Archive pour septembre, 2008

Des goûts sans couleurs (cyclothymie descendante)

Comme beaucoup, tout ce que j’attends de mes voisins c’est un minimum de bruit et un semblant de politesse. Un de mes petits combats était de continuer à saluer ceux qui ne me répondent pas quand je lance un bonjour en les croisant sur mon palier. Je ne voulais pas les laisser gagner, cesser de les saluer c’était devenir comme eux, un peu inhumain mais j’ai passé plus d’un an ici et je finis par capituler.

L’oracle avait raison, je sens en moi une colère persistante. Je deviens méprisant et je crois que c’est plus qu’une simple réaction à la froideur ordinaire de la ville Satan. Je suis sur la défensive en permanence, dès qu’on s’adresse à moi j’ai l’impression qu’on va m’agresser et si on m’aborde gentiment, ce n’est qu’un subterfuge pour me blesser plus tard, quand je serai apprivoisé.

Je regarde souvent ce monde sans comprendre pourquoi je m’acharne à rester debout. Je parcours mentalement l’Histoire depuis les origines et j’y vois bien plus de crimes, de trahisons, de guerres, de répressions, toutes sortes de problèmes créé par l’Homme pour l’Homme que d’Amour, d’altruisme ou d’actions dignes de fierté. J’allume ma télé pour découvrir que rien n’a changé et comprendre que rien ne changera jamais vraiment. J’ai beau fuir les journaux pour devenir autruche, ça finit toujours par me rattraper.

Je rencontre des gens qui m’indiffèrent ou qui ont mieux à faire. Je me sens étranger à la majorité des humains. J’esquisse des débuts de relations qui finissent toutes en cendres. Je sacrifie parfois le fond pour la forme en écrivant des textes comme on assemble son étal sous le chapiteau d’un marché dérisoire. Je m’invente des objectifs pragmatiques, des rêves illusoires parce que tous font comme ça, qu’ils ont créé un système, un jeu aux airs de Monopoly géant qui finit par sembler le seul disponible. Argent, reconnaissance, carrière, résidence secondaire, c’est difficile d’être assidu à poursuivre des buts dont on sait, au fond de soi, qu’ils sont vains.

Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais et je n’ai aucune certitude d’y parvenir, je continue seulement à courir dans le noir. Je ne peux pas nier que je suis plein d’espoirs mais si la mort était pour ce soir, il n’y aurait pas de regrets à avoir.

F.Lo, panique dans l’univers impitoyable du PAF

 

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Critiquer la télé c’est un peu comme si je venais vous apprendre que le vide est vide mais quand on ressent, comme moi, le besoin viscéral de dire les choses et qu’on est célibataire, on se retrouve parfois à 3 h du matin devant la furieuse envie de décrocher son téléphone pour, par exemple, parler à un ami de la dernière émission consternante qu’on vient de découvrir sur NRJ 12, produit dérivé du groupe de radios dont les programmes réussissent à faire passer TF1 pour une chaîne d’avant-garde culturelle. Quand on touche le fond, on a besoin que quelqu’un l’entende, malheureusement mes quelques amis n’apprécient guère que je les réveille au milieu de la nuit, même pour les entretenir de sujets aussi essentiels…

Pour se convaincre de la profondeur du vide cathodique, il suffit de regarder, sur n’importe quelle chaîne, les animateurs qui reçoivent Frédéric Lopez s’émerveiller du fait que sa dernière émission soit le fruit d’un concept qu’il a inventé lui-même et non pas l’énième adaptation d’une émission américaine. C’est dire à quel point la télévision française est créative, irait-on s’étonner qu’un scénariste, un réalisateur ou un romancier ait développé une idée dans sa dernière œuvre ? Ceci étant dit, non seulement Frédéric Lopez est merveilleusement séduisant mais en plus il se paie le luxe de ne pas être creux et comme si ça ne suffisait pas, il va même jusqu’à sembler sympathique. Ca pourrait suffire à justifier qu’on regarde son nouveau concept « Panique dans l’oreillette » mais comme ce ténébreux ne fait rien comme tout le monde, il se pourrait même que ce soit intéressant, pour peu qu’on aime les émissions qui parcourent la vie plus ou moins privée des célébrités. F.Lo (prononcez Efflo, il mérite bien un diminutif , comme sa grande sœur J.Lo (prononcez bombasse portoricaine ))  y interviewe ses invités à l’aide d’une oreillette dans laquelle des proches de la star, cachés dans les coulisses, évoquent des anecdotes personnelles que le grand public ne saurait connaitre au sujet de son idole.  Grâce à ce stratagème, l’émission sort des sentiers battus sans sombrer dans l’indiscrétion et donne lieu à quelques rigolades, voir des révélations fondamentales dont je vous laisse juger l’intérêt tous les samedi à 18h45 sur France 2. Ainsi vous pourrez me dire si j’ai eu raison d’en faire un billet parce que, honnêtement, je n’ai jamais regardé « Panique dans l’oreillette », je ne suis pas vraiment amateur de ce genre de programmes. Moi, je me contente de me pâmer devant le charme animal de F.Lo©, je ne suis qu’une innocente midinette que la passion égare, c’est fou les conneries qu’on peut écrire quand on est dans cet état.

Pour me rattraper et clore cette parenthèse télé, j’avais envie de vous toucher trois mots sur une émission que j’ai déjà regardée, Pif Paf sur Paris Première qui, justement, s’intéresse chaque semaine à la télévision française. Je ne saurais vous offrir une critique plus pertinente que « j’aime bien » mais, vous l’aurez peut-être compris, je suis fasciné par la dentition de certains animateurs et celle de Philippe Vandel ne cesse de me combler. Il est l’Elu que nous cherchions et la maxime qu’il utilise avant chaque générique de fin résume assez bien ce qu’on peut penser de la télé telle quelle est conçue actuellement : « La télé, ce n’est pas de l’art, c’est un meuble ».

Dans un monde parallèle, univers inquiétant aux brushings impitoyables et où les midinettes dégainent leurs flingues pour s’assurer d’avoir le dernier mot, Sue Ellen a réussi son vingt-deuxième sevrage, JR complote, Bobby est temporairement mort, écrasé par la voiture d’une de mes consœurs contrariée et moi, je les quitterai bientôt pour revenir à mes égocentrismes.

 

Ecrans

Est-ce que ce sont mes dents qui ne sont pas assez blanches ou les leurs qui m’éblouissent un peu trop ?

Je ne regardais plus cette boîte depuis des mois et voilà que j’ingurgite des programmes télé jusqu’à l’écœurement. Ingurgiter, c’est à ça que ça me fait penser, à du fast food. Plus je passe d’heures devant cet écran, plus le monde me dégoute.  J’ai recommencé il y a peu et j’ai pourtant déjà l’impression d’en être dépendant. Qu’est-ce que je pouvais bien faire avant ? Il y a eu la période Daniel le sans pareil mais on se voyait surtout le soir… Alors quoi ? Des après-midi sur ces lieux de drague, c’est vrai, là aussi jusqu’à saturation. Anorexie puis boulimie dans tous les domaines. Que dire de toutes ces vidéos regardées sur Youporn ou ses innombrables clones ? Est-ce que ces gens existent vraiment ou ce ne sont que des images de synthèse ? J’ai l’impression que la surconsommation de ces deux écrans me déshumanise quand elle ne me révolte pas entre deux comas. J’ai un problème avec ce porno notamment, j’en regarde et je vais continuer mais plusieurs choses me mettent mal à l’aise. Une vision de la femme (je regarde du porno hétéro principalement), une vision de l’être humain en général, une vision du sexe assez détestables et surtout cette certitude que la misère psychologique ou financière de certain(e)s est exploitée par cette industrie, comme elle peut l’être par la prostitution classique. Brigitte Bardot disait au sujet d’autre chose « on ne va pas continuer à massacrer les phoques pour faire bander les chinois ! ». Et exploiter des gens pour me faire bander moi ? Bien évidemment je n’ai aucune envie qu’on interdise le porno, je suis un libertaire, alors que faire ? Las, toutes ces questions ne présentent aucun intérêt, il est 4h du matin et il serait temps d’aller regarder une rediffusion de Dallas. C’est un somnifère très bon marché même si je ne suis pas certain qu’il soit si anodin.

 

Un oeil sur le ciel

 Février 2008

Hier, tandis que je faisais ma promenade quotidienne parmi la meute, je repensais à une des phrases d’un de ses derniers courriers : ” ne baisse pas la tête “. Bien sur je comprenais l’invitation à être ” fort et fier ” mais je m’attardais sur cette formulation peu ordinaire et j’en cherchais le sens exact. Voulait-il me dire de ne pas baisser les bras mais au vu de la quasi inutilité de ces membres chez moi, jugeait-il plus adéquat de parler de ce qui fonctionnait encore ?

J’avais des lunettes de soleil sur le nez – j’aime mettre cette distance entre moi et le monde – et ça me permettait de regarder les chalands sans détourner les yeux quand leur prenait l’envie de me jauger à leur tour.

Je m’interrogeais sur mon incapacité chronique à soutenir le regard de gens si peu importants pour moi et je repensais à mon sevrage de 2006 dans la clinique de la forêt noire de la périphérie toulousaine. Après avoir laissé derrière moi certains poisons, les relations à autrui étaient très difficiles, je devenais un fantôme silencieux et peureux. Je n’arrivais plus à regarder les gens dans les yeux, pour moi c’était un réel problème car chaque conversation était une torture et peu à peu je m’isolais. C’est alors que l’étonnante psychologue qui présidait un groupe de parole hebdomadaire sur « les dépendances » avait tenté de me donner une leçon. Pendant la séance elle s’était adressée à moi sans me regarder mais au lieu de contempler le sol, elle fixait le plafond. C’était assez déconcertant, tellement inhabituel de voir quelqu’un vous parler les yeux vers le haut, elle ressemblait à ces personnages de mangas dans une de leurs gimmicks récurrentes. Elle ne le saura jamais mais cette scène m’a beaucoup marqué, c’est resté là – au milieu d’un imposant fouillis- et souvent j’y repense. J’avais bien compris le message : rien ne vous oblige à baisser les yeux si vous n’arrivez pas à soutenir le regard des autres, vous pouvez aussi les relever, c’est à vous de voir.

Tout en continuant à marcher et à penser à tout ça, j’ôtais mes lunettes noires et je me disais que je n’avais aucune envie d’offrir à ces gens le petit plaisir de penser que je me sentais inférieur… Même si je n’arrivais pas à dépasser le conditionnement qui m’interdisait de les regarder en face je pouvais toujours essayer de planter mes yeux dans le ciel.

J’y découvris le soleil, des nuages magnifiques, des oiseaux… L’horizon tentait visiblement de me faire comprendre qu’il offrait au regard bien plus de merveilles que le sol et ses petits trésors mesquins. C’est difficile de marcher en contemplant le ciel, mes yeux voulaient sans cesse reprendre leur position habituelle mais je ne les laissais pas faire. Même si je savais que ça ne durerait pas, même si le lendemain j’étais déjà passé à autre chose, j’étais décidé à faire cette balade les yeux dans le ciel jusqu’au bout.

Je regardais les toits, la cime des arbres, les lignes blanches que les avions dessinaient dans le bleu et c’était si joli que je me demandais s’il était possible que je ne déteste pas le monde autant que je pouvais le croire. Comment ne pas aimer ces paysages ?

C’est là que je compris … Ce n’était pas le monde qui me faisait horreur, c’était moi que je n’avais jamais aimé. Quand la vie me semblait hostile, quand j’étais irrité par les autres, c’était souvent avec moi seul que j’avais un problème.

Il me sembla que je venais de trouver une clef d’une importance première : peut-être que s’aimer soi-même était un début de solution à tous les problèmes ? Peut-être que si les hommes avaient plus d’amour propre la terre aurait moins de difficultés à tourner sur elle-même pour nous montrer la voie?

Comment faire quand on ne s’aime pas ? Comment changer ça ?

Entrer dans le cabinet d’un psy, dire « bonjour, pouvez-vous m’aider à m’aimer ? » ?

Je décidais que non, ce n’était pas ma voie, je n’apprenais qu’en suivant mon propre cheminement et les nouveaux gourous de ce monde si moderne n’avaient jamais réussi qu’à me prescrire des difficultés supplémentaires. Comment pourraient-ils me comprendre dans leurs diagnostics, leurs symptômes et leurs remèdes universels ? Comment me faire tenir dans leurs cases ?

Cependant je ne pouvais pas tout rejeter en bloc, d’autres avaient du esquisser des solutions et après avoir analysé la situation pendant quelques instants mon cerveau se connecta à celui de ce bon vieux Coué. Si tout n’est qu’un conditionnement, pourquoi ne pas tenter d’imposer à son mental d’autres schémas que ceux qui vous handicapent ? On peut toujours essayer, ça ne mange pas de pain.

J’ajoutais donc un nouvel exercice à ma marche solitaire, j’avançais désormais en regardant le ciel et en me répétant « je m’aime, je m’aime, JE M’AIME… », à voix haute quand il n’y avait personne sur mon chemin, dans ma tête quand je croisais quelques vieilles peaux limougeaudes au mépris épidermique.

Je tins bon pendant une heure mais, alors que je rentrais chez moi, mes yeux quittèrent le ciel pour tomber sur un garçon au physique troublant.

Je le regardais un moment avec une certaine envie, en me demandant ce qu’on pouvait ressentir lové dans ses bras puis mon regard, fataliste, reprit son voyage vers les sommets. Qui aurait bien pu comprendre un garçon qui marchait dans les rues en exhortant le ciel de lui donner la force de s’aimer ? Il fallait se rendre à l’évidence, il existait des solitudes indélébiles, des partages impossibles.

J’étais un peu triste, j’avais envie de laisser couler mes larmes mais je fis une nouvelle découverte : on ne peut pas pleurer la tête haute, ce n’est pas une attitude qui convient à la désespérance.

Nota Bene

Je suis définitivement une drama-queen et malgré mon désir de ne plus me justifier j’ai envie d’apporter quelques précisions à mon dernier billet, pas celui où je m’emportais sur les commentaires, celui où je m’emporte au sujet des gens qui n’assument pas leur homosexualité. Je ne prétends pas assumer complètement la mienne, je prétends essayer. Je ne dis pas non plus que c’est chose facile et que l’homophobie n’existe pas en France mais que la Loi est favorable. Je ne voulais pas ajouter la culpabilité à la honte et le point de vue des gens qui cachent leur orientation sexuelle, je l’entends et je le comprends depuis des années. Cependant, dans un certain ras-le-bol, j’ai envie d’exprimer celui qui est le mien aujourd’hui et qui pourrait se résumer à ça : quand on vous jette à terre, essayez de vous relever, personne d’autre ne le peut. En d’autres termes je refuse (j’y tiens) de jouer le jeu des homophobes (et de tous les oppresseurs) et de me mépriser moi-même ou de tendre l’autre joue.  Je ne prétends pas transmettre une vérité universelle, ni même avoir raison quand je défends un point de vue, je me raconte, ça ne va pas plus loin. Sur ce, j’arrête là car il me semble que je me prends de plus en plus au sérieux.

 

Je refuse

C’était une journée d’été. Je venais de m’envoyer en l’air dans un endroit relativement discret avec un garçon relativement charmant. J’avais décidé de passer l’après-midi là, dans ce lieu de drague en plein air. Après tout il faisait chaud et je n’avais rien à faire, qu’à m’ennuyer chez moi et fuir mon manuscrit. La veille, il avait plu et le chemin était encore boueux. Je me suis poussé sur le côté pour laisser passer le garçon qui me faisait face et ce faisant, j’ai eu l’extrême politesse de lui dire bonjour. Non seulement, il ne m’a pas remercié mais il ne m’a pas rendu mon salut. C’est la dernière fois que je suis allé là bas, j’ai réalisé en un éclair de tout le mal que ça me faisait. Pas de baiser en plein air, pas le sexe pour le sexe. Non. De cotoyer, de croiser tous ces gens méprisants, toute cette négativité que mes capteurs trop développés me font ressentir comme une agression constante. Ils ne savent pas dire bonjour, ils ne savent même pas faire l’amour, ils sont juste là pour promener leur honte.

Déjà, je n’avais plus très envie d’accompagner Daniel dans ces pérégrinations nocturnes. Ca pourrait pourtant me distraire mais la nuit, dans la ville Satan, le seul lieu de drague où il y ait vraiment du monde est un jardin à la périphérie qui ne dispose d’aucun éclairage. Je refuse de m’ébattre dans le noir, de ne pas voir le visage de celui à qui j’ai à faire. Je refuse car ils ne font pas ça dans le noir parce que ça les excite, ils fuient la lumière parce qu’ils ont honte, honte d’eux-mêmes et de leur orientation sexuelle. Daniel dit lui-même qu’ils ne savent pas ce qu’est le plaisir, qu’ils ne viennent pas partager, qu’ils essaient seulement de combler une frustration. Je vais plus loin : ils ont honte. Il est des pays, la plupart sur le globe, où on se damnerait pour avoir la « chance » de pouvoir être soi-même. Il est des nations où les gens comme nous, les homosexuels, sont condamnés à mort, emprisonnés ou lapidés pour la seule raison d’être différents de la norme. En France, personne ne nous interdit d’être ce que nous voulons et eux, ils ont hontes !

Je refuse.

Je refuse de devenir une de ces ombres. Si un jour ça m’arrivait, je vous en conjure, tirez-moi une balle en plein cœur et n’ayez aucun regret.

Ils ont peur. Ils me parlent de casseurs de pédé, de flics qui traînent là pour les arrêter, je ne nie pas que ça existe mais en d’innombrables nuits, je n’ai jamais croisé ni l’un ni l’autre. Non, ils ont hontes et c’est tout.

Je refuse et je crois que je serais capable de mourir pour défendre le droit d’être moi-même. Si ce journal n’a qu’une vertu c’est celle de m’aider à m’assumer. Parfois, j’ai envie d’avoir honte, je me rends compte de tout ce que j’ai écrit sur moi ici, que j’ai été jusqu’à y afficher mes photos,  je suis traversé par l’idée de tout effacer mais toujours je résiste. Je veux assumer chaque particule de ce que je suis. Je veux être fier, si c’est le seul mot qu’on a trouvé pour contredire la honte. Je veux être moi, qu’on m’accepte tel que je suis ou qu’on passe son chemin. Je me dis aussi que jamais personne ne pourra aimer quelqu’un qui s’exhibe de la sorte et ça me fait peur mais tant pis. Si personne ne peut comprendre, personne n’en vaut la peine.

Je devrais être tolérant envers toutes ces honteuses, que ce soient ces ombres en plein air ou celles qui n’affichent pas leur visage sur internet, je devrais mais je n’y arrive plus. Je suis las. Je suis cerné et je refuse.

Ils n’ont aucune excuse.          

Ma vraie vie sur pédéland (point) net

Un après-midi sans tabac, sur une annexe de pédéland.net


Moi : Ca ne correspond pas à ce que je cherche. Bonne continuation

Lui : lol tu a raison va voir ailleur mdrr et tu finira en te branlant ce soir mdrr

Moi : j’ai parfois beaucoup plus de plaisir à me branler qu’à perdre mon temps avec des petites merdes comme toi. Donc oui, ce soir je vais me branler et c’est ce que tu feras aussi….

Lui : hahahaaha surement pas loulou je me branle jamais tout seul / et des petites merde comme tu dis c’est toi qui es venu vers moi et pas le contraire fils de chienne pour etre aussi débile ta mere a du ce faire metre par un negro ou un arabe

 

Il ne pensait pas viser si juste, après cette dernière phrase j’étais énervé au point d’en trembler. Je lui ai répondu les mots les plus acerbes que je pouvais concevoir mais j’ai constaté qu’il avait bloqué la réception de mes messages.

C’était une interface sans photo où on rencontre très peu d’habitants de la ville Satan et j’étais persuadé qu’il était, comme moi, connecté sur d’autres annexes. Je n’ai pas tardé à trouver ailleurs un profil qui correspondait totalement à mon nouvel ami, par son pseudonyme comme par son descriptif. Je lui ai demandé si c’était bien lui qui m’insultait et les mots tendres ont recommencé à pleuvoir, suivi d’une nouvelle fuite courageuse.

Je l’ai poursuivi sur un dernier site afin de lui envoyer ce message définitif :

«  Puisqu’on ne peut pas discuter avec toi, voilà ce qu’on va faire. La prochaine fois que je te croise sur un des lieux de drague que nous fréquentons tous les deux, je vais te défoncer la gueule, bien à fond. Et ça ne sera pas avec ma BIP. »

Comme si j’allais faire ça … Je voulais seulement qu’il ébauche un tremblement derrière son écran, qu’il cesse de penser qu’Internet le dédouane de toute humanité, de tout respect pour ceux avec qui il fait mine d’échanger.

J’ai du sortir pour prendre l’air et essayer de me calmer mais le monde entier était devenu une agression et j’ai maudit ma trop grande sensibilité, ses nerfs qui s’emballent pour si peu.

Ce n’est qu’un non-évènement, une broutille dans l’existence d’un occidental privilégié mais …

Parfois ce monde me semble dégueulasse jusqu’à l’insoutenable. Je deviens de plus en plus misanthrope, j’ai l’impression presque constante d’être un exemplaire unique, un alien parmi les terriens ou un terrien parmi les aliens et de ne jamais rencontrer personne qui parle mon langage.

«  Jeune « cérébré » sensible cherche désespérément un semblable »

Qui pourrait bien y trouver quelque chose à redire ?

 

NB : Deux heures après avoir écrit ça, en me relisant, je ne suis plus certain que c’est bien lui qui a déclenché les hostilités. « lol tu a raison va voir ailleur mdrr et tu finira en te branlant ce soir mdrr » : j’ai reçu cette phrase comme un « va te branler » mais les « mdr » étaient peut-être censé atténuer … Qu’importe, je l’ai vécu comme ça.

Automne (Eternal sunshine of the spotless mind)

Ils mourront et je ne le saurai pas.

Ils dévaleront la pente un matin d’hiver, comme des boules de neige fatiguées d’avoir trop traîner leurs propres poids. Ils iront s’écraser contre le mur du vent.

De nous, il ne restera rien. Pas même le souvenir d’un soupir.

Rétrospective (Affirmative Redaction)

Quand j’ai fini de lui exposer mon parcours professionnel, j’ai l’impression très étrange d’être dans la peau de Louis, le narrateur mort vivant de « Entretien avec un Vampire » d’Anne Rice.

-  Wow ! Je n’avais jamais eu à traiter une vie professionnelle aussi … Riche ?

Je me sens soudain incroyablement triste. Ce n’était pas possible de faire simple quand tout se mélange : les erreurs, les coups du sort, les choix du cœur,  les déménagements,  tout ce passé qui oriente fatalement le futur, qu’on le veuille ou non. Il a fallu survoler ma vie entière et réveiller un à un les fantômes de ma mémoire. En la regardant finir de griffonner ses pages, les larmes me montent aux yeux. Encore une fois, j’étais arrivé énervé, malgré le timbre de nicotine collé sur ma cuisse mais sa gentillesse et sa compréhension – son humanité en somme – me désarment. En rentrant chez moi, les automates que je croise me renvoient à mon irritation. Je me sens odieusement supérieur et me demande ce qu’ils pourraient bien m’apprendre, tous, que la vie ne s’est pas déjà chargée de me faire entrevoir.

Je suis un bâtard homosexuel métis  hypersensible à l’esprit vif et au « tout petit supplément d’âme ».  Un peu prétentieux, on peut trouver mon nom dans n’importe quel dictionnaire parmi les synonymes du mot « différent ». Je suis né à la marge, discriminé dès mon premier cri parce que j’avais la peau violette. J’ai été élevé par des grands-parents paysans dans le trou du cul du monde. Le curé de leur paroisse a refusé de me baptiser parce que je n’étais pas le fruit d’une union légitime et que mon père était assimilé à un musulman. J’ai été vampirisé par une fillette blonde et persécuté par les idiots de mon village. J’ai côtoyé des médecins, des putes, des flics, des toxicomanes, des hommes d’affaire, des dealers, des guérisseurs, des artistes, des fonctionnaires et des voleurs. J’ai été éboueur, manutentionnaire, préparateur de commandes, ouvreur de cinémas, télévendeur, opérateur de saisie, technicien et animateur radio. J’ai déménagé 12 fois ces dix dernières années. On m’a abusé, volé, trahi, bafoué, on m’a aidé et aimé aussi. J’ai gouté l’herbe, la cocaïne, l’héroïne, l’extasy, j’ai été un toxicomane médicamenteux et un alcoolique. Je n’ai pas rencontré le bonheur. J’ai tenté de me suicider cinq fois. J’ai fait deux sevrages infructueux et un réussi. On m’a mis un couteau sous la gorge dans une rue sombre de la ville vomi. On m’a frappé jusqu’à me faire tomber en plein milieu du Marais parisien, pour me voler mon téléphone portable. Un dealer m’a vidé une bombe lacrymogène sur la face lors d’une transaction au milieu de Guéret.  J’ai passé une journée entière à danser solitaire en parcourant les rues de la capitale dans l’indifférence puis j’ai acheté des dizaines de roses que j’offrais aux passants en échange d’un sourire. Je me suis échappé de Saint Anne sans aucune métaphore.  J’ai été trop amoureux d’une crotte et pas assez d’un gentil garçon. J’ai fait pleurer ma grand-mère, congédié ma mère, perdu ma meilleure amie. J’ai essayé de dormir dans un cimetierre en rentrant à pieds d’une free party en pleine campagne. J’ai été gigolo à domicile chez l’habitant* d’une banlieue chic de la capitale pendant deux mois avant de démissionner pour incompatibilité avec ma nature profonde et d’être remplacé par une chinoise experte. J’ai été conduit aux urgences après être tombé du balcon d’une boîte de nuit. J’ai avorté des études de psychologie, de langues étrangères et de Droit. J’ai été victime d’homophobie à plusieurs reprises. Inspiré par le Téléthon, j’ai organisé un bref Joaquim-Action dans les rues de Poitiers sur le thème « Sauvez ma soirée, donnez-moi un euro pour faire la fête ».  J’ai attrapé un rhume en faisant l’amour sur une plage, un matin d’automne. J’ai passé des nuits entières dans des jardins publiques à chercher un peu de chaleur. J’ai laissé derrière moi des dizaines de personnes qui m’étaient chères.  J’ai assisté à trois enterrements et un seul mariage. J’ai perdu 30 kilos en quelques mois et beaucoup de stress.  J’ai vécu ma propre version non censurée de la vidéo de « Justify my love ». J’ai passé une semaine dans la suite d’un Hilton et d’innombrables nuits dans le placard d’un « Première classe ». J’ai entrepris 3 ou 4 psychothérapies. J’ai eu deux crises de foie mais j’ai eu faim aussi et rien d’autre à manger qu’une motte de beurre sans un quignon de pain pour la tartiner. J’ai eu une mouche de compagnie pendant trois jours. J’ai été flamboyant, brillant, mesquin et minable.  J’en passe et des meilleures, j’ai été le héros d’une dizaine de téléfilms de M6 que personne ne verra jamais, si ce n’est peut-être mon ange gardien en projection privée.

J’ai vécues des choses que je ne pourrais décrire malgré mon impudeur graphique et la législation sur la liberté d’expression. Je ne regrette rien de ma vie, pas même une seconde. Je n’envie pas les gens riches qui bossent 16 heures par jour; entre esclavage et pauvreté, je choisis la liberté. Longtemps j’ai mal vécu mon sentiment d’être différent, aujourd’hui je préfèrerais crever que d’être comme tout le monde.

Parfois, je me sens riche.

 

* comme beaucoup de femmes au foyer à travers le monde, la différence c’est ma lucidité.

 

http://www.dailymotion.com/video/k2P4oSuAkO4QBndFT6

 Madonna’s « Justify my love »

 

« ils ont peur de rêver,
ils ont peur de penser,
ils ont peur du changement, ils ont peur de la liberté,
ils ont peur de la différence,
ils ont peur de leur prochain,
ils ont peur de la chance, du bonheur et du lendemain

Ils aimeraient t’effrayer avec leurs craintes et leurs phobies

Reste maître de tes pensées

Ils sont sclérosés et ils ont baissé les bras

Faisons sauter les murs de ces prisons cérébrales

Camarade, combats le doute car ils aimeraient te corrompre,
te barrer la route, ou te convaincre quelle est trop longue

Camarade fils du vent, fils de l’horizon, va où ton coeur te porte et la vie te donnera raison

n’oublie pas en ton âme cette flamme allumée,
n’oublie pas l’enfant en toi et les rêves qui l’animai
ent« 

Keny Arkana, « Ils ont peur de la liberté »

 
 

 

La fille du bunker

Je lui souris en essayant de la regarder dans les yeux. Ils sont jolis, c’est plus facile. J’étais arrivé ici énervé, contre la Machine, contre ses automates qui ne réfléchissent pas et veulent seulement me faire entre dans leurs cases rassurantes. Je provoquais des éclats imaginaires, inventais des formules sanglantes, démontrant toutes la vivacité de mon esprit, la légitimité de mes choix, la bêtise de leur vie et de leur sacro-saint système et puis, je suis entré dans le bunker après avoir écrasé rageusement ma cigarette et j’ai été accueilli par une fille très gentille, presque trop, encore plus polie que moi. Elle m’a proposé de m’asseoir pour attendre mon rendez-vous et j’ai trouvé sur la table une feuille de chou locale. Je l’ai parcourue avec mépris en cherchant la page de mon horoscope.

« Capricorne. Travail : mettez de l’eau dans votre vin ou gare aux répercussions. »

Je savais que c’était des foutaises mais ça avait l’air de correspondre, alors j’ai décidé d’être conciliant, de faire semblant encore une fois.

-   Quels sont vos projets professionnels ?

(Ouvrir une baraque à frites sur le bord de la nationale)

J’essaie de lui inventer quelque chose, sans grande conviction, je lui parle de piges journalistiques, de critiques de cinéma, d’annonces sur internet que je parcours régulièrement. Elle ne semble pas plus convaincue que moi mais elle continue d’avoir l’air aimable et intéressé par mon triste sort.

-    Ca m’embête qu’à 33 ans vous n’ayez aucun projet d’avenir.

-    32, s’il vous plait.

Elle ne remarque pas que je plaisante, alors je le précise mais elle n’a pas le temps de sourire, il faut absolument qu’elle prouve à sa direction, l’ordinateur central, son efficacité à trouver des solutions concrètes qui puissent être contenues dans son logiciel.

-    Et vous aimeriez faire quoi ?

(Gagner au loto. Etre heureux. Manger une glace à la vanille et aux noix de macadamia à la terrasse d’un bar d’une autre ville. Avoir un flash qui me révèle mon avenir. Rentrer chez moi. Mourir.)

-    Je n’ai pas de vocation, à proprement parler.

Elle finit par me proposer ce que j’attendais qu’elle me propose, un bilan de compétences approfondi. Elle commence à m’expliquer en quoi ça consiste mais je lui réponds que je le sais déjà, que j’en ai déjà commencé deux, un que j’ai du interrompre pour déménager sur Toulouse, un autre avorté pour cause de sevrage.

-    J’espère que cette fois sera la bonne et que vous pourrez aller jusqu’au bout.

Moi, j’espère que je ne pourrais pas, que le Destin a choisi ce moyen pour me faire comprendre que j’allais bientôt partir. Je tente de me convaincre que c’est un signe, que « jamais deux sans trois » et je ne fais même pas semblant de trouver son idée formidable.

Quand elle oublie de me donner le compte-rendu de notre entretien et que je dois le lui demander, je pense que si j’étais autre, j’aurais pu travailler ici, parmi les automates, vivre dans une grande maison avec un mari sérieux et un gentil chien, peut-être deux, et un chat que j’aurais appelé « Cannelle » ou « Mistigri » mais que nous surnommerions tous « Minet ».

Peut-être alors serais-je heureux…

Je lui souris encore en prenant congé, je quitte le bunker et recommence à errer.

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