Oiseaux de nuit

Je ne sais pas si Laurent est un ami, si c’est un copain de fortune, je ne sais pas si je le laisserai sur le quai au prochain départ, je sais seulement que je ne l’oublierai pas, je n’ai oublié personne.

Laurent porte un éclat que rien ne saurait éteindre, c’est son côté « folle suprême » qui me séduit surtout. Quand nous sommes réunis, sa seule présence m’oblige à assumer ce que je suis. Lui, il n’a jamais honte de lui-même. Fashionista impeccable, « garçon-fille à l’allure stupéfiante »,  il marche dans la grisaille de la ville Satan d’une élégance snobe comme on marcherait sur la croisette ou sur un podium, il illumine tout ça.

Depuis presque un an, plusieurs soirs par semaine, nous sortons boire un verre avec Daniel avant d’aller faire un tour dans le lieu de drague pédé, à la périphérie. La plupart du temps, nous restons dans la voiture à bavarder en regardant le manège. Parfois Daniel pousse à fond le son de son autoradio qui joue du Bach, du Saint-Saëns ou des morceaux de Michel Legrand. Ils font tous la gueule ou la belle, seuls dans leur coin, ça nous fait rire d’être anachroniques et que ces gens puissent nous prendre pour des cinglés. Il me tarde d’aller bientôt  déambuler là bas avec ces loups « face à main » qui nous font rire bêtement, histoire d’en rajouter.

Ce soir  nous sommes allés prendre l’air à la campagne, nous y avons oublié l’heure et en rentrant au milieu de la nuit, Daniel a tenu à s’arrêter devant la chapelle du cul. Nous fumons une cigarette dehors dans un des parkings quand Laurent reconnait son ancien ami dont il est toujours très épris. Il marche dans notre direction, probablement intrigué par ce petit groupe aux dispositions incertaines. Laurent s’avance vers lui,  reconnaissable entre mille mais l’autre fait demi tour pour ne pas lui parler et disparait dans sa voiture de sport.

Quelques instants plus tard Laurent est effondré sur la banquette arrière, sa tristesse m’envahit, son angoisse me paralyse comme si c’était la mienne, à tel point que je ne sais pas quoi lui dire pour le réconforter. La nuit était magnifique, la soirée excellente et puis … c’est la vie. Quand nous le déposons devant son immeuble, je m’interroge. Je découvre que j’ai plus d’affection pour lui que je voulais le croire. Je ne sais pas si c’est un ami mais, bien souvent, il jette des paillettes sur ma nuit…

 


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