Distribution incomplète

 

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Il y a tout juste un an, j’abandonnais mes velléités de retour à Toulouse et je me résignais à m’installer dans la ville mouroir. Le soir de mon emménagement, je rencontrais Yvan et nous nous sentions instantanément proches l’un de l’autre, même si, déjà, quelque chose d’indéfinissable me posait problème chez lui. Il n’aura fait qu’une brève apparition, quelques mois, dans la distribution de ma vie sans cesse en mouvement.

Je pensais devoir me débarrasser des personnages familiaux pourtant présents depuis les premières heures, encouragé par Léonard qui m’invitait à commettre des meurtres symboliques sanglants, « tant qu’il est temps ». Je ne savais pas que ce serait à lui que je dirais au revoir au milieu de l’été puis à Esteban et à Nathan, à tous ceux qui semblaient me maintenir dans un passé dépassé, chaines inacceptables.

Quelques semaines plus tard, ce fut un passage éclair sur les bancs de la fac de droit où je croisais quelques étoiles qui filaient si vite qu’elles peinèrent à marquer mon souvenir suffisamment pour y laisser leurs patronymes.

Ce soir, assis encore une fois sur un banc des bords de Vienne, une nature magnifique à quelques mètres de chez moi, je fais le bilan de l’année écoulée sans presque aucune tristesse. Il y a ceux qui sont partis, ceux qui ne faisaient que passer, quelques uns qui restent et d’autres qui arrivent :

Sam le marginal, Daniel le sans pareil, Cyril le who’s who parlant de la Maison gay et peut être lui, lui à qui je n’ai encore donné ni nom de scène ni attribution concrète. Que veut-il ? Veut-il vraiment quelque chose ? Lui qui dit qu’il s’attache alors qu’on se connait depuis dix minutes. Lui qui me répond de vivre quand j’affirme que je vais le faire souffrir. Du vent surement que tout cela mais… qui sait ?

Et ce Monsieur « Plan basket cherche relation fusionnelle », que va-t-on bien pouvoir en faire quand il va revenir de sa province ?

Quant à Chinma, est-il vraiment mort en tombant de la falaise ou m’attend-t-il derrière un bosquet, une hache à la main ?

Et tous ces corps que j’ai serré sans jamais rencontrer ceux à qui ils appartenaient, que sont-ils devenus ? Ont-ils vraiment existé ?

Et vous ?!! Etes-vous toujours ici ? Qu’en sera-t-il dans six mois ? Un an ? Avez-vous des projets pour l’été ?

Et moi, finalement, la charité n’étant plus qu’elle a été, moi le centre de mon univers ? J’ai réussi à être encore là, fidèle à la plume, à commencer à apprendre à vivre avec moi-même, j’ai fait de bons choix et de moins bons mais je suis resté sur ma voie, bien décidé à n’en plus dévier. Que-va-t-il m’arriver dans cette nouvelle saison ? Le rhume des foins qui m’assaille depuis deux longues journées va-t-il me terrasser ? Vais-je réussir à quitter la ville mépris ? A finir mon histoire ? A me mettre à écrire vraiment ? Vais-je apprendre à sourire ? Le rencontrer ? Midinette sera-t-elle enfin comblée ?

Si on m’avait dit, il y a deux ans, qu’un matin d’été je me demanderais le plus sérieusement de l’univers si c’est le bien-être que j’entrevois, je ne sais pas si je l’aurais cru. J’en étais tellement, tellement loin, agonisant dans une vie à la dérive, maudissant Dieu, le point levé sur un lit sale, un soir de dégout absolu. J’aurais probablement pensé que je serais mort bien avant de voir ce jour… Alors je vous le dis : tout est possible.

Même pas besoin d’y croire.

Il suffit d’être là.

 

C’était Pollution nocturne, saison 2 : Les fulgurances solaires

(oui, voilà, c’était ça)

 


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