Interlude blond (The Smooth Criminal)

J’ai relevé la tête et mes yeux sont tombés sur les siens. Nulle trace de rage guerrière ou d’anxieuse fébrilité, j’y ai trouvé une douceur apaisante. Elle a soutenu mon regard et elle a souri, comme ça, franchement, à la fois bienveillante et malicieuse. J’ai perdu le contrôle de mes lèvres, elles lui ont rendu son sourire et ont formé un salut silencieux.

Elle marchait vite elle aussi, je n’ai pas eu le temps de m’attarder sur ses boucles blondes et ses minuscules taches de rousseur mais si elle s’était arrêtée pour m’embrasser, je l’aurais laissée faire. Je crois même que j’en avais envie.

Après avoir surfé entre les passants, je me suis retourné plusieurs fois pour la regarder encore mais la belle criminelle était déjà loin et je ne la reverrai surement jamais. Elle m’a laissé cette question, angoissante, déstabilisante, si fondamentale qu’elle me donne le sentiment que je me perdrais à m’y aventurer trop :

- Et si depuis le départ j’avais fait le mauvais choix ? Si l’amour que je cherche chez un garçon n’existait pas ?

J’ai tenté de m’apaiser en me disant qu’il n’y avait pas de choix à faire, qu’il fallait seulement se laisser porter par la vie et saisir les instants mais les vagues m’entraînaient et je savais que la question reviendrait, un jour parmi d’autres, sans rencontrer jamais la certitude d’une réponse définitive.

 


7 commentaires

  1. Farfalino dit :

    On ne choisit pas ses élans, il suffit de se laisser emporter.

  2. Querelle dit :

    Rien à voir avec ton billet, dont je comprends la substance, pour l’avoir expérimenter mais je vais te parler de la chanson d’Annie are you ok. Je l’ai tant aimé dans ma jeunesse cette chanson, qui bougeait à fond, me faisait délirer et quand j’ai eu le cd entre les mains pour la première, avec son petit livret insignifiant, quand j’ai découvert les paroles minimalistes, d’un coup un mythe s’est écroulé. Mes rêves d’enfants ont été brisés par Michael Jackson.

  3. Lovedreamer dit :

    Bonsoir Farfalino. En effet mais quand on s’est toujours défini « homosexuel », comme unique certitude, c’est vraiment déstabilisant de s’envisager autrement, ça remet sa vie entière en question.

    Querelle, à mon tour de comprendre ce que tu veux dire, je l’ai vécu moi aussi mais il peut y avoir une troisième phase, celle ou tu redécouvres la chanson et réalise que les paroles ne sont pas le plus important. J’adore ce morceau, la rythmique, le phrasé, la répétition et la sonorité de la phrase « Annie are you ok ».
    Et puis je suis amoureux de cette formule « He Struck You A Crescendo », ça m’arrive parfois de flasher sur des phrases sans savoir pourquoi.
    Je me rappelle du livret et des photos de Michael Jackson distendu, que je trouvais presque angoissantes (il a vraiment l’air d’une folle furieuse !).
    J’aime beaucoup Jackson en fait: Thriller, Bad et Dangerous sont excellents.

  4. Shaggoo dit :

    J’ai connu peu de garçons, en fait. Jean-Christophe était fan absolu de Jackson. Cette chanson là me ramène à ma période lilloise. Ni rose ni bleue. Celle de ma jeunesse. Ce garçon m’a beaucoup fait souffrir, en fin de compte. Il était jeune et beau, très hétéro looké. L’envie d’ailleurs aura été, pour lui, la plus forte. Tant pis. Tant mieux.

    Ce que tu as vu dans le regard de cette fille, tu pourrais fort bien le trouver dans celui d’un garçon. Il faut chercher un peu. Beaucoup, en vérité. Mais as-tu vraiment envie de le trouver ?

  5. Farfalino dit :

    Je dirais qu’on n’est pas toujours complètement hétéro ou complètement homo. Cela peut paraître une évidence mais on sait que l’orientation sexuelle peut être fluctuante en fonction des rencontres, des occasions, du moment, de l’état d’esprit etc. Cela ne remet pas en question ce qu’on ait à mon sens, juste de donner un éclairage supplémentaire sur soi.

    Je dirais que pour ma part, je me définis comme homo, histoire de simplifier ma vie et que dans quelques rares cas, j’aurais pu basculer pour une relation avec une femme. Je pense a posteriori que j’aurais mon malheur et le sien : je n’aurais pas été à ma place.

  6. ouam-chotte dit :

    J’ai connu de fortes fièvres à cause de deux ou trois filles, dans ma vie. Je n’en étais pas si loin, samedi dernier. Je faisais une lecture pour une sorte de festival et, en faits, le client ne se bousculait pas. Je me suis permis d’aller voir un spectacle / performance, dans un immeuble, plusieurs appartements avaient été entièrement transformés dans le but de raconter, de différentes manières, l’histoire du petit chaperon rouge. Deux jeunes femmes, dans le premier appartement. L’une d’elle, originaire de Slovaquie. Un fauve. Une bombe. Je me suis imaginé dans ses bras et je n’ai pas du tout trouvé cela délirant.

    Bon et puis je suis pédé tout de même.

  7. Lovedreamer dit :

    Shaggoo : je crois que j’essaie :)

    Farfalino : je n’avais pas pensé les choses comme ça mais c’est vrai que moi aussi, je ferais surement le malheur de cette hypothétique compagne

    Ouam : ta dernière phrase ressemble à un coming-out :)

    Je ne pensais pas que ces idées traversaient la tête d’autres « garçons sensibles » ;) aussi fréquemment.
    Merci de vos commentaires !

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