Petit animal docile en voie de libération

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Pour lire le début du texte, cliquez sur la partie qui vous intéresse : I, II, III, IV, V

 

-  Et le garçon qu’on a croisé tout à l’heure, il est … ?

-  Oui

-  Et tu as … ?

-  Oui

Je l’entends dire quelque chose dans sa barbe, je n’ai pas besoin qu’il parle plus fort pour comprendre que ce sont encore les trois mots magiques qu’il prononce, comme une incantation pour le protéger de mon vice. Je n’ose plus le regarder, en moi s’est insinuée une odieuse culpabilité.

«  C’est sale. C’est mal. Oh mon Dieu ! »

Il a suffit que je me voie dans ses yeux pour que les vieux fantômes viennent danser dans ma tête une nouvelle sarabande. Le silence qui prend racine menace de me happer pour m’envoyer rejoindre le néant, je me sens laid, sale et mauvais. Je regarde l’étranger du coin de l’oeil, il a l’allure de celui qui se remet d’un traumatisme.

-   Andrew, ça va ?

-   Oui …  Rassure-toi, ça va passer.

J’essaie de me concentrer sur le paysage qui défile à travers la vitre afin de penser à autre chose mais, en surbrillance, mon visage m’interpelle. J’ai l’air d’un enfant honteux qui aurait subi un sermon. J’ai l’air petit. J’ai l’air soumis. J’ai l’air mesquin.

J’ai l’air ridicule !!!

Soudain je me rappelle mes récents combats, cette volonté d’être moi-même jusqu’au bout des ongles en faisant fi de ce que peuvent penser tous les Andrew du monde. Cette idée me rassérène. Ce n’est pas moi qui aie un problème, comment ai-je pu l’envisager ? C’est ce cul-béni avec ses idées étriquées et sa culpabilité chérie. Je le regarde à nouveau et je ne vois plus qu’un pauvre hère misérable, engoncé dans des convictions d’une bêtise absolue. Comment ai-je pu le laisser me faire douter de moi, ne serait-ce que l’espace d’un éclair ?!

-    Ecoute Andrew, On n’a pas encore quitté la ville. Tu peux me ramener si tu as changé d’avis.

-    Mais …

-    Ou alors tu me déposes là et je rentrerai en bus.

Je tends le doigt pour lui montrer un arrêt sur le bord de la route. Il semble dépité.

-     Tu n’as plus envie de venir chez moi ? demande-t-il d’une petite voix fébrile

-     Ce n’est pas ça. C’est toi qui semble perturbé par notre conversation.

-     C’est tellement bestial, je suis un peu choqué mais …

-     Choqué ?! Mais tout ça est d’une banalité déconcertante. Il y a des lieux de drague homo comme ça partout en France, partout dans le monde. Il y en a certainement d’où tu viens, à Stockholm ou ailleurs.

-     Oui je sais.

-     Alors, si tu as un problème avec ça, c’est ton droit. Moi je n’en ai aucun et je n’ai pas l’intention d’avoir honte de ce que je fais ou de ce que je suis.

Je fixe la route sans plus lui jeter un œil. Je n’ai aucune envie de rentrer en bus, je ne suis même pas certain qu’ils circulent le dimanche dans cette ville dépressive mais je me sens enfin en accord avec moi-même.

-     Excuse-moi, Joaquim

-     Pas de problème.

-     Et si on changeait de sujet ?!

 

(A suivre …)

 

ATTENTION : La bande-annonce qui suit contient des messages à caractère mégalomane. Pour votre santé, évitez toute exposition prolongée à la mégalomanie des autres.

 

Dans le prochain épisode, je n’organise pas dans les rues de la ville putréfiée une gay pride sauvage, vite devenue au vu de son unique participant « première Joaquim Pride mondiale » et je ne décide pas de contrecarrer les plans diaboliques du Vatican en fondant ma propre secte « L’Eglise des Joaquimiens » que je ne déguise pas habilement en association de Loi 1901.

 

 

 


7 commentaires

  1. Pierre-Yves dit :

    Je te suis. C est moins évident de commenter un texte de fiction quand on est en attente de la suite. Ça peut être frustrant pour celui qui écrit… Bonjour en passant.

  2. Lovedreamer dit :

    Bonjour Pierre-Yves et merci de ce petit message rassurant.
    Fiction ?
    En fait, je ne sais pas trop où ce texte me mène, pas dans des développements extraordinaires comme les annonces finales, c’est certain.
    « Simple » comme la vie.
    J’ai d’ailleurs peur que ça soit décevant, au final…

  3. ZaZa dit :

    pourquoi décevant ?
    pour ma part, j’aime les formes dialoguées, j’imagine la situation de cette scène et c’est comme si elle était vraie. Fiction écrite, réalité jouée. D’autant que la voix intérieure, celle du narrateur ajoute un côté allenien à ce morceau de vie.
    La suite est certainement à découvrir sur la scène du théâtre de la vie..

    zazement comédienne

  4. Lovedreamer dit :

    Zaza, merci de ton commentaire.
    Pas de « fiction écrite » ni de « forme dialoguée » mais seulement des dialogues parmi les mots que je mets sur ma vie.
    Aucune « recherche stylistique » mais la volonté d’être soi-même, unique (sans prétention). Je considère qu’être un sous (Zola, Sullitzer, Guibert, que-sais-je), faire du …, être le nouveau …, c’est pire que tout. Aucune envie de ressembler à quelqu’un d’autre, pas vraiment non plus de me démarquer, une certaine indifférence au sens positif.
    On peut bien considérer que mon écriture est de la merde mais c’est la mienne.
    Je voulais te dire, suite à notre conversation téléphonique, qu’être écrivain, dramaturge ne nécessite aucune étude.
    un papier, un stylo, un être humain, et le tour est joué… ou presque.

  5. ZaZa dit :

    Absolument la dramaturgie fait appel à nos faces endogènes, et les études ne servent à rien, sauf peut-être à maitriser les signes pour en multiplier les sens. Parce qu’être dramaturge c’est connaître les mots, et pour cela il faut bien les apprendre..
    Prend zazement son stylo son carnet et un morceau de ses entrailles pour exprimer sa passion de la sorte.

    zazement éprise d’écriture (comme toi) la plus simple qui soit.
    :)

  6. Lovedreamer dit :

    Salut Zaza, j’ai l’impression d’avoir été agressif dans mon dernier commentaire. Désolé, le manque de nicotine me rend un peu con :(

  7. ZaZa dit :

    Non ça ne fait rien Jo’
    et puis ça me donne une bonne raison à chaque fois pour te dire ce que j’en pense (même si mon avis ne compte pas.)
    allé je te fais une bise au parfum de marlboro..

    zazement enfumée :)

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