Danse avec les louves

 

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« Mémé a eu de tes nouvelles hier. Moi, on ne peut pas dire que tu te ruines pour m’appeler »

Encore une critique de ma mère dans un sms. La première chose que j’ai envie de lui répondre c’est qu’avec un budget téléphonique mensuel équivalent au produit intérieur brut annuel du Burkina Faso, mes communications sont illimitées sur mon téléphone fixe comme sur mon cellulaire et il en est de même pour les textos. Lui téléphoner ne me couterait pas un centime, on peut donc dire que je me ruine mais que je ne l’appelle pas pour autant.

Qu’est-ce qu’elle s’imagine ?

Je n’ai absolument rien à lui dire. Quand je la vois, je me torture l’esprit pour trouver un sujet de conversation et pour adapter mon lexique. Je lui envoie un message laconique une ou deux fois par mois et c’est déjà énorme. Nous sommes deux étrangers, je dirais que nous n’évoluons simplement pas sur la même planète.

Elohim était surpris qu’elle ne soit pas plus présente dans les débuts de l’histoire autobiographique que j’écris mais c’est finalement un juste reflet de la réalité.

Ce n’est pas que ce soit quelqu’un de mauvais mais je n’ai jamais pu compter sur elle. C’est une petite fille irresponsable, je me sens plus mur qu’elle !

De plus elle a passé sa vie à critiquer la mienne et à me dénigrer. Quand ce n’était pas ma coupe de cheveux, c’était mes vêtements, quand ce n’était pas mon orientation sexuelle c’était ma supposé paresse.

« Tu es un incapable »

« Tu n’y arriveras pas »

« Tu es un fainéant »

« Tu n’es vraiment pas élégant »

Ca résonne encore dans ma tête aujourd’hui, ça me conditionne à l’échec. Pour elle, je n’ai jamais rien fait de bien. Je crois que je ne l’ai jamais entendu me faire un compliment sincère.

J’ai souvent été très négatif au sujet de ma grand-mère sur cette page mais je ne peux pas lui reprocher un manque de soutien. Quoique je fasse, Elle m’aime. Si j’assassinais une famille au complet après l’avoir odieusement torturé, Elle serait capable de se rendre au tribunal en fauteuil roulant pour vanter mes mérites à la Barre, dans des éclats larmoyants mais absolument sincères.

Ma grand-mère m’aime peut-être mal mais elle m’aime de manière inconditionnelle et au fond, malgré les griefs, je l’aime de la même façon.

Est-ce que j’aime ma mère ? Je ne sais pas. J’ai parfois de la compassion pour elle et j’ai l’impression que ça s’arrête là.

Ma vraie mère c’est ma grand-mère.

Alors, j’ai laissé passer une journée avant de lui répondre, afin de lui signifier que je ne suis pas à sa disposition puis je lui ai envoyé ceci :

« Si je ne suis pas le fils idéal, dis-toi que tu n’es pas non plus la mère parfaite. Je ne vais pas t’écrire un roman tous les deux jours, on n’a jamais été proche à ce point. Tu peux bien être jalouse de ta mère mais tu devrais assumer ta part de responsabilité dans cette situation. Ne sois pas surprise du contenu de ce message, tu as déclenché les hostilités dans le tien»

D’aucun penserait que je ne lui ai pas envoyé dire (pas besoin de Shack attack) mais je ne veux plus laisser personne dénigrer ce que je suis ou essayer de me mettre plus bas que terre.

Peut-être ai-je envie de la faire souffrir ? Peut-être n’ai-je pas réglé quelque chose ? Quand je pense à elle ces derniers temps, je suis pris d’une colère sourde.

J’ai grandi au milieu d’une meute de folles furieuses qui ont tué dans l’œuf toutes les chances que j’avais de faire de ma vie quelque chose de bien. Disons, de la première partie. Ma grand-mère me tirait d’un côté, ma mère d’un autre et Regan, cette *§£^$:!!, d’un autre encore. Je veux bien assumer mes responsabilités mais que chacun fasse de même.

 


7 commentaires

  1. Susan Malheur dit :

    Tu devrais pourtant la remercier. C’est la seule femme qui a touché tes oreilles avec son utérus :) Elle restera toujours unique, au moins pour ça !
    mdr

  2. Lovedreamer dit :

    :) Tu es toujours un peu odieuse Susie darline mais j’apprécie que tu ne me sortes pas un vrai couplet moralisateur

  3. Farfalino dit :

    très drôle Susan Malheur …

    Je pense que les adultes ne s’imaginent pas les dégâts qu’ils font dans la construction des enfants en les dénigrant en permanence. Cela donne du travail aux psy et parfois aux croquemorts.

    C’est parfois dur mais c’est ainsi, on n’aime pas ses parents qui ne nous aiment pas non plus en retour.

  4. ZaZa dit :

    Qui sommes-nous pour juger ceci Jo?… absolument personne.
    Ce qui est évident c’est que peu importe les obstacles tenaces ou les absences de ta vie, tu arrives à en extraire de la force, du tempérament et de l’audace.. et ça ce n’est ni ta mère ni ta grand-mère qui te l’ont apprit.
    Ce que je remarque avec affection, c’est que dans le doute parfois, le soutien arrive d’où on ne l’attendait pas..
    Ce qui t’as détruit hier t’aides à construire aujourd’hui pour tenir jusqu’au lendemain..

    c’est avec joie que je retrouve un texte dans la plus pure tradition de Pollution Nocturne.. un fond sonore de grillons en plus :)

    ne manque zazement pas d’air..
    zazement comme chez elle..
    :)

  5. Lovedreamer dit :

    Zaza : il y aurait une sorte de « dicton » qui dit qu’on trouve toujours un étranger pour nous venir en aide. Oui voilà, des grillons !! :) Merci Zaz !

    Farfalino: j’aime beaucoup la dernière phrase de ton commentaire ! Sourire.

  6. Farfalino dit :

    il manque le mot « toujours ». heureusement qu’il y a des parents et des enfants qui s’aiment !

  7. Lovedreamer dit :

    Je trouve ça drôle comme ça :)

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