas ma coupe de cheveux, c’était mes vêtements, quand ce n’était pas mon orientation sexuelle c’était ma supposé paresse.

« Tu es un incapable »

« Tu n’y arriveras pas »

« Tu es un fainéant »

« Tu n’es vraiment pas élégant »

Ca résonne encore dans ma tête aujourd’hui, ça me conditionne à l’échec. Pour elle, je n’ai jamais rien fait de bien. Je crois que je ne l’ai jamais entendu me faire un compliment sincère.

J’ai souvent été très négatif au sujet de ma grand-mère sur cette page mais je ne peux pas lui reprocher un manque de soutien. Quoique je fasse, Elle m’aime. Si j’assassinais une famille au complet après l’avoir odieusement torturé, Elle serait capable de se rendre au tribunal en fauteuil roulant pour vanter mes mérites à la Barre, dans des éclats larmoyants mais absolument sincères.

Ma grand-mère m’aime peut-être mal mais elle m’aime de manière inconditionnelle et au fond, malgré les griefs, je l’aime de la même façon.

Est-ce que j’aime ma mère ? Je ne sais pas. J’ai parfois de la compassion pour elle et j’ai l’impression que ça s’arrête là.

Ma vraie mère c’est ma grand-mère.

Alors, j’ai laissé passer une journée avant de lui répondre, afin de lui signifier que je ne suis pas à sa disposition puis je lui ai envoyé ceci :

« Si je ne suis pas le fils idéal, dis-toi que tu n’es pas non plus la mère parfaite. Je ne vais pas t’écrire un roman tous les deux jours, on n’a jamais été proche à ce point. Tu peux bien être jalouse de ta mère mais tu devrais assumer ta part de responsabilité dans cette situation. Ne sois pas surprise du contenu de ce message, tu as déclenché les hostilités dans le tien»

D’aucun penserait que je ne lui ai pas envoyé dire (pas besoin de Shack attack) mais je ne veux plus laisser personne dénigrer ce que je suis ou essayer de me mettre plus bas que terre.

Peut-être ai-je envie de la faire souffrir ? Peut-être n’ai-je pas réglé quelque chose ? Quand je pense à elle ces derniers temps, je suis pris d’une colère sourde.

J’ai grandi au milieu d’une meute de folles furieuses qui ont tué dans l’œuf toutes les chances que j’avais de faire de ma vie quelque chose de bien. Disons, de la première partie. Ma grand-mère me tirait d’un côté, ma mère d’un autre et Regan, cette *§£^$:!!, d’un autre encore. Je veux bien assumer mes responsabilités mais que chacun fasse de même.

Des alternatives à la méthode Chocapic

 

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- Tu l’as écrit !

- Je vais te répéter ce que j’ai dit à quelqu’un récemment. Je ne suis pas ce que j’écris, c’est un moi sublimé qui n’existe pas vraiment.

- Je ne suis pas convaincu. Et si c’était plutôt dans la réalité que tu n’existes pas vraiment ?

Je fais l’effort de venir parler à ce vieux brigand et lui, il faut encore qu’il me contredise. Cependant, sa question est intéressante. Sur une feuille de papier ou protégé par l’écran d’un ordinateur, ne suis-je pas plus libre d’être moi-même que n‘importe où ailleurs? Est-ce que ce n’a pas été une obsession parfois ? Supprimer tout ce qui calcul, volonté de plaire, consensus, formules journalistiques et pensées prémâchées. Dans la réalité, je ne peux pas interrompre la conversation, corriger la copie pour ne garder que l’essence de moi-même.

Dans la réalité, je ne suis toujours pas complètement délivré de mes conditionnements et de mes blocages, de cette blessure narcissique qui me pousse à ne pas savoir déplaire.

Je me déteste*

La réalité tient en trois mots.

Ou en quatre :

Je me sens coupable.

Où que j’aille, je traine ça avec moi. Quoique je fasse je me sens coupable de quelque chose.

Prends quatre personnes qui marchent dans la rue. Examine-les. Elles se ressemblent, elles avancent à peu près à la même vitesse, elles ont l’air de vivre la même chose. Mais qu’est ce que tu en sais ? Peut-être que l’une d’elle vacille à l’intérieur ? Peut-être que l’une d’elle se sent si mal qu’elle n’est même plus capable de relever les yeux ?

On vit tous la même chose ?

Pardon mais je ne suis pas d’accord. Il y a les faits et la manière de les recevoir. Le prisme, c’est ça l’important. A une extrémité il y a les gens qui ne ressentent presque rien, brutes ou dead inside, à l’autre bout il y a les hypersensibles et dans le spectre des millions de petites nuances qui font que la même expérience ne sera jamais vécue à l’identique par deux personnes différentes, soient-elles jumelles.

Moi, je dis qu’elle a abusé de moi. Moi, je dis qu’elle m’a plongé dans la nuit. Moi, j’étais là.

Alors, que tu le crois ou non, vois-tu, j’essaie de m’en sortir et je ne le fais pas en dilettante, j’y mets tout ce que j’ai, je m’y donne chaque seconde. Je me fous de tes histoires d’assise financière, de ta vision des choses qui voudrait que la seule manière de s’en sortir soit de trouver un travail rémunérateur. A travers mon prisme, recevoir chaque mois (deux) mille cinq cent euros, acheter des Chocapic à la place de la marque Lidl price, posséder un écran plat HD et un plan épargne retraite, tout ça n’a rien à voir avec s’en sortir. Ne te méprends pas, j’en veux des Chocapic mais je veux être capable de les apprécier, tu comprends ?

Non ?

Je vais essayer de t’expliquer.

Il y a deux ans, je travaillais, j’étais inséré, je voyais du monde, j’avais des tickets restaurant et une mutuelle de rêve mais je crevais à petit feu. J’étais dépressif, drogué et suicidaire. Je n’appréciais rien. Si je n’avais pas laissé tomber la méthode Chocapic pour m’occuper de moi, je ne serai peut-être pas en train de te parler aujourd’hui. Comprends-tu que je n’étais pas en train de m’en sortir mais de finir de me perdre ?

Pour certains, en arrêtant de travailler c’est un peu comme si j’étais entré au Club Med pour un très long séjour.

Il m’a fallu un an pour arrêter les médicaments complètement. Dans mon sevrage, il y a des larmes, de la sueur, des tremblements, des envies de suicide, des insomnies, et une solitude acide. Un an dans le manque c’est assez long, tu sais.

Et puis cesse de me dire que je me pose trop de questions. Je pourrais être d’accord avec toi – dans l’absolu oui, je me pose trop de questions – mais je n’ai pas le choix. Elles s’imposent à moi. Elles sont moi. J’ajouterais que mon introspection, c’est peut-être ce qui me permettra de m’en sortir vraiment.

Alors, ce n’est pas télégénique… Je veux dire que tu ne me verras pas dans un reportage sur M6 en train de me poser des questions sur un fond musical de Go-tan Project – mine interrogative, doigt dans la bouche, zoom arrière – entre une famille sauvée de l’éclatement par une nounou d’opérette et une ancienne anorexique qui nage dans le bonheur grâce à un relooking. Ca n’a rien de flamboyant, ça ne se voit peut-être pas mais il est possible que je sois déjà en train de m’en sortir et je pense que j’ai bien plus besoin d’une assise sentimentale que d’une assise financière, une sécurité affective qui m’aidera à m’aimer et me donnera envie d’avoir le reste.

J’avais bien envie de dire tout ça à Chinma mais je venais pour esquisser un geste de paix, une trêve des confiseurs. Il était plus facile de changer de sujet, chercher un consensus et l’interroger sur sa passion pour le boursicotage.

Je posais des questions, je m’intéressais, je comptais ses sourires, j’étais l’élève parfait et je savais que ça lui plaisait. Après tout ça ne faisait de mal à personne, on ne peut pas trahir vraiment quelqu’un si ce quelqu’un n’existe pas vraiment, dans le réel.

 

*Après avoir écrit ceci, je passe l’après midi dehors, je m’étudie et je constate que ça s’améliore.

La quintessence du vide

 

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Vendredi 13 juin 2008

 

La réalité est fatigante.

Je reprends une bouffée parce que j’en veux encore.

Un pied ici, la tête dans les étoiles, un autre pied dans la merde, j’essaie de trouver ma route. J’ai le pouce levé sur le bord d’une nationale, je me repose dans un motel ou je cherche un plan dans la ville éteinte.

Les jours passent aussi bien que mal, les nuits défilent sur le compteur des insomnies.

Je monte encore dans un bus et je regarde toujours les gens. Il y a lui avec son costume bleu. Il marche vite. Il va quelque part, ça saute aux yeux. Elle, au téléphone elle n’est plus là, elle certifie à Karim qu’elle n’a pas montré les conversations MSN d’Abdel à Océane et mes états d’âme elle s’en fout. La mamie bleue d’à côté n’en perd pas une miette même si ses yeux s’égare parfois quand fusent les « pétasse ». Derrière, un jeune baggy a troqué son ghetto blaster contre un téléphone tout aussi efficace pour tenir l’assemblée au parfum de ses gouts en matière de rap. Le temps file et moi, j’ai mis vingt euros dans la poche de mon jean, je vais chercher un morceau du bonheur disponible, la résine en barre qui vous fait oublier les entournures.

Je retourne à la zone défonce, deux tours grises au bout de la ville cendres. Je n’en finis pas de prolonger ce week-end où le temps n’existe plus. Fumer des joints, se retourner sur le côté et regarder des séries américaines téléchargées légalement (au Zimbabwe) sur cet ordinateur qui a tellement tourné qu’il va bruler les draps. Desperate housewives … saison 4… en entier. C’est fou la résistance qu’on oppose à la vacuité quand la terre ne tourne plus vraiment, les masochismes deviennent plus doux.

Le téléphone sonne et je ne réponds pas, je veux juste pendant quelques jours oublier tout ce qui m’entoure, toutes les questions, les malédictions farceuses, les problèmes, la fiente sur le sol qui n’a pas complètement cédé au dernier coup de serpillère.

Je n’écris pas, je passe juste vous saluer entre deux cigarettes et une crise de boulimie.

Bientôt il faudra recommencer à respirer et sourire parfois dans le léger vent du soir.

Les oiseaux, le soleil, le printemps qui s’en va, l’amertume aussi, bientôt mais pas maintenant.

Il pleut.

Le vrai journal de Midinette

 

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Mercredi 28 Mai, 15h45 / Sur un banc du jardin

X était là, nous avons discuté environ 10 minutes.

C’est moi qui ai initié, c’est moi qui ai clos. On a failli se prendre la tête, le ton est monté très légèrement. Je crois qu’au final c’est moi qui lui suis hostile depuis un moment déjà.

X est devenu Chinma et il me semble que c’est encore comme ça qu’il me convient le mieux.

(…)

Le mec sur le banc d’à côté est bien celui chez qui j’étais allé. Il fait semblant de ne pas me reconnaître, c’est détestable.

Cette ville atroce pourrait me déprimer si je la laisse faire …

Dans cet endroit, je finis par devenir un meuble, un de ces mecs qui passent leur temps à chasser.

Après tout, pourquoi pas ? Je me fous d’avoir une image pathétique. Un jour je partirai d’ici ou j’arrêterai ce cirque pour vivre quelque chose avec quelqu’un.

(…)

Ce froid avec X/Chinma m’a un peu perturbé mais beaucoup moins que je le pensais.

Mon relationnel est devenu très mauvais avec le temps. V. m’a dit que je savais mettre fin à des relations susceptibles de me poser problème. Impression qu’en fait je mets fin à TOUTES les relations.

Une famille « Marie Chantal » vient de passer, tous habillés de la même façon, dans ce que j’appellerais du Petit Bateau, avec un pull négligemment déposé sur les épaules.

En arrière plan, sur les « remparts » des silhouettes floues attendent de nouvelles proies potentielles.

Fuck them all, i’m so free (so alone too)

(…)

01h45 / Sur un banc d’un autre jardin

Je ne deviendrai pas une de ces ombres, je refuse. Ici, je ne reste pas.

Qui était-ce ?

Un passant, un étranger parmi nous, une figure de style.

Je suis juste ce garçon qui a compris l’essentiel, qui ne courra pas plus qu’une étoile filante, qui partira sans un mot quand il finira par entendre que ce qu’il cherche n’existe pas, qu’il n’y a rien à attendre ici que quelques bonheurs au rabais.

(…)

 

 

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