Archive pour avril, 2009

Le blues de bébé Lou

C’est pas facile bébé Lou, je veux bien te l’accorder. Moi, je pensais être amoureux de lui, lui ne l’était pas de moi, toi, tu m’aimes bien mais je ne suis pas sensible à ton charme. Et puis, le buraliste qui est marié …

Non, c’est pas facile. Tu t’interroges, tu te remets en question, « je trouve plus la notice », … Moi je pense à ce que m’avait dit Elohim pour expliquer son manque d’intérêt et je le ressors pour l’occasion. Ca se passe ou ça ne se passe pas. C’est aussi simple et aussi compliqué que ça.

Ca ne te suffit pas, tu sembles avoir besoin de réponses rationnelles.

Qu’est ce que je ferais avec un avocat ? Je préparerais ton cartable, le matin, j’y mettrais des tupperwares remplis de bons petits plats que j’aurais préparés la veille puis je t’embrasserais sur le perron avant d’aller marcher au bord de l’eau, de reprendre mon rien de vie ? Qu’est ce que je te raconterais le soir ? Le gros de mon existence se passe dans ma tête ou en dehors des sentiers battus. Le notable et le marginal ? Ca manque de réalisme, bébé Lou. Je développe un complexe d’infériorité rien qu’à te regarder dans ton prince de Galle.  

C’est vrai que tu as de la conversation, que tu as un corps parfait et un appendice énorme. J’avoue même que quand tu me sers ta version du blues du businessman en me confiant d’anciennes velléités de devenir comédien, j’aurais presque envie de croire que nos deux mondes peuvent se rencontrer sans entrer en collision mais …

Je t’ai dit tout ça puis je t’ai regardé partir tristement et j’ai commencé à m’interroger. Au fond ce ne sont que des foutaises,  la vérité c’est qu’il manque quelque chose, on ne s’emboîte pas. Je crois que c’est physique. Tu ne m’attires pas plus que ça. Je ne me vois pas t’aimer, tu comprends ?  

J’ai failli t’envoyer un message pour te le dire, nous avions été sincères et peut-être fallait-il l’être jusqu’au bout mais comment recevrais-tu cette sentence ?

« Salut, c’est Joaquim. En fait, je dois te l’avouer, physiquement tu ne me plais pas plus que ça. Bonne soirée à toi. Bises. »

Il vaut certainement mieux que tu continues ton bonhomme de chemin. Tu finiras bien par rencontrer quelqu’un avec qui tu t’emboîtes et toutes ces questions idiotes disparaîtront d’elles-mêmes.  

Ca ne se passe pas.

Que pourrait-on trouver de plus pertinent ?

Fumer excite ma libido

J’aime quand il me sourit

J’aime le buraliste Maman

Je n’aime pas vraiment le buraliste, cher journal – il est marié, ce serait encore une mauvaise voie – mais il me plait beaucoup. Quand je décide d’acheter des cigarettes, je pourrais le faire en bas de chez moi mais je marche deux cents mètres de plus pour l’apercevoir. Son physique n’a pourtant rien de transcendant, d’aucuns diraient qu’il est assez quelconque mais ces choses là ne s’expliquent pas. Il est sympathique, ça compte.

Cet après-midi, après que j’ai craqué, il m’a parlé, je veux dire « parler vraiment », en dehors des civilités, pour la première fois. Certes, nous en sommes restés à une conversation sur les cigarettes mais c’est un bon début et c’était agréable de le regarder s’animer derrière son comptoir. Il m’a appris que le cowboy était toujours le meilleur dealer de l’ouest, m’a renseigné sur les pratiques de ses fournisseurs, sur les consortiums en vigueur, sur sa clientèle. Je fixais ses lèvres et j’essayais de lui faire passer des messages silencieux, d’avoir l’air un peu moins hétérosexuel mais je ne voyais pas comment j’aurais pu être plus entreprenant. Je sais pourtant de source sûre, une conversation avec une commère de mes connaissances, complètement folle, la pauvre, qu’il n’est pas farouche et que d’autres ont eu l’honneur de s’entretenir plus … intimement avec lui. Ca nourrit mes espoirs de rapprochement.

Maintenant que nous avons ébauché un semblant de dialogue, il faut absolument que je retourne le voir bientôt, autant dire qu’un sevrage complet est inenvisageable. Je sais bien ce que tu dois penser, cher journal, tes raisonnements machiavéliques t’amènent à soupçonner  mon esprit malade d’avoir seulement besoin d’un prétexte pour continuer à s’enfumer. Ca m’a effleuré, moi aussi. Je pourrais acheter la presse chez lui, me diras-tu mais il me faudrait alors lire les nouvelles pour ne pas jeter mon maigre pécule par les fenêtres et c’est hors de question, trop d’angoisses en perspective. Peut-être irais-je boire un verre à son comptoir et laisserais-je l’alcool me guider…

 A bientôt, cher journal. Je ne t’embrasse pas, mon écran est un peu sale.

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FUMER C’EST TRES TRES MAL

(Et puis, même en fumant beaucoup,

 peu de chance que tu lui ressembles un jour,

Essaie avec ça)

Folk

Nos images mouvantes se rejoignent dans une danse électronique. Frotte ton corps contre le mien, bouge, quand le jour se lèvera, nous ne ferons plus qu’un et nous disparaitrons dans la mire de la télé. Nos irons polluer d’autres ondes.

Ressens-tu ce désir vertigineux de s’abandonner à la nuit encore une fois, perçois-tu les possibles ?

C’est un sacrifice humain, une transe nue sous la lune, un bang de sauge divinatoire, une prière à Shiva.

Nam Myoho Renge Kyo

Nam Myoho Renge Kyo

Pour déclarer forfait, il est bien trop tôt.

A force de sauter en l’air et de s’écraser sur le sol de toutes nos forces, nous réussirons à briser cette dimension, nous flotterons dans l’espace avec des volutes de fumée rouge.

Je te jure que tu ne leur ressembles pas. Tu réinventes ma nuit…

Bouge, bouge pendant qu’ils dorment.

Midinette IV, l’empire des sens contre-attaque

Cher journal, depuis quelques jours je saisis les opportunités qui se présentent dans ma vie, je prends tout ce qu’il y a à prendre et crois-moi, ce n’est pas grand-chose.Hier soir, c’était un corps couché contre le mien qui ressemblait à mon idéal physique : carré, puissant, de légers biceps, un peu de ventre, du poil et encore du poil. Demain, je rencontrerai peut-être celui qui aurait su s’en servir puis après demain, un visage qui me plairait et enfin, un jour, il est bon de rêver, une conversation saura m’intéresser. Quelqu’un qui possèderait la panoplie complète ? Comme vous y allez, grand fou, ce n’est qu’un fantasme digne du docteur Frankenstein !

J’ai donné du plaisir au corps sous les poils – je suis doué pour ça – puis je l’ai laissé partir en me retenant de ne pas déjà chercher le suivant. On nous dit « Carpe diem », cueille l’instant mais quand l’instant n’est qu’une autre fraction d’ennui, On fait moins le malin.

Ce matin, après les deux heures de sommeil qui constituent mes nuits quand je ne fume pas, j’ai trouvé sur mon cellulaire le message d’un homme marié que j’ai croisé à plusieurs reprises dans les tasses du centre ville. Nous avons discuté au téléphone, j’ai pris une douche et je suis parti le rejoindre à son travail. Clientèle extérieure.

Il m’avait dit être tout près de chez moi mais j’ai marché presque une demi heure avant de trouver l’usine désertée qu’il surveille le week-end. Assis sur une poubelle renversée, nu au milieu de vestiaires mâles, sa tête entre mes jambes, j’avais l’impression de jouer dans un film porno, même si nous n’avions rien de comédiens, ce gros nounours et moi. C’était très agréable.

Avant de repartir, je lui ai demandé une cigarette puis une deuxième. En ce dimanche, je pouvais bien m’autoriser encore un petit plaisir, Dieu lui-même m’aurait donné son aval. Je rentrais d’un pas presque léger quand, en passant devant l’Eglise Sainte Régane, j’ai été surpris de voir autant de monde se rendre à la messe des Rameaux. Sommes-nous vraiment de la même espèce ces gens et moi ou nous contentons-nous de coexister péniblement ?

En approchant de chez moi, je me suis rappelé que je n’avais rien à y faire. Si la journée avait bien commencé, la suite du programme s’annonçait mortifère. Le sexe est mon seul luxe, quand je me réveille et que je commence à arpenter la toile comme une petite araignée nymphomane, il devient un objectif à poursuivre et la journée passe plus vite. A dix heures, je l’avais déjà atteint, que me restait-il à faire ?

Ecrire ? Je n’ai pas réussi à tracer une ligne depuis la lettre de refus de Marylin Bovary-Cublan, lectrice pour les éditions Le Gibouiboui :

«  …pas franchement captivant… conté de façon trop terne, monotone… n’a pas vraiment de qualités littéraires… l’écriture n’évite pas les lourdeurs…»

J’ai essayé de me dire que mes mots ne touchaient simplement pas sa sensibilité mais Marylin m’a fait mal, je l’avoue. Je me demande si ça sera comptabilisé dans son permis à points karmique ? Cependant, mon vrai problème avec cette critique, c’est que je pense comme elle…

Et puis, cher journal, tout ce sexe, est ce que c’est moi ? Je suis un sentimental, bordel à culs mais je dois bien me contenter des bonheurs disponibles. J’espère que ça m’aide à devenir plus libre, à rajeunir encore. Je voudrais un jour regarder ce monde avec légèreté, ne plus voir qu’un horizon dégagé. Quand on a dépensé tant d’énergie à essayer d’y parvenir, ce n’est pas possible qu’il en soit autrement.

J’aurai vaincu la ville Satan, tout le reste. Je serai fort, je serai fier. Je serai la quintessence de moi-même.

 

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Nowhere, Gregg Araki

 

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