Archive pour janvier, 2009

Triste

Elle est morte un matin, il était 6 heures environ. A l’autre bout de la ville, dans la chaleur de mon lit, je me suis réveillé et j’ai regardé la pendule au plafond. Je crois que je savais déjà qu’elle était partie. Quand ma mère a téléphoné un peu plus tard, je n’ai pas voulu répondre et j’ai laissé passer trente minutes avant d’écouter son message.

-   Sois courageux.

Ca m’a mis en colère, il semble que ce soit ma nouvelle façon d’exprimer mon abattement.  J’ai retrouvé ma famille à l’hôpital – « Y’a même Georgio, le fils maudit » – et je me suis énervé dès que je les ai trouvés dans le couloir. Je devais voir Son corps, il le fallait absolument, et je croyais qu’ils essayaient de m’en empêcher. Je voulais être seul, avec Elle, la regarder une dernière fois et lui dire des mots inutiles. Elle n’a pas eu les funérailles qu’Elle méritait, je leur en ai voulu, un peu, mais je n’avais rien à dire, je n’ai pas d’argent.

Dans la chapelle, j’avais envie de chercher des noises à l’aumônier. La cérémonie ressemblait à un cours de catéchisme, je fulminais intérieurement : je me fous de ces foutaises, je ne veux pas qu’on profite de Sa disparition pour me refourguer sa came, j’en ai rien à battre de Lazare et de l’année où a été bénie cette bougie géante qui resservira pour le prochain cadavre…

Retour au crématorium après quelques années. Le cercueil descend, la musique classique exulte et moi, je m’effondre.

Elle est morte.

Je n’ai pas très bien compris.

Quelques jours plus tard, Didier est passé chez moi pour me donner son cadeau de Noël. Je n’avais pas envie de le voir, ça m’obligeait à chercher des mots pour parler de Son départ.

-   Au fait, Ralph m’a dit que tu avais l’air d’être un gentil garçon mais que tu étais triste.

Ce sont toujours les autres qui me font prendre conscience que je suis triste.  Sois courageux ? J’étais déjà triste avant qu’Elle s’en aille, peut-être même suis-je né triste, j’ai l’habitude. J’aurais voulu offrir à son absence le monopole de ce sentiment mais ce n’est qu’un  poids supplémentaire, certes plus lourd que les autres : le poids culminant.

Hiver

Le 3 janvier, après un accident vasculaire cérébral, Elle a été conduite au Centre Hospitalier Universitaire de la ville Satan. Malgré mon inquiétude, j’étais content d’être près d’Elle. Le premier soir, nous avons pu la voir dans ce qui ressemblait à une salle de réanimation. Sans ses lunettes, avec tous ces fils et ces appareillages autour, Elle paraissait dix ans de plus que lors de notre dernière rencontre mais Elle allait relativement bien. Elle parlait haut, son charisme ne l’avait pas quitté, on pouvait sentir que sa force majestueuse continuait d’émaner. Un chirurgien a rencontré ses enfants pour leur proposer une opération dont le détail m’échappe aujourd’hui. Les chances de réveil étaient trop infimes, ils ont préféré refuser. Le lendemain, malgré tout, Elle a du subir un pontage. Quand Elle est revenue du bloc opératoire, Elle n’était plus qu’une vieille ombre fatiguée.  Le chirurgien a été très pessimiste, il a laissé entendre que c’était probablement la Fin. J’ai passé les deux nuits suivantes à son chevet, je ne voulais pas qu’Elle meure seule dans cette froideur. Elle restait près de moi lorsque j’étais enfant et que j’avais été hospitalisé à cause d’une maladie bénigne ou d’un suicide raté. Elle a toujours été là, quoi qu’il arrive, quoi que je lui dise, que je sois aimable ou détestable. Couché sur un lit de fortune, je n’ai pas beaucoup dormi ces nuits là. Dès qu’elle faisait un mouvement, je rallumais la lumière car j’avais peur qu’Elle disparaisse sans crier gare et je voulais pouvoir lui tenir la main le moment venu. Elle est restée une ombre, son bras et la partie gauche de son visage sont paralysés et elle n’ouvre presque plus les yeux. Cependant, Elle n’a pas perdu ses capacités intellectuelles. Même si la plupart du temps on ne comprend pas ses mots, Elle parle, Elle répond aux questions et ça me rassure. Elle est toujours là. Son avenir est plus qu’incertain, la suite est fatalement sombre mais j’aimerais qu’Elle reste encore un peu.

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