Midinette IV, l’empire des sens contre-attaque

Cher journal, depuis quelques jours je saisis les opportunités qui se présentent dans ma vie, je prends tout ce qu’il y a à prendre et crois-moi, ce n’est pas grand-chose.Hier soir, c’était un corps couché contre le mien qui ressemblait à mon idéal physique : carré, puissant, de légers biceps, un peu de ventre, du poil et encore du poil. Demain, je rencontrerai peut-être celui qui aurait su s’en servir puis après demain, un visage qui me plairait et enfin, un jour, il est bon de rêver, une conversation saura m’intéresser. Quelqu’un qui possèderait la panoplie complète ? Comme vous y allez, grand fou, ce n’est qu’un fantasme digne du docteur Frankenstein !

J’ai donné du plaisir au corps sous les poils – je suis doué pour ça – puis je l’ai laissé partir en me retenant de ne pas déjà chercher le suivant. On nous dit « Carpe diem », cueille l’instant mais quand l’instant n’est qu’une autre fraction d’ennui, On fait moins le malin.

Ce matin, après les deux heures de sommeil qui constituent mes nuits quand je ne fume pas, j’ai trouvé sur mon cellulaire le message d’un homme marié que j’ai croisé à plusieurs reprises dans les tasses du centre ville. Nous avons discuté au téléphone, j’ai pris une douche et je suis parti le rejoindre à son travail. Clientèle extérieure.

Il m’avait dit être tout près de chez moi mais j’ai marché presque une demi heure avant de trouver l’usine désertée qu’il surveille le week-end. Assis sur une poubelle renversée, nu au milieu de vestiaires mâles, sa tête entre mes jambes, j’avais l’impression de jouer dans un film porno, même si nous n’avions rien de comédiens, ce gros nounours et moi. C’était très agréable.

Avant de repartir, je lui ai demandé une cigarette puis une deuxième. En ce dimanche, je pouvais bien m’autoriser encore un petit plaisir, Dieu lui-même m’aurait donné son aval. Je rentrais d’un pas presque léger quand, en passant devant l’Eglise Sainte Régane, j’ai été surpris de voir autant de monde se rendre à la messe des Rameaux. Sommes-nous vraiment de la même espèce ces gens et moi ou nous contentons-nous de coexister péniblement ?

En approchant de chez moi, je me suis rappelé que je n’avais rien à y faire. Si la journée avait bien commencé, la suite du programme s’annonçait mortifère. Le sexe est mon seul luxe, quand je me réveille et que je commence à arpenter la toile comme une petite araignée nymphomane, il devient un objectif à poursuivre et la journée passe plus vite. A dix heures, je l’avais déjà atteint, que me restait-il à faire ?

Ecrire ? Je n’ai pas réussi à tracer une ligne depuis la lettre de refus de Marylin Bovary-Cublan, lectrice pour les éditions Le Gibouiboui :

«  …pas franchement captivant… conté de façon trop terne, monotone… n’a pas vraiment de qualités littéraires… l’écriture n’évite pas les lourdeurs…»

J’ai essayé de me dire que mes mots ne touchaient simplement pas sa sensibilité mais Marylin m’a fait mal, je l’avoue. Je me demande si ça sera comptabilisé dans son permis à points karmique ? Cependant, mon vrai problème avec cette critique, c’est que je pense comme elle…

Et puis, cher journal, tout ce sexe, est ce que c’est moi ? Je suis un sentimental, bordel à culs mais je dois bien me contenter des bonheurs disponibles. J’espère que ça m’aide à devenir plus libre, à rajeunir encore. Je voudrais un jour regarder ce monde avec légèreté, ne plus voir qu’un horizon dégagé. Quand on a dépensé tant d’énergie à essayer d’y parvenir, ce n’est pas possible qu’il en soit autrement.

J’aurai vaincu la ville Satan, tout le reste. Je serai fort, je serai fier. Je serai la quintessence de moi-même.

 

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Nowhere, Gregg Araki

 

 WE BELIEEEEEEEVE !  WE BELIEEEEVE !

 


5 commentaires

  1. Pierre-Yves dit :

    Si elle s’est donné la peine de t’écrire tout ça, c’est qu’elle t’a lu, la Marylin. C’est déjà quelque chose. Une autre Marylin m’a déjà écrit « phrases illisibles, vocabulaire limité, orthographe déficient » faut pas s’en faire avec ça. Toi, tu baises à droite et à gauche. Elle, elle crache sur les gens. Chacun sa façon de se défouler…

    Sinon, le sexe, c’est bien plus que ça.

  2. Kab-Aod dit :

    À combien d’éditeur as-tu envoyé le manuscrit ?
    Perso j’ai également reçu toute sorte de réponses, de la lettre type au petit mot d’encouragement. Je ne désespère pas de les convaincre un jour.

  3. Ouam-Chotte dit :

    Euh modestement, si tu veux m’envoyer ton manuscrit… ça m’intéresse, tu sais.

    Bises

  4. J’aime beaucoup tes écrits. Ces lettres sont d’une honnêteter que je trouve rarement dans lesa autres lettres que je lis. Tu est vrai et crue, j’ime bien ton style.
    Bonne journée

  5. Lovedreamer dit :

    Pierre-Yves : Bien sur, c’est bien plus que ça. C’est une anecdote dans une expérience.

    Kab-Aod : 4 ou 5

    Ouam : C’est gentil mais c’est un manuscrit sans en être un… Enfin, je me comprends :)

    Ame inaperçue : Merci

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