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La ruine des voleurs

Leçon un

Devant le mur de Pierre, la ruine des voleurs, je n’ai rien demandé. Les sirènes n’ont pas chanté, la nuit a continué, juste lui qui maugréait. Je ne suis pas fini : petite fusée dans l’éternité, ma route ne s’arrête jamais.

Aux printemps dévastés,

aux naissances des destinées,

à la pluie,

aux épreuves et à la nuit.

 

Comment ai-je pu en arriver là ? Au soir d’un printemps dévasté, les oiseaux chantent que c’est ma destinée. Il fallait braver les pouvoirs mal placés, les abus déguisés. La route est noire, rien ne semblait l’éclairer jamais. J’ai tout donné pour un sourire, quelques mots flatteurs et ma compassion. Je serais mort si en moi ne résistait la part meilleure.

 

“Tomorrow we enter the town of my birth
I want to be ready”

The celebration of the lizard, The Doors

Le film le plus violent au monde

 Je peux dire, sans même être grandiloquent, que Earthlings a changé ma vie.
Quand je l’ai vu il y a quelques années, j’ai été traumatisé au plus haut point. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait d’autre enfer que le monde des hommes et ce documentaire en était une démonstration. Il m’avait mis la tête dedans, si bien que devant le générique de fin il ne restait de moi qu’une serpillère toute tremblotante.
Il fallait que je fasse quelque chose.
Arrêter la viande me semblait trop dur et trouver des morceaux dont j’aurais la certitude qu’ils venaient de « petits éleveurs locaux » [sic] : trop onéreux. Tant pis, il me fallait au moins un petit geste, n’importe quoi. J’ai troqué les œufs de poules en cage pour des œufs de « poules élevées en plein air », tout en me sentant coupable à chaque fois que j’en achetais. Non seulement, c’était loin d’être assez mais je me suis toujours demandé si ce fameux « plein air » consistait en une cour d’un demi mètre carré surpeuplée, ce genre de cynisme auquel nous sommes désormais tous habitués.
Cependant, une porte était ouverte et je ne pourrais plus jamais la refermer.  Mon regard sur les animaux a complètement changé et mon âme n’a jamais cicatrisé, ces images horribles sont restées quelque part en moi.
Le week-end dernier,  j’ai eu l’étrange idée de montrer ce film à un ami. J’ai passé la séance entière à pleurer, mon esprit au bord du gouffre. J’ai voulu y échapper, le laisser seul devant cette horreur, j’ai trouvé refuge dans une autre pièce mais ce n’était pas juste, envers les animaux, envers ma conscience, il fallait que je me force à garder la tête dedans jusqu’au bout.
Après le film j’étais de nouveau une loque. Je n’aime pas Facebook mais j’ai pensé que si mon ami y postait cette vidéo, si un de ses « contacts » la voyait, ça en valait la peine.
Personne ne l’a jamais commentée, ils ne l’ont probablement même pas lancée. Mon opération « petit geste » était un échec et l’enfer me semblait encore un peu plus amer.
Ces dernières années ont été une période de grand changement intérieur pour moi et j’ai compris que la seule manière d’être heureux ou au moins le moins malheureux possible était d’agir en accord avec ce que je suis et ce que je crois.
J’arrête la viande. Je ne peux plus être complice de cet esclavage et de ces tortures monstrueuses.
 Je pense que tous les animaux méritent respect et que le bien-être des hommes ne doit pas se faire aux dépens des autres espèces, je pense qu’aucun être vivant et sensible ne devrait être traité comme un objet ou exploité.
De plus, j’ai toujours été interpellé par cette idée : on est ce qu’on mange.
Je ne veux plus être un animal en cage, terrorisé, espérant que la mort viendra me délivrer d’une horrible existence faite de souffrances, si loin de ce qu’on appelle « une  vie »,  pressé comme un citron jusqu’à la dernière goutte et qui finira à la poubelle après qu’on ait retiré toutes les parties de son corps qui pourraient encore servir.
Je partage aussi cette idée : Si vous mangez de la viande, vous devriez regarder ce film. Jusqu’à la fin. Sans baisser les yeux. Parce qu’il n’y a pas de raison que vous ne sachiez pas ce que vous mangez. Ce n’est pas juste.

 

J’ ai pensé à ces animaux la semaine entière. Je me sens tellement triste.

 

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Midinette, de cinq à sept

 Quelques semaines plus tôt, dans un monde parallèle

-   On partage du sexe. Ce n’est déjà pas si mal. Chez certains animaux c’est la quête de toute une vie.

Je n’ai jamais revu celui qui m’a dit ça. Il n’avait pas tort mais chez moi, ça ressemble à un casting géant qui durerait depuis quatre ans. Comme tu le sais, cher journal, c’est assez pathétique une midinette qui vit la vie d’une pute.

Encore à Toulouse,  je disais à Louis :

-    Maintenant que toute la ville t’est passée dessus, va falloir élargir à la périphérie.

Ca nous avait fait rire cinq bonnes minutes, nous ne sommes que deux enfants. Depuis qu’Elle est partie, je passe ma vie sur pédéland.net et la plupart du temps, je discute avec des gens d’autres départements. Ils me paraissent plus intéressants que les clones de la ville Satan et puis, j’ai parfois l’impression d’avoir fait le tour de ces derniers.

Je m’ennuie, cher journal.

Une fois, j’ai « baisé » jusqu’à l’écœurement. Dans un lieu de drague, j’ai partagé quelques instants avec neuf inconnus dans l’après-midi puis deux le soir. Ca ressemblait à du travail à la chaîne, j’étais devenu un morceau de viande ou une serpillère, je ne sais plus très bien. Je pense que la baisse d’estime de moi-même qui a suivi était surtout un effet secondaire « culturel ». Si nous étions tous des animaux libres qui ne se comparent pas aux autres, ce monde aurait des allures de gigantesque orgie décomplexée. Je suis nostalgique d’un Etat de Nature tel que le fantasmait ce vieux brigand de Rousseau. Je préfèrerais être entouré d’animaux libres que de clones automates.  

 

La seconde « cinéma », Nunca Jamás Che guevara

J’ai  vu « Che Guevara ».  Tous les protagonistes sont antipathiques, en particulier le personnage principal. Le pourquoi de la Révolution cubaine est à peine esquissé. Une heure et demie de guérilla dans la brousse entrecoupée d’interwiews ennuyeuses du Che, je me suis endormi avant la fin et mon cavalier aussi. J’aimerais remercier ici ceux qui ont décidé que ce film comprendrait deux parties, ça m’évitera une nouvelle heure et demie d’ennui.

Nota Bene

Je suis définitivement une drama-queen et malgré mon désir de ne plus me justifier j’ai envie d’apporter quelques précisions à mon dernier billet, pas celui où je m’emportais sur les commentaires, celui où je m’emporte au sujet des gens qui n’assument pas leur homosexualité. Je ne prétends pas assumer complètement la mienne, je prétends essayer. Je ne dis pas non plus que c’est chose facile et que l’homophobie n’existe pas en France mais que la Loi est favorable. Je ne voulais pas ajouter la culpabilité à la honte et le point de vue des gens qui cachent leur orientation sexuelle, je l’entends et je le comprends depuis des années. Cependant, dans un certain ras-le-bol, j’ai envie d’exprimer celui qui est le mien aujourd’hui et qui pourrait se résumer à ça : quand on vous jette à terre, essayez de vous relever, personne d’autre ne le peut. En d’autres termes je refuse (j’y tiens) de jouer le jeu des homophobes (et de tous les oppresseurs) et de me mépriser moi-même ou de tendre l’autre joue.  Je ne prétends pas transmettre une vérité universelle, ni même avoir raison quand je défends un point de vue, je me raconte, ça ne va pas plus loin. Sur ce, j’arrête là car il me semble que je me prends de plus en plus au sérieux.

 

Je refuse

C’était une journée d’été. Je venais de m’envoyer en l’air dans un endroit relativement discret avec un garçon relativement charmant. J’avais décidé de passer l’après-midi là, dans ce lieu de drague en plein air. Après tout il faisait chaud et je n’avais rien à faire, qu’à m’ennuyer chez moi et fuir mon manuscrit. La veille, il avait plu et le chemin était encore boueux. Je me suis poussé sur le côté pour laisser passer le garçon qui me faisait face et ce faisant, j’ai eu l’extrême politesse de lui dire bonjour. Non seulement, il ne m’a pas remercié mais il ne m’a pas rendu mon salut. C’est la dernière fois que je suis allé là bas, j’ai réalisé en un éclair de tout le mal que ça me faisait. Pas de baiser en plein air, pas le sexe pour le sexe. Non. De cotoyer, de croiser tous ces gens méprisants, toute cette négativité que mes capteurs trop développés me font ressentir comme une agression constante. Ils ne savent pas dire bonjour, ils ne savent même pas faire l’amour, ils sont juste là pour promener leur honte.

Déjà, je n’avais plus très envie d’accompagner Daniel dans ces pérégrinations nocturnes. Ca pourrait pourtant me distraire mais la nuit, dans la ville Satan, le seul lieu de drague où il y ait vraiment du monde est un jardin à la périphérie qui ne dispose d’aucun éclairage. Je refuse de m’ébattre dans le noir, de ne pas voir le visage de celui à qui j’ai à faire. Je refuse car ils ne font pas ça dans le noir parce que ça les excite, ils fuient la lumière parce qu’ils ont honte, honte d’eux-mêmes et de leur orientation sexuelle. Daniel dit lui-même qu’ils ne savent pas ce qu’est le plaisir, qu’ils ne viennent pas partager, qu’ils essaient seulement de combler une frustration. Je vais plus loin : ils ont honte. Il est des pays, la plupart sur le globe, où on se damnerait pour avoir la « chance » de pouvoir être soi-même. Il est des nations où les gens comme nous, les homosexuels, sont condamnés à mort, emprisonnés ou lapidés pour la seule raison d’être différents de la norme. En France, personne ne nous interdit d’être ce que nous voulons et eux, ils ont hontes !

Je refuse.

Je refuse de devenir une de ces ombres. Si un jour ça m’arrivait, je vous en conjure, tirez-moi une balle en plein cœur et n’ayez aucun regret.

Ils ont peur. Ils me parlent de casseurs de pédé, de flics qui traînent là pour les arrêter, je ne nie pas que ça existe mais en d’innombrables nuits, je n’ai jamais croisé ni l’un ni l’autre. Non, ils ont hontes et c’est tout.

Je refuse et je crois que je serais capable de mourir pour défendre le droit d’être moi-même. Si ce journal n’a qu’une vertu c’est celle de m’aider à m’assumer. Parfois, j’ai envie d’avoir honte, je me rends compte de tout ce que j’ai écrit sur moi ici, que j’ai été jusqu’à y afficher mes photos,  je suis traversé par l’idée de tout effacer mais toujours je résiste. Je veux assumer chaque particule de ce que je suis. Je veux être fier, si c’est le seul mot qu’on a trouvé pour contredire la honte. Je veux être moi, qu’on m’accepte tel que je suis ou qu’on passe son chemin. Je me dis aussi que jamais personne ne pourra aimer quelqu’un qui s’exhibe de la sorte et ça me fait peur mais tant pis. Si personne ne peut comprendre, personne n’en vaut la peine.

Je devrais être tolérant envers toutes ces honteuses, que ce soient ces ombres en plein air ou celles qui n’affichent pas leur visage sur internet, je devrais mais je n’y arrive plus. Je suis las. Je suis cerné et je refuse.

Ils n’ont aucune excuse.          

Rétrospective (Affirmative Redaction)

Quand j’ai fini de lui exposer mon parcours professionnel, j’ai l’impression très étrange d’être dans la peau de Louis, le narrateur mort vivant de « Entretien avec un Vampire » d’Anne Rice.

-  Wow ! Je n’avais jamais eu à traiter une vie professionnelle aussi … Riche ?

Je me sens soudain incroyablement triste. Ce n’était pas possible de faire simple quand tout se mélange : les erreurs, les coups du sort, les choix du cœur,  les déménagements,  tout ce passé qui oriente fatalement le futur, qu’on le veuille ou non. Il a fallu survoler ma vie entière et réveiller un à un les fantômes de ma mémoire. En la regardant finir de griffonner ses pages, les larmes me montent aux yeux. Encore une fois, j’étais arrivé énervé, malgré le timbre de nicotine collé sur ma cuisse mais sa gentillesse et sa compréhension – son humanité en somme – me désarment. En rentrant chez moi, les automates que je croise me renvoient à mon irritation. Je me sens odieusement supérieur et me demande ce qu’ils pourraient bien m’apprendre, tous, que la vie ne s’est pas déjà chargée de me faire entrevoir.

Je suis un bâtard homosexuel métis  hypersensible à l’esprit vif et au « tout petit supplément d’âme ».  Un peu prétentieux, on peut trouver mon nom dans n’importe quel dictionnaire parmi les synonymes du mot « différent ». Je suis né à la marge, discriminé dès mon premier cri parce que j’avais la peau violette. J’ai été élevé par des grands-parents paysans dans le trou du cul du monde. Le curé de leur paroisse a refusé de me baptiser parce que je n’étais pas le fruit d’une union légitime et que mon père était assimilé à un musulman. J’ai été vampirisé par une fillette blonde et persécuté par les idiots de mon village. J’ai côtoyé des médecins, des putes, des flics, des toxicomanes, des hommes d’affaire, des dealers, des guérisseurs, des artistes, des fonctionnaires et des voleurs. J’ai été éboueur, manutentionnaire, préparateur de commandes, ouvreur de cinémas, télévendeur, opérateur de saisie, technicien et animateur radio. J’ai déménagé 12 fois ces dix dernières années. On m’a abusé, volé, trahi, bafoué, on m’a aidé et aimé aussi. J’ai gouté l’herbe, la cocaïne, l’héroïne, l’extasy, j’ai été un toxicomane médicamenteux et un alcoolique. Je n’ai pas rencontré le bonheur. J’ai tenté de me suicider cinq fois. J’ai fait deux sevrages infructueux et un réussi. On m’a mis un couteau sous la gorge dans une rue sombre de la ville vomi. On m’a frappé jusqu’à me faire tomber en plein milieu du Marais parisien, pour me voler mon téléphone portable. Un dealer m’a vidé une bombe lacrymogène sur la face lors d’une transaction au milieu de Guéret.  J’ai passé une journée entière à danser solitaire en parcourant les rues de la capitale dans l’indifférence puis j’ai acheté des dizaines de roses que j’offrais aux passants en échange d’un sourire. Je me suis échappé de Saint Anne sans aucune métaphore.  J’ai été trop amoureux d’une crotte et pas assez d’un gentil garçon. J’ai fait pleurer ma grand-mère, congédié ma mère, perdu ma meilleure amie. J’ai essayé de dormir dans un cimetierre en rentrant à pieds d’une free party en pleine campagne. J’ai été gigolo à domicile chez l’habitant* d’une banlieue chic de la capitale pendant deux mois avant de démissionner pour incompatibilité avec ma nature profonde et d’être remplacé par une chinoise experte. J’ai été conduit aux urgences après être tombé du balcon d’une boîte de nuit. J’ai avorté des études de psychologie, de langues étrangères et de Droit. J’ai été victime d’homophobie à plusieurs reprises. Inspiré par le Téléthon, j’ai organisé un bref Joaquim-Action dans les rues de Poitiers sur le thème « Sauvez ma soirée, donnez-moi un euro pour faire la fête ».  J’ai attrapé un rhume en faisant l’amour sur une plage, un matin d’automne. J’ai passé des nuits entières dans des jardins publiques à chercher un peu de chaleur. J’ai laissé derrière moi des dizaines de personnes qui m’étaient chères.  J’ai assisté à trois enterrements et un seul mariage. J’ai perdu 30 kilos en quelques mois et beaucoup de stress.  J’ai vécu ma propre version non censurée de la vidéo de « Justify my love ». J’ai passé une semaine dans la suite d’un Hilton et d’innombrables nuits dans le placard d’un « Première classe ». J’ai entrepris 3 ou 4 psychothérapies. J’ai eu deux crises de foie mais j’ai eu faim aussi et rien d’autre à manger qu’une motte de beurre sans un quignon de pain pour la tartiner. J’ai eu une mouche de compagnie pendant trois jours. J’ai été flamboyant, brillant, mesquin et minable.  J’en passe et des meilleures, j’ai été le héros d’une dizaine de téléfilms de M6 que personne ne verra jamais, si ce n’est peut-être mon ange gardien en projection privée.

J’ai vécues des choses que je ne pourrais décrire malgré mon impudeur graphique et la législation sur la liberté d’expression. Je ne regrette rien de ma vie, pas même une seconde. Je n’envie pas les gens riches qui bossent 16 heures par jour; entre esclavage et pauvreté, je choisis la liberté. Longtemps j’ai mal vécu mon sentiment d’être différent, aujourd’hui je préfèrerais crever que d’être comme tout le monde.

Parfois, je me sens riche.

 

* comme beaucoup de femmes au foyer à travers le monde, la différence c’est ma lucidité.

 

http://www.dailymotion.com/video/k2P4oSuAkO4QBndFT6

 Madonna’s « Justify my love »

 

« ils ont peur de rêver,
ils ont peur de penser,
ils ont peur du changement, ils ont peur de la liberté,
ils ont peur de la différence,
ils ont peur de leur prochain,
ils ont peur de la chance, du bonheur et du lendemain

Ils aimeraient t’effrayer avec leurs craintes et leurs phobies

Reste maître de tes pensées

Ils sont sclérosés et ils ont baissé les bras

Faisons sauter les murs de ces prisons cérébrales

Camarade, combats le doute car ils aimeraient te corrompre,
te barrer la route, ou te convaincre quelle est trop longue

Camarade fils du vent, fils de l’horizon, va où ton coeur te porte et la vie te donnera raison

n’oublie pas en ton âme cette flamme allumée,
n’oublie pas l’enfant en toi et les rêves qui l’animai
ent« 

Keny Arkana, « Ils ont peur de la liberté »

 
 

 

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