La confession de l’Oiseau fanfaron

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(Première partie : ici , deuxième partie : là)

Ca ne le fait pas rire, à peine sourit-il d’un pincement de lèvres. J’aurais pourtant juré que c’était du grand Joaquim. J’ai esquivé la réponse mais il va bien falloir en fournir une. J’ai peur qu’en acceptant je me vois amené à faire des choses qui ne m’inspirent guère. D’un autre côté, une balade à la campagne avec un gentilhomme étranger, cet arbre des possibles, ce frisson de l’inconnu, j’ai bien envie d’accepter. En attendant, je lui donne ma vision de la Suède et de ses habitants supposés si ouverts. Il acquiesce en me dévorant des yeux puis revient à la charge :

-   L’idée de te retrouver dans la voiture d’un étranger te fait peur ?

-   Non, j’en ai vu d’autre !

Je n’ai pas pu m’empêcher de fanfaronner, parfois ça me dépasse, même si, c’est vrai que j’en aurais à lui conter, de ces développements bizarres qui vous amènent, à la marge de la nuit, à croiser l’Absolu au détour d’une rue noire.

-    Il s’agit de manger une salade en discutant, rien de plus. Je te ramènerai quand tu le voudras.

Il n’y a qu’à regarder au fond de ses pupilles pour lire le désir mais sa sentence semble honnête.

-    Ok, vendu.

Comme nous commençons à marcher jusqu’à la sortie, je me dis que ma mère tomberait à la renverse si elle assistait à une seule de mes journées, que je suis loin de ces existences sur ligne droite où rien ne se passe jamais. La douleur m’a accompagné bien souvent mais chaque jour, j’aime un peu plus ma vie, si riche et colorée. Je songe à le dire à Andrew mais la langue est une réelle barrière. Je n’arrive à échanger avec lui que des idées simples et c’est assez frustrant. Je lui demande pourquoi il a choisi cette région comme lieu de villégiature et il rebondit sur mes pensées sans le savoir :

-   La vie est parfois bizarre.

-   Mais encore ?

-   J’aime la France et j’aime cette campagne.

-    Et tu travailles ici ?

-    Non, je suis à la retraite

Devant ma mine médusée, il enchaîne de lui-même.

-    J’ai cinquante et un ans. C’est tôt pour la retraite, j’ai beaucoup de chance. La preuve, je t’ai rencontré.

Je simule un rire mais c’est mon tour de ne pas le trouver drôle. Ca manque de subtilité et son intérêt pour moi est assez effrayant. Je préfère continuer sur ma lancée même si j’ai peur qu’il me juge indiscret. Les gens n’aiment pas toujours parler de leur vie, ils se protègent d’un agresseur invisible, comme si une main vengeresse allait s’abattre sur ceux qui osent se raconter ou si chaque interlocuteur était un pervers potentiel susceptible d’utiliser ces anecdotes pour leur faire du tort. Pourtant, il n’y a généralement dans leur histoire aucun secret d’Etat et la raison de cette omerta est simple : ils sont si accrochés à leur passé qu’ils vivent encore dedans, en parler les terrifie, ce serait accepter qu’il n’existe plus et qu’ils sont impuissants à changer cette donnée.

-   Et qu’est-ce que tu faisais ?

-   J’étais président d’une entreprise …

Je réfléchis un instant, cette histoire est bel et bien la rencontre de deux étrangers.

-    Tu sais Andrew, toi et moi sommes vraiment très différents.

-    Ah ?

-    Tu sembles si carré, ta vie si rangée. Moi, je suis quelqu’un de libre.

-     Je vois, je sais. Tu es comme un oiseau.

-    Voilà. Je SUIS un oiseau… Quand j’étais enfant …

J’interromps ma confession, perturbé par la vision d’un promeneur qui arrive en sens inverse en me dévisageant.

(A suivre…)

 

Dans le prochain épisode, je n’abandonne pas l’étranger devant la grille du jardinet pour rejoindre dans le ciel un groupe d’hirondelles et je ne tombe pas nez à nez avec Mariah Carey derrière un bosquet.

 


4 commentaires

  1. Améthyste dit :

    Je sais pas si tu es un oiseau mais ce que tu écris vole au dessus du lot!

  2. lunarpark dit :

    « My name is baby carni bird, I’m the only one in the world, I know…I can fly up in the air, and you can shoot me when you like, I’m yours… »
    Je surveille toujours. Et ça me plaît toujours autant.
    Rock on. Rock on…

  3. ouam-chotte dit :

    « Je réfléchis un instant, cette histoire est bel et bien la rencontre de deux étrangers. »

    Quand tu écris ça, je sens que nous sommes proches… ;)

  4. Lovedreamer dit :

    Améthyste : Je n’en suis pas convaincu mais c’est un très beau compliment, merci !

    L’enfant lunaire : Merci. Je te croyais disparu, bon retour dans la blogosphère.

    Ouam : toi aussi tu es fasciné par la manière capricieuse dont les expressions françaises s’accordent ou en l’occurrence ne s’accordent pas ? :)
    Sérieusement, je vois ce que tu veux dire et ça me fait plaisir.

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