Archive pour août, 2008

213 mots

 

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Il faut marcher et marcher encore, rejoindre les lumières tant qu’elles brillent. Il regarde sa montre en haletant. Les aiguilles ont disparu. Quelle heure peut-il bien être ? Depuis combien de saisons court-il dans le noir ? Ses jambes chancellent, sa gorge sèche est une douleur mais il ne doit pas s’arrêter. Même si le temps n’existe plus, il n’en a pas suffisamment pour chercher une fontaine dans la ville morte. Il les entend derrière lui, elles sont encore loin mais ne tarderont pas à le rattraper s’il s’autorise une escale. Au milieu du trottoir, juché sur le flanc d’une poubelle renversée, un rat l’observe en frottant ses pattes avant l’une contre l’autre. Est-ce qu’il rit ?  Il chasse cette idée en accélérant le pas. « Seigneur donne-moi un peu de force, ne les laisse pas gagner, pas encore, pas toujours » mais personne ne répond. Il plaque ses mains sur ses oreilles froides et fredonne une vieille mélodie pour faire taire les sirènes de la nuit.  Si les lumières brillent au devant c’est qu’il y a des gens, peut-être des semblables, qui vivent là-bas.  Il doit les trouver, coute que coute. Il ne faut plus réfléchir, il faut seulement courir.

La guerre du lave-vaisselle

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« Tous les jours le même scénario.

Lever à 18h30, la diva est derrière son écran, je lance un « bonsoir » auquel invariablement il répond par un « salut ». Je cherche un bol pour faire chauffer de l’eau pour mon thé. Il n’y en a plus et le lave-vaisselle est plein. Tout est propre car il l’a déjà fait tourner.

Comme hier.

Hier je l’ai vidé. Ma petite guerre, mesquine, minable, c’est de ne pas le faire aujourd’hui, ne pas être complètement son esclave. Cette machine pleine est devenue le symbole d’un combat.

Je sors un bol, une cuillère, un sachet de thé. Quand l’eau est chaude je réunis les trois et repars vers ma chambre.

Comme chaque jour j’allume mon ordinateur. Direction Hotmail. Rien d’interessant, aucun courrier perso. Je fais mes deux loteries quotidiennes et je me demande sur quel site aller traîner ma solitude.

J’allume ma deuxième cigarette et je repense à ce mec que j’ai rencontré hier sur un site de « drague » . Il a internet depuis peu, « je ne sais pas encore bien m’en servir » dit-il. Je lui réponds « Ca viendra rapidement » et un, devenu rituel, « internet est un média dangereux ». Je ne développe pas. Il dit « tout est dangereux quand on ne sait pas s’en servir ». Je réponds « peut être ». Je ne veux pas lui dire que je passe beaucoup de temps sur le web. Je réflechis et réalise l’ampleur des dégâts. Je ne passe pas « beaucoup de temps » sur le net, je ne fais plus que ça. Je suis devant l’écran du réveil au coucher. La connexion continue de tourner quand je dors pour télécharger divers films ou séries. Il est 5h du mat et j’essaie de quantifier : je suis sur mon clavier depuis quoi ? 12, 13 h d’affilée. A part des courses rapides je n’ai rien fait d’autre. J’ai probablement un teint affreux et des cernes sous les yeux mais je m’en moque. Ici je contrôle. Ici je suis le dieu d’un petit univers merdique. Ici personne n’a le pouvoir de me faire du mal. Je suis en train de devenir un légume ou peut être un logiciel… La photo que j’affiche sur MSN date de 2002, semblant montrer que tout s’est figé. Ai-je encore une identité dans le monde réel ? Je me demande si quand il dit « savoir s’en servir » cela signifie aussi savoir gérer le temps qu’on passe dessus. Je me dis que peut être je le recroiserai dans quelques années ou quelques mois et que lui aussi sera devenu un « meuble » de la toile qui connait si bien les codes de ce monde virtuel qu’il en oublie presque de sortir, de décrocher. A la fin de la soirée j’ai ouvert un autre compte mail. Je n’avais jamais compris pourquoi on nous demande souvent de recopier une série de lettres et de chiffres pour valider une inscription et sur ce site la réponse était là : « pour vérifier que ce n’est pas un robot « . En suis-je cependant si loin ?

Cette réflexion est devenue celle d’une page internet, la boucle semble bouclée.

Pourtant le monde virtuel a changé lui aussi. En 2000 on critiquait le quasi monopole de Microsoft, on disait « regarde sur un moteur de recherche » et la pub « va chercher Lycos » pouvait nous faire sourire. En 2007 on dit « regarde sur google », personne ne sait si Lycos existe encore, on cherche des blogs sur Google blogs, des photos sur Google image, des cartes sur Google maps, je ne sais quoi sur Google earth, on regarde des vidéos sur Youtube racheté par Google, et beaucoup ont une adresse électronique Gmail… Suis-je le seul à être effrayé ? Si vous l’êtes aussi soyez « subversifs »: passez de temps en temps par Yahoo, Altavista ou n’importe quel autre moteur de recherche et regardez les vidéos sur le français (comme son nom l’indique) Dailymotion.

Dans l’autre monde la diva est sortie. J’ai tout géré façon sprint: je suis allé chercher mon linge sec sur la terrasse, j’ai mis une machine à laver en route, préparé un autre thé, monté le chauffage, pris une douche et finalement… j’ai vidé le lave-vaisselle. »

 

En Janvier 2007, je postais ce texte sur cette page désertique. Quelques temps plus tard, je disais à Louis qu’un jour je ne saurais même plus qui était la Diva (mon ancien colocataire, le porc à cause de qui j’ai du quitter Toulouse), que ce serait un personnage si lointain qu’il ne signifierait plus rien pour moi, que tous mes problèmes de l’époque se seraient envolés et que cette idée me donnait la force de continuer.

Je remets ce texte sur le devant parce que c’est une manière on ne peut plus simple de poster un billet mais aussi parce que ce fut un petit choc de tomber dessus aujourd’hui, parce que je ne pense plus jamais à la Diva et aux soucis qu’il m’occasionnait. Ainsi, je mesure le chemin parcouru, la si longue route qui m’a mené jusqu’ici et me conduira bien plus loin encore.

Un jour, les problèmes que je rencontre en ce moment n’existeront plus.

Il en est de même pour les vôtres, c’est une certitude.

Enfin, je suis persuadé que la voie de la libération commence là, devant un lave-vaisselle plein dont on refuse de s’occuper, qu’il n’y a pas de petits combats, qu’ils ont tous une importance vitale dans la guerre qui mène à devenir enfin soi-même.

Je n’aurais jamais du vider ce putain de lave-vaisselle !

Midinette, es-tu là ?

 

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Cher  journal,

Je suis en train de tomber amoureux de la sublime Keny Arkana. Je la connaissais déjà grâce à « Victoria » et «  La mère des enfants perdus » mais après avoir téléchargé quelques morceaux supplémentaires je me rends compte que c’est non seulement une véritable artiste mais aussi une contestataire qui portent des messages intelligents et intelligibles. Qu’elle connaisse un succès certain la rend encore plus exceptionnelle au milieu de ces rappeurs Skyrock qui n’ont absolument rien à dire et le démontrent à longueur d’albums insignifiants trop souvent disques d’or.

C’est en l’écoutant ce matin que j’ai pris conscience que je me libére chaque jour un peu plus de Babylone. Je marche sur ses trottoirs et c’est encore là que je vis mais je ne lui appartiens plus. Je n’ouvre plus ses journaux, je ne regarde plus sa télé, je refuse d’être endormi encore par son ronron aliénant. Malgré tout, le vent a amené jusqu’à moi quelques relents des sujets qui bercent la ruche. A Babylone, on vit à l’heure de Pékin, on parle Chine et Tibet en agitant son éventail et moi, ça ne me concerne pas, je suis diablement vivant à présent.

Après dix jours sous nicotine, j’arrête à nouveau la cigarette. J’en fais un ennemi, je dois à tout prix réussir à me débarrasser de cette cage, je veux être complètement libre. Je recommence à ne plus dormir, à manger autant qu’une baleine en période de gestation et à être extrêmement irritable mais en contrepartie je suis dans une forme éblouissante. C’est comme si fumer absorbait toute mon énergie et me poussait à déprimer. Je m’acharne donc à résister à l’odieuse envie qui tenaille chacune de mes minutes.

Mes allocations de chômage arrivent à leur terme dans six jours et j’ai déposé hier un dossier de RMI. J’ai peur de ne pas savoir m’en sortir avec quatre cents euros par mois, il faut que je procède à des coupures budgétaires. Dans ce but, j’avais trouvé un appartement au loyer moins élevé. Après avoir bataillé avec le propriétaire qui ne voulait pas louer à un chômeur j’avais même réussi à repartir avec les clefs mais j’ai finalement décidé de ne pas le prendre. C’était un studio beaucoup trop sombre, il me faisait penser à la grotte d’un ermite et je savais que je ne tarderais pas à sombrer dans la dépression si je ne voyais plus la lumière du jour. De plus je le vivais comme un véritable échec car c’est à Paris que je veux habiter. Hormis sa clarté, ce que j’aime dans mon studio de ce Foyer de Jeunes Travailleurs c’est que c’est une solution temporaire et estampillée comme telle. Je ne veux rien construire ici, je ne me résignerai pas mais je ne sais toujours pas comment faire pour partir. C’est désespérant.

J’envisage de plus en plus de chercher un travail rémunérateur mais là encore ça m’angoisse. J’ai peur de me laisser emprisonner par Babylone, de me perdre à nouveau et de ne plus avoir le temps d’écrire. Je voudrais ne faire que ça.

Je dois finir le texte « un Dimanche au zoo » et surtout, je dois terminer mon manuscrit. Il faut que je trouve la force de m’y atteler et c’est très difficile. Quand je m’imagine devant mon ordi et une nouvelle page blanche, je suis pris de vertige. J’ai peur. Peur de la montagne à gravir, peur de ne pas y parvenir, peur de me replonger dans les douleurs et les offenses passées, peur de me rendre compte de mon absence de talent.

J’envisage de procéder de la même manière qu’il y a trois mois, me couper complètement du monde et ne plus faire qu’écrire. C’était une expérience d’une intensité incroyable, à la fois psychanalytique, guerrière et mystique. Je me suis senti sur le point de perdre pieds à plusieurs reprises, c’était si effrayant. La vérité, cher journal, c’est que je me sens aujourd’hui à nouveau l’âme d’un guerrier mais d’un guerrier terrorisé.

Je me prends à rêver encore que quelqu’un m’enferme dans une pièce plusieurs heures par jour pour me forcer à noircir des feuilles.

Il faudrait que je trouve le temps de te parler de ces trois derniers mois, de Daniel le sans pareil, de mon immersion dans l’ésotérisme et le sexe à outrance, de toutes ces rencontres qui n’ont fait qu’accentuer ma solitude et m’emplir de désir pour elle, que je te parle de magnétisme et de Reiki mais pour l’heure, j’ai faim.

Je suis un oiseau dont il ne reste qu’une plume et j’ai toute la vie devant moi pour y mettre des mots de toutes les couleurs, pour décrire chaque expérience, embrasser mon Destin et peut-être enfin devenir celui que je devais être.

 

A bientôt,

 

Joaquim

 

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PS : Cher journal, j’ai fini par craquer et je t’écris bien au chaud dans un rond de fumée.

En partant de chez moi, je savais que ça allait se produire. Je n’ai dormi que quelques heures cette nuit – peut-on appeler ça dormir ? – et j’ai les traits tirés comme une japonaise neurasthénique. Je pensais demander une cigarette à un passant mais l’univers était décidé à m’empêcher de sombrer et dans les rues de la ville épave personne ne fumait. Au milieu d’un passage clouté devant la bibliothèque, j’ai fini par trouver une boutonneuse avec un mégot au coin des lèvres. Elle a prétexté ne plus en avoir, comment lui en vouloir ? Je l’ai mal vécu, je suppose que je somatisais, je ne pense plus qu’à ça depuis deux jours. J’ai rendu mes vidéos, je me suis précipité dans le tabac le plus proche et j’ai à peine attendu d’avoir passer la porte pour déchirer la protection d’un si joli paquet de blondes américaines. Que c’est bon ! Oui, je ne pourrais pas dire le contraire. Il y a dix huit ans que je fume chaque jour du réveil au coucher, il m’est même arrivé de penser que c’était ma griffe, ma marque de fabrique. J’en ai fumé trois en moins de vingt minutes, quand la machine est lancée plus rien ne semble pouvoir la stopper. Je dois finir le paquet avant de rejoindre Morphée ce soir afin de reprendre l’abstinence dès demain. J’essaie de ne pas culpabiliser, je suis toujours décidé à me débarrasser de cette prison et ce n’est pas si grave. Ce qui est surprenant c’est que c’était beaucoup plus facile lors de mon premier sevrage improvisé il y a trois mois. Nicotina tient absolument à me rattraper, elle est prête à tout. Je vais aller à une consultation anti-tabagique du CHU dès que possible, j’aimerais beaucoup essayer l’hypnose.

Pour l’heure, je me sens fatigué et assez démotivé. Vraiment ça me fait un effet bizarre et somme toute désagréable mais cette nuit je vais enfin pouvoir dormir. Ou peut-être même avant.

Pourquoi pas tout de suite ?

 

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Teaser

 

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Bientôt dans Pollution nocturne :

( Very soon on Nocturne pollution )

 

¡¡¡ Le grand retour de Midinette !!!

( ¡¡¡ Midinette’s huge come back !!!)

 

 

Petit animal docile en voie de libération

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Pour lire le début du texte, cliquez sur la partie qui vous intéresse : I, II, III, IV, V

 

-  Et le garçon qu’on a croisé tout à l’heure, il est … ?

-  Oui

-  Et tu as … ?

-  Oui

Je l’entends dire quelque chose dans sa barbe, je n’ai pas besoin qu’il parle plus fort pour comprendre que ce sont encore les trois mots magiques qu’il prononce, comme une incantation pour le protéger de mon vice. Je n’ose plus le regarder, en moi s’est insinuée une odieuse culpabilité.

«  C’est sale. C’est mal. Oh mon Dieu ! »

Il a suffit que je me voie dans ses yeux pour que les vieux fantômes viennent danser dans ma tête une nouvelle sarabande. Le silence qui prend racine menace de me happer pour m’envoyer rejoindre le néant, je me sens laid, sale et mauvais. Je regarde l’étranger du coin de l’oeil, il a l’allure de celui qui se remet d’un traumatisme.

-   Andrew, ça va ?

-   Oui …  Rassure-toi, ça va passer.

J’essaie de me concentrer sur le paysage qui défile à travers la vitre afin de penser à autre chose mais, en surbrillance, mon visage m’interpelle. J’ai l’air d’un enfant honteux qui aurait subi un sermon. J’ai l’air petit. J’ai l’air soumis. J’ai l’air mesquin.

J’ai l’air ridicule !!!

Soudain je me rappelle mes récents combats, cette volonté d’être moi-même jusqu’au bout des ongles en faisant fi de ce que peuvent penser tous les Andrew du monde. Cette idée me rassérène. Ce n’est pas moi qui aie un problème, comment ai-je pu l’envisager ? C’est ce cul-béni avec ses idées étriquées et sa culpabilité chérie. Je le regarde à nouveau et je ne vois plus qu’un pauvre hère misérable, engoncé dans des convictions d’une bêtise absolue. Comment ai-je pu le laisser me faire douter de moi, ne serait-ce que l’espace d’un éclair ?!

-    Ecoute Andrew, On n’a pas encore quitté la ville. Tu peux me ramener si tu as changé d’avis.

-    Mais …

-    Ou alors tu me déposes là et je rentrerai en bus.

Je tends le doigt pour lui montrer un arrêt sur le bord de la route. Il semble dépité.

-     Tu n’as plus envie de venir chez moi ? demande-t-il d’une petite voix fébrile

-     Ce n’est pas ça. C’est toi qui semble perturbé par notre conversation.

-     C’est tellement bestial, je suis un peu choqué mais …

-     Choqué ?! Mais tout ça est d’une banalité déconcertante. Il y a des lieux de drague homo comme ça partout en France, partout dans le monde. Il y en a certainement d’où tu viens, à Stockholm ou ailleurs.

-     Oui je sais.

-     Alors, si tu as un problème avec ça, c’est ton droit. Moi je n’en ai aucun et je n’ai pas l’intention d’avoir honte de ce que je fais ou de ce que je suis.

Je fixe la route sans plus lui jeter un œil. Je n’ai aucune envie de rentrer en bus, je ne suis même pas certain qu’ils circulent le dimanche dans cette ville dépressive mais je me sens enfin en accord avec moi-même.

-     Excuse-moi, Joaquim

-     Pas de problème.

-     Et si on changeait de sujet ?!

 

(A suivre …)

 

ATTENTION : La bande-annonce qui suit contient des messages à caractère mégalomane. Pour votre santé, évitez toute exposition prolongée à la mégalomanie des autres.

 

Dans le prochain épisode, je n’organise pas dans les rues de la ville putréfiée une gay pride sauvage, vite devenue au vu de son unique participant « première Joaquim Pride mondiale » et je ne décide pas de contrecarrer les plans diaboliques du Vatican en fondant ma propre secte « L’Eglise des Joaquimiens » que je ne déguise pas habilement en association de Loi 1901.

 

 

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