Interlude brun (The Poor Lonesome Cowboy)

 

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Tu m’es très sympathique mais tu m’ennuies profondément.

Je sais pourtant que tu es un gentil garçon malheureux. Je sens ta solitude, à quel point elle est différente de la mienne. Je suis seul parmi les gens, toi tu es seul avec toi-même.

Je voudrais devenir ton ami pour que tu puisses en avoir un, te prendre dans mes bras et te dire que je te comprends, que ça va s’arranger, qu’il faut être fort, que tu trouveras ce que tu espérais…

Ou alors … si je laissais parler le manque de nicotine :

Je me lèverais de ma chaise.

Je te donnerais deux énormes gifles qui retentiraient en envoyant valser tes lunettes.

Je te tendrais un miroir puis une bassine et t’ordonnerais de vomir ton Zoloft*.

Tu ne te rends donc pas compte que cette chimie te rend insipide ?

Tu ne vois pas qu’on t’endort ?!

C’est imperceptible pour la plupart mais moi, je sais que tu es éteint, qu’ils ont fait de toi un esclave.

Emancipe-toi, n’engraisse plus ces fabricants de fantômes. Non seulement, tu es toujours déprimé mais en plus tu es creux et dépendant.

Vous êtes si nombreux engoncés dans leurs camisoles, c’est un nouveau génocide.

Assassine symboliquement ta thérapeute, congédie ce parasite. Elle se glorifie d’avoir une importance vitale, c’est une petite crotte qui n’a jamais aidé qu’elle-même, qui a seulement trouvé son créneau dans le crime organisé.

Tu me dis, honteux, que tu es venu habiter dans cette ville par ce que tu aimes la porcelaine, qu’ainsi tu peux aller parfois dans une usine pour assister à sa fabrication. Ne rougis pas, c’est la meilleure raison de pourrir ici qu’il m’ait été donné d’entendre, c’est cet aveu qui te distingue du magma d’inintérêt.

Vas-tu continuer longtemps à faire ce travail que tu détestes ? Parce qu’il présente bien. Parce qu’il plait à tes parents. Parce qu’il t’offre une prétendue sécurité. Alors que toi, tu as toujours voulu être ouvrier dans une fabrique de porcelaine ?!

Combien de temps vas-tu les laisser te faire croire qu’il existe des manières plus légitimes que d’autres ou plus nobles de mener sa barque, combien de temps encore vas-tu porter des œillères siglées, des bouchons de cire dans les oreilles et des coquilles autour du cerveau et du cœur ?

Libère-toi ! Tu marches dans les pantoufles d’un autre, tu disparais peu à peu.

Ca me rend si triste de te voir dans cet état, tu ne mérites pas ça et ça m’est cruel de ne pas pouvoir t’aider.

Tu ne comprendrais pas, tu ne m’écouterais pas, tu me prendrais pour un fou.

Tu me donnes envie de pleurer.

Les charognes ont déjà gagné.

Tu leur appartiens désormais.

Tu ne vivras jamais ta propre vie.

Tu es mort.

Va-t-en.

VA-T-EN !!!

 

 *Antidépresseur, au nom barbare pour lui donner l’air efficace

 

 

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4 commentaires

  1. kitty78 dit :

    Bien des vérité importantes dans ces quelques lignes!
    J’aime beaucoup la sobriété avec laquelle tu distingues les deux solitudes.

  2. Farfalino dit :

    « puisque ma vie n’est qu’un long sursis … » (Mylène Farmer)

    pas facile de s’ébrouer et se libérer d’une vie terne et ennuyeuse qui vous a coupé les ailes …

  3. Lovedreamer dit :

    Je suis bien d’accord avec toi… mais il faut essayer, au moins.

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