Archive pour janvier, 2010

Pauvre pécheur

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Sortie 4

Les gens que je rencontre me donnent envie d’être seul. J’ai beau fouillé la botte de foin, je tombe rarement sur un semblable. Dans une salle d’attente, avant-hier, je n’ai même pas répondu à la conversation qu’on me proposait. Tremblement de terre, météo hivernale, inflation, Nicolas … J’ai tourné la tête, je n’ai rien à dire sur ces sujets qui m’indiffèrent, je n’ai plus envie de me tracasser à trouver des formules consensuelles pour satisfaire ces inconnus ennuyeux.

La vie est mon unique passion. J’aime que les gens me racontent leur histoire, en long, en large, et je suis prêt à faire de même pour peu qu’ils s’intéressent. Je ne supporte plus ceux qui se protègent d’on-ne-sait-quoi en auréolant de secret leur existence insipide, comme si des journaux à l’affut crevaient d’en dévoiler le vide à leurs lecteurs passionnés.

C’est aussi pour ça que François m’attire. Pour notre premier rendez-vous,  je l’ai retrouvé dans ce café artistico-chic où je n’étais pas revenu depuis qu’il avait été le théâtre d’un autre coup de cœur, des années plus tôt.  Il se racontait avec un foisonnement de détails et je buvais ses paroles. Non seulement son parcours était original mais je crois qu’il était capable de rendre n’importe quelle anecdote intéressante. J’ouvrais seulement la bouche pour l’encourager à poursuivre. J’avais terriblement envie de l’embrasser, je le regardais bouger, m’émerveillais de son allure si hétérosexuelle et le désir montait, exacerbé par la frustration de ne pouvoir le toucher et parce que je savais qu’on se quitterait dans la rue, qu’il n’y aurait pas de suite immédiate, aucun corps à corps en perspective. Dehors, au moment de se laisser, il m’a pris dans ses bras et j’ai vacillé légèrement. Mes lèvres ont cherché son cou mais je ne pouvais pas m’y attarder.

Le soir, il m’envoyait un message pour me dire qu’il avait perçu mon émotion et qu’il éprouvait quelque chose de particulier pour moi. Ravi, je lui répondais que c’était réciproque et lui proposais de passer l’après-midi ensemble deux jours plus tard, dernière opportunité avant mon billet retour pour la ville Satan.

Cependant, le lendemain, sardine parmi les sardines du Métropolitain, je traversais Paris pour rencontrer un autre garçon quand mon téléphone m’avertit de la réception d’un courrier. C’était François qui me parlait du Destin cabochard qui décide parfois d’empêcher les choses de se réaliser. Il devait quitter la ville dans l’urgence, on ne pourrait pas se revoir avant mon départ. J’aurais du être triste mais j’étais subjugué. Dans cette cohue, prisonnier du mouvement qui me conduisait inexorablement vers un autre carrefour, je me sentais si proche de ce dont il m’entretenait. Peut-être que je ne le reverrais effectivement jamais, que ma route n’allait pas dans cette direction mais il était grisant de se dire qu’une telle route existait bel et bien, qu’il était impossible de se perdre complètement, qu’il suffisait de se laisser conduire jusqu’à la prochaine station et d’ouvrir grand les yeux pour accueillir ce qui attendait là bas.

Je suis un éternel étranger, une lesbienne d’un autre genre égarée au milieu d’une meute de pédés par les affinités masculines de son désir amoureux (c’est tellement évident), et  la dernière personne, peut-être la seule, à me comprendre, à  m’entrevoir vraiment, avait été Elohim, deux ans auparavant. Aussi aérienne fût notre relation – à tel point que le terme « relation » paraît inapproprié – aussi contestables fussent par conséquent les sentiments que j’avais éprouvés pour lui, Elohim était la créature la plus proche d’un semblable qu’il m’ait été donné de croiser depuis bien longtemps. S’il me plaisait beaucoup, j’avais le sentiment que François, quant à lui, méprisait mon âme, ne cherchait même pas à la découvrir. Il était séduit par mon physique et il aimait me parler parce que je savais l’écouter. Son dialecte me rappelait mon langage et c’était très agréable mais j’étais rassuré à l’idée que le destin puisse me préserver de mon attirance pour lui.

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