Des alternatives à la méthode Chocapic

 

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- Tu l’as écrit !

- Je vais te répéter ce que j’ai dit à quelqu’un récemment. Je ne suis pas ce que j’écris, c’est un moi sublimé qui n’existe pas vraiment.

- Je ne suis pas convaincu. Et si c’était plutôt dans la réalité que tu n’existes pas vraiment ?

Je fais l’effort de venir parler à ce vieux brigand et lui, il faut encore qu’il me contredise. Cependant, sa question est intéressante. Sur une feuille de papier ou protégé par l’écran d’un ordinateur, ne suis-je pas plus libre d’être moi-même que n‘importe où ailleurs? Est-ce que ce n’a pas été une obsession parfois ? Supprimer tout ce qui calcul, volonté de plaire, consensus, formules journalistiques et pensées prémâchées. Dans la réalité, je ne peux pas interrompre la conversation, corriger la copie pour ne garder que l’essence de moi-même.

Dans la réalité, je ne suis toujours pas complètement délivré de mes conditionnements et de mes blocages, de cette blessure narcissique qui me pousse à ne pas savoir déplaire.

Je me déteste*

La réalité tient en trois mots.

Ou en quatre :

Je me sens coupable.

Où que j’aille, je traine ça avec moi. Quoique je fasse je me sens coupable de quelque chose.

Prends quatre personnes qui marchent dans la rue. Examine-les. Elles se ressemblent, elles avancent à peu près à la même vitesse, elles ont l’air de vivre la même chose. Mais qu’est ce que tu en sais ? Peut-être que l’une d’elle vacille à l’intérieur ? Peut-être que l’une d’elle se sent si mal qu’elle n’est même plus capable de relever les yeux ?

On vit tous la même chose ?

Pardon mais je ne suis pas d’accord. Il y a les faits et la manière de les recevoir. Le prisme, c’est ça l’important. A une extrémité il y a les gens qui ne ressentent presque rien, brutes ou dead inside, à l’autre bout il y a les hypersensibles et dans le spectre des millions de petites nuances qui font que la même expérience ne sera jamais vécue à l’identique par deux personnes différentes, soient-elles jumelles.

Moi, je dis qu’elle a abusé de moi. Moi, je dis qu’elle m’a plongé dans la nuit. Moi, j’étais là.

Alors, que tu le crois ou non, vois-tu, j’essaie de m’en sortir et je ne le fais pas en dilettante, j’y mets tout ce que j’ai, je m’y donne chaque seconde. Je me fous de tes histoires d’assise financière, de ta vision des choses qui voudrait que la seule manière de s’en sortir soit de trouver un travail rémunérateur. A travers mon prisme, recevoir chaque mois (deux) mille cinq cent euros, acheter des Chocapic à la place de la marque Lidl price, posséder un écran plat HD et un plan épargne retraite, tout ça n’a rien à voir avec s’en sortir. Ne te méprends pas, j’en veux des Chocapic mais je veux être capable de les apprécier, tu comprends ?

Non ?

Je vais essayer de t’expliquer.

Il y a deux ans, je travaillais, j’étais inséré, je voyais du monde, j’avais des tickets restaurant et une mutuelle de rêve mais je crevais à petit feu. J’étais dépressif, drogué et suicidaire. Je n’appréciais rien. Si je n’avais pas laissé tomber la méthode Chocapic pour m’occuper de moi, je ne serai peut-être pas en train de te parler aujourd’hui. Comprends-tu que je n’étais pas en train de m’en sortir mais de finir de me perdre ?

Pour certains, en arrêtant de travailler c’est un peu comme si j’étais entré au Club Med pour un très long séjour.

Il m’a fallu un an pour arrêter les médicaments complètement. Dans mon sevrage, il y a des larmes, de la sueur, des tremblements, des envies de suicide, des insomnies, et une solitude acide. Un an dans le manque c’est assez long, tu sais.

Et puis cesse de me dire que je me pose trop de questions. Je pourrais être d’accord avec toi – dans l’absolu oui, je me pose trop de questions – mais je n’ai pas le choix. Elles s’imposent à moi. Elles sont moi. J’ajouterais que mon introspection, c’est peut-être ce qui me permettra de m’en sortir vraiment.

Alors, ce n’est pas télégénique… Je veux dire que tu ne me verras pas dans un reportage sur M6 en train de me poser des questions sur un fond musical de Go-tan Project – mine interrogative, doigt dans la bouche, zoom arrière – entre une famille sauvée de l’éclatement par une nounou d’opérette et une ancienne anorexique qui nage dans le bonheur grâce à un relooking. Ca n’a rien de flamboyant, ça ne se voit peut-être pas mais il est possible que je sois déjà en train de m’en sortir et je pense que j’ai bien plus besoin d’une assise sentimentale que d’une assise financière, une sécurité affective qui m’aidera à m’aimer et me donnera envie d’avoir le reste.

J’avais bien envie de dire tout ça à Chinma mais je venais pour esquisser un geste de paix, une trêve des confiseurs. Il était plus facile de changer de sujet, chercher un consensus et l’interroger sur sa passion pour le boursicotage.

Je posais des questions, je m’intéressais, je comptais ses sourires, j’étais l’élève parfait et je savais que ça lui plaisait. Après tout ça ne faisait de mal à personne, on ne peut pas trahir vraiment quelqu’un si ce quelqu’un n’existe pas vraiment, dans le réel.

 

*Après avoir écrit ceci, je passe l’après midi dehors, je m’étudie et je constate que ça s’améliore.

 


2 commentaires

  1. Gary dit :

    Est-ce qu’on est vraiment détaché du désir de plaire lorsque l’on écrit sur un blog, c’est à dire pour d’autres que soit (c’est toute la différence avec un journal intime) ?

    Est-ce que ce n’est pas juste une autre espace de sociabilité, avec ses règles propres, mais où la séduction est toute aussi présente ?

    En résumé, est-il possible d’être tout à fait détaché de l’opinion de ses lecteurs, imaginée ou exprimée via les commentaires ?

  2. Lovedreamer dit :

    Gary : tu prèches un convaincu, si ce n’est que je ne réserverais pas ça à l’écriture sur un blog mais à toute forme de création qui s’expose (ecriture, musique, peinture, scuplture, je te passe la liste des arts)
    Le seul endroit où on écrit vraiment pour soi c’est ce journal intime qui resterait intime.
    Mais par exemple quelques billets en arrière, j’ai publié des lignes de mon journal, qui n’étaient absolument pas écrites (à la base) avec la volonté de les exposer. Quid ?
    Quant à cet espace de sociabilité, je ne suis pas sur. Je me dis qu’on peut envisager le blog uniquement comme un moyen de se publier, sans chercher à établir la discussion avec le lecteur ou la blogosphère. (m’enfin dans l’ensemble tu as raison)
    C’est d’abord comme ça que je l’envisage et j’ai eu plusieurs fois envie de supprimer la fonction commentaire (pour être libre, sans influence, …).
    Cependant, cette volonté de n’écrire que moi-même c’est la vérité, ça a été ma démarche et ce n’est pas vraiment contradictoire puisqu’il s’agit du moi qui est en rapport avec les autres, pas celui qui est seul avec lui-même et que ça pouvait être la même chose avec mes relations dans le réel.

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