Midinette, es-tu là ?

 

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Cher  journal,

Je suis en train de tomber amoureux de la sublime Keny Arkana. Je la connaissais déjà grâce à « Victoria » et «  La mère des enfants perdus » mais après avoir téléchargé quelques morceaux supplémentaires je me rends compte que c’est non seulement une véritable artiste mais aussi une contestataire qui portent des messages intelligents et intelligibles. Qu’elle connaisse un succès certain la rend encore plus exceptionnelle au milieu de ces rappeurs Skyrock qui n’ont absolument rien à dire et le démontrent à longueur d’albums insignifiants trop souvent disques d’or.

C’est en l’écoutant ce matin que j’ai pris conscience que je me libére chaque jour un peu plus de Babylone. Je marche sur ses trottoirs et c’est encore là que je vis mais je ne lui appartiens plus. Je n’ouvre plus ses journaux, je ne regarde plus sa télé, je refuse d’être endormi encore par son ronron aliénant. Malgré tout, le vent a amené jusqu’à moi quelques relents des sujets qui bercent la ruche. A Babylone, on vit à l’heure de Pékin, on parle Chine et Tibet en agitant son éventail et moi, ça ne me concerne pas, je suis diablement vivant à présent.

Après dix jours sous nicotine, j’arrête à nouveau la cigarette. J’en fais un ennemi, je dois à tout prix réussir à me débarrasser de cette cage, je veux être complètement libre. Je recommence à ne plus dormir, à manger autant qu’une baleine en période de gestation et à être extrêmement irritable mais en contrepartie je suis dans une forme éblouissante. C’est comme si fumer absorbait toute mon énergie et me poussait à déprimer. Je m’acharne donc à résister à l’odieuse envie qui tenaille chacune de mes minutes.

Mes allocations de chômage arrivent à leur terme dans six jours et j’ai déposé hier un dossier de RMI. J’ai peur de ne pas savoir m’en sortir avec quatre cents euros par mois, il faut que je procède à des coupures budgétaires. Dans ce but, j’avais trouvé un appartement au loyer moins élevé. Après avoir bataillé avec le propriétaire qui ne voulait pas louer à un chômeur j’avais même réussi à repartir avec les clefs mais j’ai finalement décidé de ne pas le prendre. C’était un studio beaucoup trop sombre, il me faisait penser à la grotte d’un ermite et je savais que je ne tarderais pas à sombrer dans la dépression si je ne voyais plus la lumière du jour. De plus je le vivais comme un véritable échec car c’est à Paris que je veux habiter. Hormis sa clarté, ce que j’aime dans mon studio de ce Foyer de Jeunes Travailleurs c’est que c’est une solution temporaire et estampillée comme telle. Je ne veux rien construire ici, je ne me résignerai pas mais je ne sais toujours pas comment faire pour partir. C’est désespérant.

J’envisage de plus en plus de chercher un travail rémunérateur mais là encore ça m’angoisse. J’ai peur de me laisser emprisonner par Babylone, de me perdre à nouveau et de ne plus avoir le temps d’écrire. Je voudrais ne faire que ça.

Je dois finir le texte « un Dimanche au zoo » et surtout, je dois terminer mon manuscrit. Il faut que je trouve la force de m’y atteler et c’est très difficile. Quand je m’imagine devant mon ordi et une nouvelle page blanche, je suis pris de vertige. J’ai peur. Peur de la montagne à gravir, peur de ne pas y parvenir, peur de me replonger dans les douleurs et les offenses passées, peur de me rendre compte de mon absence de talent.

J’envisage de procéder de la même manière qu’il y a trois mois, me couper complètement du monde et ne plus faire qu’écrire. C’était une expérience d’une intensité incroyable, à la fois psychanalytique, guerrière et mystique. Je me suis senti sur le point de perdre pieds à plusieurs reprises, c’était si effrayant. La vérité, cher journal, c’est que je me sens aujourd’hui à nouveau l’âme d’un guerrier mais d’un guerrier terrorisé.

Je me prends à rêver encore que quelqu’un m’enferme dans une pièce plusieurs heures par jour pour me forcer à noircir des feuilles.

Il faudrait que je trouve le temps de te parler de ces trois derniers mois, de Daniel le sans pareil, de mon immersion dans l’ésotérisme et le sexe à outrance, de toutes ces rencontres qui n’ont fait qu’accentuer ma solitude et m’emplir de désir pour elle, que je te parle de magnétisme et de Reiki mais pour l’heure, j’ai faim.

Je suis un oiseau dont il ne reste qu’une plume et j’ai toute la vie devant moi pour y mettre des mots de toutes les couleurs, pour décrire chaque expérience, embrasser mon Destin et peut-être enfin devenir celui que je devais être.

 

A bientôt,

 

Joaquim

 

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PS : Cher journal, j’ai fini par craquer et je t’écris bien au chaud dans un rond de fumée.

En partant de chez moi, je savais que ça allait se produire. Je n’ai dormi que quelques heures cette nuit – peut-on appeler ça dormir ? – et j’ai les traits tirés comme une japonaise neurasthénique. Je pensais demander une cigarette à un passant mais l’univers était décidé à m’empêcher de sombrer et dans les rues de la ville épave personne ne fumait. Au milieu d’un passage clouté devant la bibliothèque, j’ai fini par trouver une boutonneuse avec un mégot au coin des lèvres. Elle a prétexté ne plus en avoir, comment lui en vouloir ? Je l’ai mal vécu, je suppose que je somatisais, je ne pense plus qu’à ça depuis deux jours. J’ai rendu mes vidéos, je me suis précipité dans le tabac le plus proche et j’ai à peine attendu d’avoir passer la porte pour déchirer la protection d’un si joli paquet de blondes américaines. Que c’est bon ! Oui, je ne pourrais pas dire le contraire. Il y a dix huit ans que je fume chaque jour du réveil au coucher, il m’est même arrivé de penser que c’était ma griffe, ma marque de fabrique. J’en ai fumé trois en moins de vingt minutes, quand la machine est lancée plus rien ne semble pouvoir la stopper. Je dois finir le paquet avant de rejoindre Morphée ce soir afin de reprendre l’abstinence dès demain. J’essaie de ne pas culpabiliser, je suis toujours décidé à me débarrasser de cette prison et ce n’est pas si grave. Ce qui est surprenant c’est que c’était beaucoup plus facile lors de mon premier sevrage improvisé il y a trois mois. Nicotina tient absolument à me rattraper, elle est prête à tout. Je vais aller à une consultation anti-tabagique du CHU dès que possible, j’aimerais beaucoup essayer l’hypnose.

Pour l’heure, je me sens fatigué et assez démotivé. Vraiment ça me fait un effet bizarre et somme toute désagréable mais cette nuit je vais enfin pouvoir dormir. Ou peut-être même avant.

Pourquoi pas tout de suite ?

 

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2 commentaires

  1. Farfalino dit :

    Survivre à Paris ave 400 euros quelle gageure ! Je te souhaite bon courage.

    Je pense que dans toute activité artistique, il y a des hauts et des bas. il faut trouver de l’énergie pour remonter la pente.

    et surtout de ne pas se laisser paralyser par la peur … Bon courage aussi pour surmonter cela …

  2. Lovedreamer dit :

    Merci.
    Survivre est une de mes spécialités mais j’envisage de trouver un travail, ce qui est plus facile à Paris qu’à Trouland.
    Quoiqu’il en soit, ce sont les loyers qui sont élevés à Paris, la nourriture n’y coute pas plus cher qu’à Limoges. Il va sans dire qu’avec 400 Euros on se contente grosso modo de payer un loyer et de manger (les transports y sont gratuits pour les rmistes, la mutuelle idem… )
    Mon loyer ici est de 460 euros (bien sur je touche des allocations logements), ce qui est excessivement cher et je peux trouver une chambre de bonne moins onéreuse dans Paris .

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