Je refuse

C’était une journée d’été. Je venais de m’envoyer en l’air dans un endroit relativement discret avec un garçon relativement charmant. J’avais décidé de passer l’après-midi là, dans ce lieu de drague en plein air. Après tout il faisait chaud et je n’avais rien à faire, qu’à m’ennuyer chez moi et fuir mon manuscrit. La veille, il avait plu et le chemin était encore boueux. Je me suis poussé sur le côté pour laisser passer le garçon qui me faisait face et ce faisant, j’ai eu l’extrême politesse de lui dire bonjour. Non seulement, il ne m’a pas remercié mais il ne m’a pas rendu mon salut. C’est la dernière fois que je suis allé là bas, j’ai réalisé en un éclair de tout le mal que ça me faisait. Pas de baiser en plein air, pas le sexe pour le sexe. Non. De cotoyer, de croiser tous ces gens méprisants, toute cette négativité que mes capteurs trop développés me font ressentir comme une agression constante. Ils ne savent pas dire bonjour, ils ne savent même pas faire l’amour, ils sont juste là pour promener leur honte.

Déjà, je n’avais plus très envie d’accompagner Daniel dans ces pérégrinations nocturnes. Ca pourrait pourtant me distraire mais la nuit, dans la ville Satan, le seul lieu de drague où il y ait vraiment du monde est un jardin à la périphérie qui ne dispose d’aucun éclairage. Je refuse de m’ébattre dans le noir, de ne pas voir le visage de celui à qui j’ai à faire. Je refuse car ils ne font pas ça dans le noir parce que ça les excite, ils fuient la lumière parce qu’ils ont honte, honte d’eux-mêmes et de leur orientation sexuelle. Daniel dit lui-même qu’ils ne savent pas ce qu’est le plaisir, qu’ils ne viennent pas partager, qu’ils essaient seulement de combler une frustration. Je vais plus loin : ils ont honte. Il est des pays, la plupart sur le globe, où on se damnerait pour avoir la « chance » de pouvoir être soi-même. Il est des nations où les gens comme nous, les homosexuels, sont condamnés à mort, emprisonnés ou lapidés pour la seule raison d’être différents de la norme. En France, personne ne nous interdit d’être ce que nous voulons et eux, ils ont hontes !

Je refuse.

Je refuse de devenir une de ces ombres. Si un jour ça m’arrivait, je vous en conjure, tirez-moi une balle en plein cœur et n’ayez aucun regret.

Ils ont peur. Ils me parlent de casseurs de pédé, de flics qui traînent là pour les arrêter, je ne nie pas que ça existe mais en d’innombrables nuits, je n’ai jamais croisé ni l’un ni l’autre. Non, ils ont hontes et c’est tout.

Je refuse et je crois que je serais capable de mourir pour défendre le droit d’être moi-même. Si ce journal n’a qu’une vertu c’est celle de m’aider à m’assumer. Parfois, j’ai envie d’avoir honte, je me rends compte de tout ce que j’ai écrit sur moi ici, que j’ai été jusqu’à y afficher mes photos,  je suis traversé par l’idée de tout effacer mais toujours je résiste. Je veux assumer chaque particule de ce que je suis. Je veux être fier, si c’est le seul mot qu’on a trouvé pour contredire la honte. Je veux être moi, qu’on m’accepte tel que je suis ou qu’on passe son chemin. Je me dis aussi que jamais personne ne pourra aimer quelqu’un qui s’exhibe de la sorte et ça me fait peur mais tant pis. Si personne ne peut comprendre, personne n’en vaut la peine.

Je devrais être tolérant envers toutes ces honteuses, que ce soient ces ombres en plein air ou celles qui n’affichent pas leur visage sur internet, je devrais mais je n’y arrive plus. Je suis las. Je suis cerné et je refuse.

Ils n’ont aucune excuse.          

 


4 commentaires

  1. Kab-Aod dit :

    Excessif, comme à ton habitude (semble-t-il), du moins sur ton blog.
    Fréquenter un lieu de drague exige déjà une démarche et une forme de « force » (à Strasbourg et Nantes l’exposition à la police ou aux malfrats existait bel et bien dans ces lieux, je me suis déjà moi-même fait contrôler). J’ai eu l’occasion, sur ces mêmes lieux, de discuter avec ces prétendus « honteuses », et leur témoignage éclairait leur anxiété : certes nous ne vivons pas sous un régime ouvertement homophobe (cf ta photo), mais sociologiquement il est encore, à mon sens, compréhensible que certains gays (de France, par exemple) préfèrent la prudence, voire la lâcheté (mais ce terme est-il juste ?), si l’on considère la pression et les hostilités qui perdurent. Être « fort » serait-il la seule norme louable ?
    Je refuserai, de mon côté, d’ajouter à leurs démons mon jugement de pédé décomplexé.

  2. Lovedreamer dit :

    Rien à te répondre, mon point de vue est déjà développé plus haut.
    Juste ceci : j’invite ici les gens à « s’assumer », toi à porter un tchador ?

  3. Nazeha dit :

    Bonjour Love dreamer,
    Etre homosexuel? on n’est pas homosexuel…on ne nait pas homosexuel, on le devient…c’est refléchi…c’est voulu…meme inconsciemment, a-t-on jamais vu un gros matou ou un clebard dandiner du prose pour attirer un autre matou ou un autre clebard? C’est une façon comme une autre de reprofiler sa quete du désir – et uniquement du désir- donc vouloir en faire une seconde nature et se perdre en circonvolutions du style « j’assume – je defend » ce n’est que de la masturbation intellectuelle… respecte ta nature de matou velu…ou tais-toi!!

  4. Lovedreamer dit :

    Premièrement, quand bien même ce serait un choix, qu’est-ce que ça change à mon histoire ? N’ai-je pas le droit de revendiquer un choix ?
    Deuxièmement,je n’ai jamais décidé d’être homosexuel. Les théories psychanalytico-sociologico-ce que tu veux sont des théories.
    Troisièmement, tu n’as pas porté beaucoup d’attention à la nature, sinon tu y aurais vu des exemples de comportement homosexuel parmi les animaux.
    Quatrièmement, je considère l’homme comme un animal parmi d’autres.
    Cinquièmement, des hommes qui veulent dire à d’autres hommes ce qui se fait ou pas, la culture, les valeurs morales, se demander « ai-je le droit d’être ça », ton commentaire, tes théories, ce n’est rien d’autre que de la masturbation intellectuelle. L’écriture en est et ce n’est que ça.
    J’adore branler mon cerveau (ce journal s’appelle « pollution nocturne »), je vais continuer, je ne te force pas à me lire et ton opinion m’indiffère.

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