Archive pour novembre, 2014

Grand déballage et fureur cosmique

 

Ce sera une journée ordinaire. Après un jeûne de quelques jours, je marcherai jusqu’à un supermarché, j’achèterai des kilos de fruits, ma version personnelle du pain quotidien mais je ne mangerai pas avant de redescendre. D’abord je passerai par Jardibouiboui et pendant que je lui tends mes paquets d’ipomées, j’essaierai de sourire à la caissière. Ça ressemblera à un rictus. Évidemment. Vous avez vu la gueule des gens d’ici ? On ne sourit pas dans cette ville de merde, on vous lâcherait les chiens. Malgré tout, je serai poli au possible, presque mielleux, pour peu qu’on soit correct avec moi, je ne partirai pas sans avoir souhaité une bonne journée à tous ceux avec qui j’entre en contact. Je mélangerai des champignons à mes graines si j’en ai envie. Je les pousserai avec de l’eau d’Amaroli et un peu de citron si bon me chante.

 Je vous emmerde, je me torche avec vos programmes télé puis je me poudre les fesses avec vos « chems », bande de cons. Arrivé au sommet, quand je serai nu, pelé jusqu’au trognon, les yeux ouverts au bord de l’explosion, les pupilles plus dilatées que vos culs sous poppers, je pleurerai ma race. Sous un stroboscope de couleurs criardes, pendant que ma tête tourne sur elle-même comme une toupie hystérique, je me rappellerai que vous êtes plus stupides que vraiment méchants. Je découvrirai peut-être que je suis comme vous et c’est le moment où il me faudra faire montre d’une force inhumaine pour ne pas aller me trancher les veines dans la baignoire.

 Tous les sons exacerbés de cet immeuble sordide viendront me torturer, la souffrance de la ville entière deviendra mienne. Dans le noir, sur mon lit, je me tournerai dans une position puis dans une autre sans jamais trouver le confort. J’aurai chaud puis j’aurai froid et des flashes intermittents me révéleront l’insecte que je suis devenu. Le monstre que vous avez fait de moi ! Recroquevillé sur lui-même, sur la défensive, couvert de plaies et de bleus, meurtri sans répit. Je l’entendrai gémir dans sa langue immortelle, si étrangère qu’elle en est terrifiante. Les horreurs du passé remonteront une à une à une vitesse vertigineuse, menaçant de faire éclater en morceaux la digue que j’ai construite avec tant de peines. Je me demanderai pourquoi je recommence avec ces trucs, pourquoi je m’inflige ça en me promettant que c’est la dernière fois.

Si j’ai de la chance, j’arriverai à me lever sans vomir et à presser deux oranges, à respirer avec le ventre et je finirai par me calmer. Je danserai nu au milieu de la pièce sur des vagues de sons enivrants, je deviendrai le rythme et des cascades de couleurs chatoyantes pleuvront sur moi. Une grande âme viendra écouter mes questions, infuser les réponses en moi. Mon amie Azima chantera de sa belle voix de Kalanchoe et je rirai comme un con puis je pleurerai encore.

Je regarderai les poussières devenir des fourmis, les coussins m’observer, les lampes léviter et je pourrai sentir la terre tourner. Je sortirai de mon corps, j’irai au-delà des galaxies, où il n’y a plus de mot, plus de moi, où tout se rejoint. Rien n’est impossible, c’est mon expérience, ma putain de vie, j’en fais ce que j’en veux et je vous emmerde ! Ça m’appartient, personne ne me dira comment je dois vivre ça. Je n’ai pas de leçon à recevoir de paumés comme vous, vous qui n’avez même pas le courage de regarder vos chaînes. J’espère que vous vous étoufferez avec vos hamburgers de carne carbonisée et que vous reviendrez visiter l’enfer que vous créez, emprisonné dans le corps d’un de ces animaux sur lesquels on teste votre vomi.

 

 

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