Triste

Elle est morte un matin, il était 6 heures environ. A l’autre bout de la ville, dans la chaleur de mon lit, je me suis réveillé et j’ai regardé la pendule au plafond. Je crois que je savais déjà qu’elle était partie. Quand ma mère a téléphoné un peu plus tard, je n’ai pas voulu répondre et j’ai laissé passer trente minutes avant d’écouter son message.

-   Sois courageux.

Ca m’a mis en colère, il semble que ce soit ma nouvelle façon d’exprimer mon abattement.  J’ai retrouvé ma famille à l’hôpital – « Y’a même Georgio, le fils maudit » – et je me suis énervé dès que je les ai trouvés dans le couloir. Je devais voir Son corps, il le fallait absolument, et je croyais qu’ils essayaient de m’en empêcher. Je voulais être seul, avec Elle, la regarder une dernière fois et lui dire des mots inutiles. Elle n’a pas eu les funérailles qu’Elle méritait, je leur en ai voulu, un peu, mais je n’avais rien à dire, je n’ai pas d’argent.

Dans la chapelle, j’avais envie de chercher des noises à l’aumônier. La cérémonie ressemblait à un cours de catéchisme, je fulminais intérieurement : je me fous de ces foutaises, je ne veux pas qu’on profite de Sa disparition pour me refourguer sa came, j’en ai rien à battre de Lazare et de l’année où a été bénie cette bougie géante qui resservira pour le prochain cadavre…

Retour au crématorium après quelques années. Le cercueil descend, la musique classique exulte et moi, je m’effondre.

Elle est morte.

Je n’ai pas très bien compris.

Quelques jours plus tard, Didier est passé chez moi pour me donner son cadeau de Noël. Je n’avais pas envie de le voir, ça m’obligeait à chercher des mots pour parler de Son départ.

-   Au fait, Ralph m’a dit que tu avais l’air d’être un gentil garçon mais que tu étais triste.

Ce sont toujours les autres qui me font prendre conscience que je suis triste.  Sois courageux ? J’étais déjà triste avant qu’Elle s’en aille, peut-être même suis-je né triste, j’ai l’habitude. J’aurais voulu offrir à son absence le monopole de ce sentiment mais ce n’est qu’un  poids supplémentaire, certes plus lourd que les autres : le poids culminant.

 


6 commentaires

  1. Pierre-Yves dit :

    Triste avec toi. Je t’embrasse.

  2. ZaZa dit :

    Je te serre dans mes bras, personne ne l’avait fait pour moi.
    Tu as tout mon soutien J.
    des bises aussi…

  3. Kab-Aod dit :

    Je ne t’embrasse pas, je ne te serre pas dans mes bras, pour moi tu n’es que billets attendus et sentiments suscités, quelqu’un que je lis et qui parfois touche. Et puis je suis maladroit, et très pudique. Mais si jamais tu sortais boire une bière quelque part, imagine que mon verre cogne le tien.

  4. kitty dit :

    Pensée. Amitié.

  5. Lovedreamer dit :

    Merci à vous. Bises

  6. Ouam-Chotte dit :

    Vas-tu bien ? Je l’espère

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