Doktor Joaquim

Je croyais l’insulter, l’humilier, le traîner plus bas que terre. Je pensais qu’on allait rester figés dans nos rôles respectifs. Il serait le soumis, moi le sadique. Doktor Joaquim. Et la radio jouerait du Wagner. Cette histoire m’a excité des journées entières. Je me réveillais en y pensant, je peaufinais les détails, trouvais LA position d’inconfort, l’insulte qui fait mouche puis remettais la virgule à la bonne place. Ça m’effrayait aussi, j’avais le trac comme un comédien à la veille d’un grand rôle et cette éternelle question m’obsédait : allais-je être à la hauteur ? D’autres encore. Est-ce que j’aimerais ça, finalement ? Était-ce le début de ma carrière dans la domination hard ou le chant d’un cygne à peine éclos ?

Un fantasme qui doit rester tel pour continuer d’exister ?

 Ca ne s’est pas du tout passé comme je l’imaginais. Ce n’était pas décevant mais différent. Il m’a fait remarquer que je prenais cette comédie trop au sérieux en glissant «on s’amuse, c’est tout». C’était un excellent résumé. Nous étions deux grands enfants qui jouent au docteur, il n’y avait vraiment pas de quoi en faire un plat. Ce qui aurait du être le plus sophistiqué, le plus compliqué de mes cinq à sept se révélait plus reposant que tout ce que j’ai pu vivre dernièrement. Il y avait dans cette libre interprétation d’une visite médicale sadomasochiste plus de respect, de part et d’autre que dans le sexe ordinaire, souvent sans saveur, pratiqué presque toujours avec de pauvres hères que rien ne sauve.

 La représentation lui a plu. A moi aussi mais principalement pour d’autres raisons. Son corps était un rêve mais surtout, il était simple, j’ai tellement besoin de ça. Pas cette simplicité que certains prétendent incarner et qui n’est qu’un habit, une manigance. Lui n’avait rien derrière la tête, il était nu devant moi, nu sur mon parquet, à quatre pattes, comme un taureau qui attend la dernière estocade sans illusion, ni même une intention. Alors que le rideau menaçait de s’écrouler, je lui ai tendu un petit récipient et lui ai demandé de me fournir un échantillon sans plus attendre.

Je méritais un peu de repos, je me suis couché et simple spectateur, je l’ai regardé procéder.

 Quand il est parti, je me sentais bien, si calme, presque comblé. J’avais trouvé des réponses à mes questions. Il n’y avait pas de choix à faire, pas de prochaine spécialisation de ma sexualité, pas de révélation mais une alternative de plus à emprunter selon l’envie.

J’avais faim, plus encore qu’avant, de nudité, de vérité et d’absolu.

 

 

The faint, Fish in a womb

 


Un commentaire

  1. denis dit :

    Oui, je comprends, c’est un fantasme fréquent, une bonne visite médicale nu.

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