Archive pour avril, 2010

Le reptilien

 

Je me réveille en sursaut et le découvre debout dans la pénombre en train de m’observer. Est-ce un prédateur ?!! Je suis pris de panique, je crois même que j’halète en lui demandant :

- Mon dieu, qu’est-ce que tu fais là ?!

- Je te regardais dormir.

Il sourit et continue de me scruter avec une tendresse horripilante. Mon cœur va exploser, j’ai envie de le chasser à coups de balai.

- Tu m’as fait peur !

- Je vois ça.

Il minaude et vient m’embrasser dans le cou en se collant contre moi.

- Tu me fais rire !

Ses lèvres m’insupportent, ses mots sont monstrueux, c’en est trop, je veux qu’il parte, je le repousse en tentant de réfréner mon agressivité.

- Ecoute, j’ai dormi deux heures, je suis mort de fatigue et j’ai n’ai qu’une envie : me reposer encore. Ne m’en veux pas mais je ne suis pas d’humeur câline, pas le moins du monde.

- Ah … Tu dors depuis deux heures ? C’est marrant, moi je suis REVEILLE depuis deux heures.

- Pourquoi tu ne t’es pas levé ?

- Je ne voulais pas te déranger.

Moi, je ne voulais pas qu’il dorme ici. Je lui avais d’ailleurs proposé de venir « passer un moment » avec moi pour cette raison, pensant qu’il comprendrait le sens de cette phrase. Juste un moment… La dernière fois qu’on s’était vus, sa conversation m’avait assommé mais j’avais apprécié ses caresses, allant même jusqu’à les trouver hors du commun. Ce soir cependant, cinq minutes en sa compagnie avaient suffit à me donner envie qu’il décampe.

Ca avait commencé quand je lui avais proposé un thé.

- Un café, si tu préfères ?

- Non… je vais me contenter de prendre un petit métis.

La formulation m’avait dérangé, je ne parviens pas à me l’expliquer, peut-être parce que je m’étais senti relégué au rang d’objet de consommation, peut-être parce que cette classification stupide dont j’avais oublié depuis longtemps qu’elle pouvait me concerner n’était pas digne de me représenter (je me suis souvent senti être un mélange de beaucoup de choses mais jamais celui-là), … Quoi qu’il en soit le sourire qu’il affichait en disant ça, la façon qu’il avait eu de me prendre dans ses bras juste après – mièvre, presque condescendante – m’avaient perturbé encore un peu.

Un peu plus tard, nous étions en train de baiser, au beau milieu, quand j’avais réalisé que ses petits yeux de lézard, les mouvements de son corps, même ses caresses, tout chez lui m’exaspérait. Après avoir poussé quelques soupirs qu’il avait du prendre pour de la satisfaction, je n’en pouvais plus, je m’étais allongé sur le côté du lit pour mettre de la distance entre nos deux corps et j’avais pensé avec amertume à une cigarette qui, en plus de me calmer, nous aurait encore mieux séparés. J’avais cherché l’heure et l’avais trouvée, soulagé, tout à fait décente pour son retour chez lui. Malheureusement, il n’avait pas semblé perturbé par mes sautes d’humeur et après une conversation où l’accablait son manque d’ouverture, j’avais compris qu’il commençait à s’endormir.

Je ne trouvais pas la force de lui dire que je préférais qu’il s’en aille et fulminais sans parvenir à me résigner. Cette situation me semblait insupportable, je me sentais prisonnier dans mon propre appartement. Dix minutes plus tard, il ronflait à plein régime et, moi-même, de rage las, je commençais à somnoler quand, juste avant de sombrer, au bord du précipice j’avais pensé :

« C’est pas possible, tu ne peux pas te laisser faire de la sorte. Aie confiance en toi, tu es dans tes murs, tu fais ce que tu veux. Tu l’emmerdes ! ».

Alors, je sautais du lit en lui disant :

- Ecoute, je n’arrive pas à dormir, 2 h du matin c’est beaucoup trop tôt pour moi. Je vais dans le salon, faire un tour sur le net. Ne sois pas surpris, je m’assoupirai certainement sur la banquette.

Je lui laissais juste le temps de grommeler « Ah bon ? », j’attrapais une couverture dans mon armoire et partais sur la pointe des pieds mais sans me retourner.

Dans le séjour, quel soulagement, j’étais tiré d’affaire, j’avais réussi à ne pas me laisser envahir tout à fait. La tension s’amenuisait tandis que, sur l’ordinateur, j’ouvrais des pages et des pages, savourant ma liberté jusqu’à ce que la nuit s’éclipse. Je me sentais un peu coupable mais je me forçais à ne pas y prêter trop attention. A l’aube, je me dis qu’il serait de bon ton de retourner dans ma chambre, j’hésitais un long moment mais ça n’aurait été que pour plaire au parasite et ça aurait ravivé ses ardeurs. J’éteignais la lumière et trouvais Morphée en quelques secondes.

Je pensais me réveiller dans de meilleures dispositions mais c’est tout le contraire. Je suis irritable comme un nouveau né privé de repos. Il reste encore un moment, qui me semble une éternité, à me regarder puis comprend enfin qu’il serait mieux chez lui et se décide à aller s’habiller dans ma chambre. Mes paupières se ferment toutes seules et quand je les rouvre, je sursaute à nouveau. Il a traversé l’appartement sans que j’entende un de ses pas.

- Mon Dieu, tu es là …

Il est silencieux comme un serpent.

- Tu es plus discret qu’un chat !

Il rit doucement en enfilant sa dernière peau et revient m’embrasser.

- Allez, je te laisse dormir. On s’appelle ?

- Uh umm. Rentre bien.

Dès qu’il a passé la porte, je me lève pour la fermer à clefs, j’allume les lumières et me prépare une tasse de thé. Je téléphonerais bien à quelqu’un pour lui raconter ma nuit même si au fond, il ne s’est rien passé d’intéressant. Je me sens trop libre pour me rendormir tout de suite, j’emporte mon ordinateur dans la chambre et me plonge dans un épisode de la série télévisée qui m’occupe en ce moment.

Deux semaines plus tard, le serpent envoie un message pour faire mine de prendre de mes nouvelles.

Je ne réponds pas. Jamais.

 

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