Les autres

-    J’ai parlé de toi avec mon ex.

-    Ah bon ??!

-     Il se demande si cette relation est bonne pour moi, il la trouve ambigüe.

Ca ne se passait pas trop mal et voilà qu’il me dit ça, je sens la colère qui pointe le bout de son nez. Nos rapports lui semblent ambigus parce que ce sont des rapports amicaux qui se muent immanquablement en rapports sexuels. Nous nous voyons une fois par semaine environ, nous faisons de longues promenades puis nous dînons ensemble avant de finir dans son lit. Quand je l’ai rencontré il y a quelques mois, il était tellement dans l’attente de vivre une histoire d’amour que j’ai clarifié les choses : je n’étais pas épris de lui et ne le serais certainement jamais. Je lui ai proposé de s’en tenir à une relation purement amicale mais il n’avait pas l’air plus perturbé que moi de jouer sur les deux registres, nous avons donc continué.

-     Tu diras à ton ex que nos rapports n’ont rien d’ambigus. En ce qui me concerne, les choses sont on-ne-peut-plus claires et je pense les avoir explicitées. Il ne faut rien attendre de moi. Est-ce qu’on est obligé de définir notre relation, de la mettre dans des cases ? Ne peut-on pas prendre ce qu’il y a à prendre ?

-     Oui mais mon ex me connait bien,  il pense qu’à la longue cette relation va me faire souffrir.

-     Ecoute, je suis une grande personne, je sais à peu près qui je suis et surtout, je sais ce que je veux. Je n’ai pas besoin qu’on me dise ce que je dois faire ni ce qui est bon pour moi. Toi, tu penses quoi ?  Pourquoi tu projettes ?

-     J’aime bien passer du temps avec toi… Le problème c’est que je risque de m’attacher et de souffrir, ça m’est déjà arrivé…

De mon côté, je n’ai jamais envisagé que je pourrais m’attacher, il est comme la plupart des gens : il m’emmerde. Ce que j’aime chez lui c’est qu’il est profondément gentil et qu’il n’est pas dénué d’humour mais j’ai l’impression de toujours devoir marquer un temps d’arrêt pour l’attendre, dans nos balades comme dans nos conversations. Ca devrait me reposer mais ça me fatigue. Je vais à nos rendez-vous à reculons et si nous en restons là, il se pourrait même que je sois soulagé.

Quand nous nous quittons, peut-être pour la dernière fois, je vais me balader seul au bord de l’eau. J’éteins mon téléphone, j’enfile mes lunettes noires et j’essaie de ne pas regarder les gens. Si mon baladeur fonctionnait encore, je mettrais des écouteurs pour que leurs bavardages ne me rappellent pas qu’ils existent. Sartre dit que l’enfer c’est les autres. Que ce soient eux, effectivement, que ce soit le rapport qu’on entretient avec eux ou avec leur regard, Sartre a diablement raison. Si je parvenais à ne plus voir, à ne plus entendre personne, si je pouvais m’enfouir dans ma bulle, je souffrirais beaucoup moins.

 


2 commentaires

  1. ZaZa dit :

    « Pas besoin de grill, l’Enfer c’est les autres. »

    Moi aussi j’ai dressé des murs autour de moi. J’ai stagné au fond de ma bullette. In fine, je n’en suis que plus malheureuse. Contrainte par ma propre faute de défaire ce que j’avais construit pour me protéger des autres. Une double souffre infligée par moi seule.
    De toutes façons, on est toujours tout seul. Toujours. Avec ou sans les autres. Apprendre à composer avec l’altérité.

    Des bises en passant, tiens… ^^

    zazement résignée.

  2. Pierre-Yves dit :

    L’enfer c’est les autres. La vie c’est l’enfer. La vie c’est les autres. Les autres.

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