Archive pour octobre, 2016

Suicide, mode d’emploi foireux (a D.J. really saved my life)

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Un jour, pendant ma vingt-cinquième ou vingt-sixième année dans la fange, bien après que le bout du rouleau fut devenu poussière, j’ai essayé de m’échapper une dernière fois. J’en avais eu bien plus que ma dose de cette douleur qui, jamais, ne m’a laissé de répit. Je venais de quitter celui que j’appelais « le chat » , après presque deux ans à vivre ensemble une relation caractérielle et destructrice. Un après-midi, alors qu’il travaillait et sans le prévenir au préalable, j’avais déménagé dans un tourbillon toutes mes affaires de sa maison et je m’étais installé dans le logement d’urgence d’un foyer de jeunes travailleurs, une chambre sordide dans une bourgade glauque à vous donner la chiasse. Le soir même, j’avais réalisé que j’étais bien plus accro à mon bourreau que je ne l’avais envisagé. J’étais alors devenu obsédé par l’idée de le reconquérir mais je ne rencontrais de sa part qu’un refus catégorique et obstiné. Avec sa bienveillance coutumière il m’avait même fait comprendre que ma fuite lui avait rendu service :

– Si tu n’étais pas parti, je crois que je t’aurais foutu dehors.

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Je savais que cette relation était nocive mais sans elle je me sentais encore plus perdu. Il m’apparaissait que d’une manière ou d’une autre, dans la solitude ou la compagnie, sobre ou défoncé, à la campagne, à la ville, j’étais incapable de trouver l’interrupteur qui rallume la lumière. Il n’y avait pas d’espoir pour moi, ici, aucune raison de prolonger ce calvaire.

Pour soutenir mon addiction aux anxiolytiques et autres psychotropes, j’avais à ma disposition de nombreuses boîtes de drogues ainsi que tout un stock de substituts au tabac que j’avais probablement volé au greffier, visiteur médical ou qu’il m’avait donné pour m’inciter à arrêter de fumer. Pensant qu’une dose intense de nicotine aiderait peut-être les pilules à achever mon cœur, j’ai méticuleusement recouvert mon corps de patches, de haut en bas puis j’ai avalé ma pharmacie et me suis couché dans le noir.

Je suis resté comme ça un moment mais mon désespoir était si froid que j’ai décidé de partir avec la radio dans des écouteurs pour qu’elle me procure un semblant de compagnie, une minuscule étincelle pour me réchauffer un peu. Je n’ai pas envisagé qu’une étincelle suffit parfois à raviver les cendres.

Je suis allé cherché la radio puis, une fois les écouteurs sur les oreilles, j’ai recommencé à attendre. C’est alors qu’un morceau que je ne connaissais pas s’est fait entendre, un de ceux qui vous tient captif, haletant dès la première écoute et qui n’est pas fini que vous avez déjà envie de le rejouer. Je me considérais athée depuis déjà des années, je n’avais aucune foi en un autre monde ou un retour possible. J’ai soudain réalisé que si je partais, je ne découvrirais plus aucune chanson, je n’entendrais plus jamais celle-ci et cette idée m’a semblé intolérable. J’ai décidé d’ouvrir les volets et d’aller demander de l’aide auprès du personnel du foyer.

C’est une chanson qui m’a « sauvé la vie ».

J’ai été conduit aux urgences où j’ai été malmené par un docteur odieux qui condamnait mon geste et semblait vouloir me donner une leçon en me traitant comme un moins-que-rien. Le chat est venu me visiter à l’hôpital et m’a apporté un roman policier, un genre qu’il me savait détester formellement, un bouquin de Mary Higgins Clarke nommé « Comment te dire Adieu ». Quand, devant ce titre, j’ai mentionné son manque de subtilité et sa cruauté, il a fait mine de l’avoir choisi au hasard mais je n’étais pas dupe, il était bien trop retors pour ça.

Mon existence dans la fange à continué à être une torture. Il m’a fallu des années pour dompter la douleur mais j’ai découvert d’autres morceaux et j’ai eu de nombreux coups de foudre. Il y a peu je suis tombé sur « Saltwater » de Chicane et toute cette histoire est remontée à la surface. Il se pourrait bien que ce soit le morceau en question, j’ai envie de le croire.

Merci donc à toi, Chicane, d’avoir rallumé les braises avec ces dix minutes parfaites. Merci à tous les autres artistes qui ont rendu mon voyage parmi les humains en devenir  un peu plus acceptable.

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Chicane, Saltwater

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