Fol espoir

La route est longue, boueuse, inhospitalière et indocile. Le voyage se fait de nuit, aux heures les plus froides, quand le brouillard se mêle au givre. Les grillons ne chantent plus, ils sont tous fous. Les fossés sont remplis des déchets toxiques d’un empire industriel dont personne ne peut se rappeler ni le nom ni la substance.

J’ai aperçu un enfant qui cherchait des cafards. J’avais faim, moi aussi et je me suis demandé avec effroi combien de temps les pauvres chairs de son petit corps me permettraient de tenir.

Il va mourir, de toute façon. IL VA MOURIR. N’est-ce pas évident ? Tu lui rendrais service. Et à toi aussi.

Je suis tellement fatigué que j’oublie de plus en plus souvent où mène cette route et ce que je peux bien faire là. Je me réveille de mes absences assis ou couché sur le sol et malgré tous ces mois d’errance à l’agonie, mon premier réflexe est encore de chercher l’heure à mon poignet.

EST-CE QUE JE L’AI TUÉ ??

Non, je ne suis pas un tueur, pas du tout. Je suis plutôt une gentille personne, je suis la plus gentille personne que je connais. Il était si effrayé qu’il n’arrivait plus à dormir. Je l’ai bercé dans mes bras puis je l’ai aidé à retrouver son chemin. J’ai fait ce que j’ai pu. Comme toujours.

Je me souviens, je suis sur la route de Saint-Nazaire ! Les dernières personnes encore saines d’esprit avec qui j’ai parlées avaient entendu dire qu’on y trouve des bateaux qui vont jusqu’au sud des Amériques. Il paraît que là bas ils n’ont pas été touchés, que tout est comme avant.

Comme avant.

Je suis un gentil garçon. Je n’étouffe pas les enfants après qu’ils m’aient accordé assez de leur confiance pour s’assoupir à mes côtés. J’essaie d’aider les autres. Je mérite une autre chance. Quand je serai enfin à Buenos Aires, je reconstruirai ma vie. Je rencontrerai peut-être une jolie muchacha, je trouverai un travail et une maison. Je ne penserai plus à manger des enfants.

Pour l’heure, je vais faire un feu de camp avec de vieux habits, de la terre et des cartons puis je m’allongerai pour contempler la lune. C’est la même qu’on voit de Buenos Aires. Sauf qu’elle y est plus belle, je le sais. Tout s’illumine quand on le regarde avec sérénité.

Ce soir, même la faim m’a quitté. C’est sûrement ce qui arrive après un long jeûne. J’ai un peu mal au crane et mes oreilles bourdonnent. Il m’a semblé entendre une meute de chiens au loin. Est-ce que je vais mourir cette nuit ?? Non, Dieu ne le permettrait pas. Je ne mérite pas ça, je suis quelqu’un de bien. On n’en fait plus des comme moi. En fait, il se pourrait même qu’on n’en ait jamais fait.

Buenos Aires, je serai là très bientôt. Le vent est incertain et la route meurtrière mais je garde le sourire, je crois en toi.

 


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