Minuit

Elle, c’est une femme enfant exceptionnellement pure. Quand je l’ai rencontré à la fac de droit, je me suis demandé ce qui allait bien pouvoir la salir, un jour ou l’autre.  La réponse tardive était au fond de ce bar. Lui, c’est une merde, il ne faut pas dix secondes pour le comprendre. Elle est soumise, elle rit quand il rit, elle allume ses cigarettes et je me demande ce qu’elle fait là, ce qui peut bien lui passer par la tête puis je me rappelle qu’elle n’a même pas vingt ans, qu’elle a tant de choses à découvrir et à apprendre d’elle-même. C’est tentant d’avoir envie de la protéger mais il faut seulement garder un œil sur elle pendant qu’elle vole de ses ailes fragiles, au cas où un vautour traînerait par là. Ce soir il est là et quand elle est dans son bec, qu’est-ce qu’on fait ?

Je suis elle.

Je suis toi aussi, surtout. Je me demande quel est le message, pourquoi je te rencontre vraiment cinq jours avant ton départ pour lui. Au début, je n’aime pas t’entendre parler de cet étrange amour puis quand j’ai fait mon deuil, je voudrais que tu le racontes encore, toute la soirée, jusqu’à ce que j’aie mal à la tête.

Il se passe des choses la nuit, des choses obscures et brillantes pendant que les braves gens dorment d’un sommeil immobile. Il se passe des choses au fond d’un bar, des vies qui s’effilochent, d’autres qui s’envolent, des blessures se réveillent, des égos se meurent dans l’écume d’un mojito de trop, des gens se perdent, des gens se trouvent et la lune brille sans cesse.

J’aime la nuit, je l’aime à la folie, je ne vous l’ai jamais dit ? Que pourrait-il se passer d’important sous un soleil brûlant ?

J’aime ces gens, ces curieux naufragés, ces larmes qui coulent en silence et ces rires qui fusent d’on ne sait plus où.

Ce soir il neigeait et l’enfant que tu redevenais faisait plaisir à voir. J’ai souhaité, je l’ai souhaité vraiment, que tu sois heureux avec lui là bas, que ton heure vienne enfin et que plus personne ne t’empêche d’exister.

J’ai souhaité qu’elle comprenne, d’elle-même, qu’il n’y a rien à voir par là, circulez.

Je suis rentré, fatigué, la tête pleine, je me demandais si j’en avais fini avec ces heures indues ou si je n’étais pas déjà en train d’attendre que le soleil se couche à nouveau, si ma place n’était pas là, au fond, au fond d’un bar, au bord d’un comptoir, à regarder ces vies.

J’attends des réponses avec la nouvelle vague, je la sens qui approche, je ne sais pas où elle m’emmènera et c’est pour ça que j’aime la vie, parfois.

Nul besoin de bouger pour voyager. 

 

dsc00044.jpg

 


6 commentaires

  1. kitty dit :

    Très beau texte, digne d’une veille de trente-trois ans.
    La vie c’est une suite de vagues, non? La prochaine sera sublime. Biz

  2. Lovedreamer dit :

    Non mais dis-donc Kitty, tu sais ce qu’elle te dit la vieille de 32 ans et onze mois ? C’est à cause de cette photo ? La couleur orange me vieillit :) :)
    En vrai, merci de ce message qui me fait très plaisir. La vie est une suite de vagues, oui, exactement et je pense que la prochaine le sera, sublime.
    Plus je vieillis, plus je rajeunis dans ma tête ! A 17 ans, j’étais beaucoup plus vieux, en fait.
    Bisous

  3. kitty dit :

    Une veille pas une « vieille » (c’était bien le 12 ton anniv?)!!! Je ne me serais pas permis! Le « i » fait toute la différence. Si toi tu es vieux, moi je suis grabataire, huhu!
    Je l’ai toujours dit, le temps qui passe et qui nous use n’a qu’un bon côté : se connaître soi-même de mieux en mieux. Ca aide à trouver l’épanouissement, ou au moins à faire peu à peu la paix avec soi-même, et à mieux discerner ce qui est important de ce qui ne l’ai pas.
    Biz :)

  4. Lovedreamer dit :

    La preuve que je suis vieille, je n’y vois plus rien, j’ajoute des i ! Non, je crois surtout qu’en cette période, vieillir m’obsède un peu. Mon anniversaire, c’est le 28. Surpris que tu te rappelle du mois :)
    Bises

  5. kitty dit :

    J’ai dû loucher entre deux lignes sur Facebook, alors. On va ouvrir un club des vieux malvoyants ma parole ;)

  6. Lovedreamer dit :

    Mamie Cécile et Papy Joaquim vous accueillent tous les jours dans le cadre de leur permanence optique entre « le Renard » et « Questions pour un champion », venez nombreux (enfin, ceux qui restent) et avec des vêtements rouges.
    ;)

Si c'est ailleurs ,c'est ici. |
Histoire et fiction - 11ème... |
Critica |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dolunay
| "Le Dernier Carré"
| Les terres arides de l'isol...