Archive pour septembre, 2008

Ma vraie vie dans mes commentaires

Ce qui suit correspond à deux commentaires personnels attachés au texte « 213 mots ». Ce n’est pas la volonté de pondre des billets sans se forcer qui me pousse à les publier ici, c’est encore l’envie de dire les choses, les miennes, et de répondre à ceux qui savent comment je dois vivre ma vie.

(…) Ailleurs ? Deux choses, mon voyage à moi est surtout un voyage intérieur, c’est celui qui est le plus important. Ensuite … Limoges.
Je raconte un peu ma vie dans les commentaires mais bon : ce soir je me suis presque disputé avec deux personnes au sujet de Limoges mais je persiste et je signe.
Si j’étais à Toulouse, je n’écrirais pas que je déteste cette ville et veux être ailleurs, j’imagine qu’il en serait de même pour Lyon, Nantes, Marseille, que-sais-je.
Limoges.
Je ne saurais te convaincre ni qui que ce soit de l’ampleur de l’horreur. Il faut le voir, le vivre et vivre autre chose pour mesurer.
C’est une punition depuis Napoléon, je n’ai rien inventé.
Chacun voit midi à sa porte et on peut certainement être heureux à Limoges mais il n’y a rien de ce que moi, j’aime dans la vi(ll)e ici.
Si j’aime Paris, sa perspective, c’est parce que c’est possible, à Paris tout est possible, si ça ne l’est pas là bas ça ne l’est nulle part en France. Si j’étais espagnol ce serait Madrid, anglais Londres etc… Possible, pas faisable, juste possible.
Puis tout ce que j’aime dans cette ville.
Ca n’a rien à voir avec une fuite, avec cet ailleurs qu’on emmène partout avec soi.
Pour prendre une métaphore, je suis un oiseau et je vis dans un bocal à poisson malheureux.
Alors, ailleurs, oui vraiment, j’en rêve ou j’en meurs, ça dépend des jours.

(…)

Ce blog a commencé à Toulouse, a échoué dans la creuse puis dans la ville-sans-issue. C’est effectivement parcellaire, non seulement parce que c’est une période donnée et aussi parce qu’il y a ce que j’écris et il y a tout le reste.
Ce que je n’aime pas – et je ne parle vraiment pas de toi – c’est que je croise des gens qui envisagent mon envie de vivre à Paris comme un désir idiot, un caprice d’adolescence ou une erreur universellement commise. J’ai 32 ans et si je veux y habiter, peut-être comme quelque chose de provisoire également (le temps me le dira), c’est parce que je la connais déjà, j’y ai passé des mois, j’ai appréhendé ses trottoirs, sa faune, ses rames de métro, de RER, ses jardins, ses mirages aussi. J’ai 32 ans, je le répète et si je ne sais pas grand-chose, je sais ce que je veux dans et pour ma vie et j’ai déjà un bout de route riche en rebondissements et en craquelures derrière moi (certains, à 60 printemps ou plus n’ont connu qu’une ligne droite). Je n’aime pas ça parce que c’est remettre en cause mon intelligence, ma lucidité et mes choix personnels. De plus des gens me parlent de Paris sans l’avoir jamais vraiment vécue, en se basant sur des témoignages de personnes qui en sont revenues (c’est donc que ça ne leur convenait pas), d’autres qui s’en plaignent (l’homme se plaint toujours de ce qui passe à sa portée, y compris de sa ville) ou surtout de leurs envies et de leurs besoins propres. C’est un peu comme si un hétéro voulait me convaincre que c’est bien plus agréable de passer sa nuit avec une fille qu’avec un garçon. J’ai habité ailleurs qu’à Limoges et je n’envisage pas du tout Paris comme un paradis sur terre (vraiment, vraiment pas) mais il y a des rats des champs, des rats des villes et aussi des rats des mégapoles. D’autre part, rien n’est définitif, ma vie n’est pas figée, je peux y partir, je peux en revenir. Un jour, plus tard, je veux habiter au soleil loin des foules. Avant, je veux essayer, je ne veux pas regretter de n’avoir même pas tenté de vivre mes envies. Au fond, je crois que les gens me sous-estiment. Je ne suis absolument pas déconnecté de la « réalité » de la norme.
Ma vie actuelle, ce transit, n’est pas dénuée de choix. Je ne travaille pas, c’en est un. Je ne m’encombre pas de gens qui m’indiffèrent, c’en est un autre. Je ne me force pas à vivre ce qui ne me convient pas.
En ce qui concerne la solidarité des petites villes (Limoges compte 140 000 habitants, 180 000 agglo) je ne l’ai pas rencontrée. J’ai rencontré quelques personnes très sympathiques mais j’aurais pu les trouver à Paris, Melun ou Tombouctou. Les parisiens ne sont pas vraiment agréables ? Et bien, le limougeaud est un parisien en pire, le cadre, le mouvement, le travail, l’ouverture, le côté cosmopolite, l’arbre des possible etc., tout ça en moins. (« ici même les rêves sont étroits »). Le toulousain c’est autre chose, sa surface est accueillante, ses relations peut-être plus superficielles mais il y a une dynamique dans la ville de Toulouse propre aux grandes villes et aussi à elle-même. Toulouse, j’aimais, c’était un lot de consolation très agréable. Je fais des généralités ici, mais il y a des gens formidables partout, bien sur et j’en rencontre quand même. Pour clore ce je-ne-sais-quoi de message, ce que j’attends de la vie, n’est pas une ville, n’est pas une carrière, n’est pas un objet. Je suivrai les choix de mon cœur et quoi qu’on en pense je sais que j’aurai raison. En d’autres termes, si je rencontre un jour l’amour, peu m’importe son lieu de villégiature. Si on veut être prosaïque ou connement statistique, Paris compte 2 millions d’habitants (11 millions agglo) et j’ai plus de chance d’y rencontrer des gens qui me correspondent (parce qu’il y en a plus mais aussi par leur choix de vie, leurs centres d’intérêt, etc …) et un mode de vie qui me convient qu’en crevant ici.

(…)

Miss Antibes 1946

 

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Elle a attendu ses enfants toute la journée. Elle a si peu d’importance qu’ils n’ont même pas daigné la prévenir qu’ils annulaient leur visite. Elle qui ne cuisine plus, elle avait pourtant passé des heures devant ses fourneaux à préparer le plat préféré de son petit. Elle en a mangé la moitié d’une assiette et elle a jeté le reste au milieu de l’après-midi. A quoi bon garder ? Personne ne vient jamais la voir et elle a si peu d’appétit. Elle a passé le reste de la journée comme toutes les autres, devant sa télé. Elle ne la regarde pas, elle se rappelle et fait le compte de tout ce qu’elle a perdu. Elle se sent si seule que son fils lui a gentiment conseillé d’adopter un chat. Elle ne veut pas, les animaux l’ont trop fait souffrir lorsqu’ils sont partis, eux aussi. Quand vingt et un coups ont sonnés sur sa vieille pendule, elle va chercher sa couverture et elle s’étend sur son canapé dans le noir. Elle n’a dit à personne qu’elle n’arrivait plus à monter jusqu’à sa chambre. Jamais elle n’ira mourir dans une maison de retraite parmi des étrangers et des blouses blanches ! Elle préfère rester là, chez elle, à prier chaque jour que ce soit enfin le dernier.

Ceux d’en haut, les araignées du plafond

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Elle vient de rentrer de la pharmacie où elle travaille. Lui, ça fait déjà des heures qu’il est vautré sur le canapé de leur salon à jouer sur sa console. Il n’a pas le temps de baisser la télé pour l’entendre lancer son sempiternel « salut mon cœur, t’as passé une bonne journée ? », la grosse décoratrice cathodique est si bruyante quand elle expose ses idées d’aménagement révolutionnaires. Il aime écouter leurs conversations; depuis qu’ils se sont installés dans l’appartement du dessus, il a suivi toutes leurs disputes, leurs intrigues, leurs nuits passionnées, leurs soirées entre amis, leur mesquinerie, leurs mensonges, tout, grâce aux conduits d’aération il n’en a pas perdu une miette. Même s’il n’ose se l’avouer, il les aime bien, ils le rassurent. Ils sont si ordinaires et prévisibles. Il a fini par calquer ses heures de sommeil sur les leurs pour ne rien perdre du spectacle. Parfois, les samedis, il va faire ses courses dans leur sillage pour leur voler des instants de vie dans les rayons du supermarché et ajouter ainsi quelques images à leur vaudeville radiophonique.  Quand elle le croise, elle lui sourit gentiment mais il sait qu’il lui fait peur, il l’a entendu plusieurs fois confier à son mari qu’avec ses yeux perçants et ses cheveux ébouriffés, il avait l’air de sortir d’un asile d’aliénés. « Je n’aimerais pas le rencontrer dans une rue sombre ». Il ne lui en veut pas, il n’aimerait pas non plus tomber sur son reflet. Depuis qu’elle est partie sans dire un mot il y a trois ans, il se fait peur à lui-même.

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